Quand l’EI travaille pour le FN avec le soutien de nos « élites »

Comment ne pas se poser de questions et s'inquiéter pour ce qui risque de nous attendre l'année prochaine s'il n'y a pas de réaction citoyenne et davantage de lucidité politique ?

 

Seuls les vivants pleurent les morts. Seuls les vivants sont affligés. Les morts vivent leur vie… si on les laisse en paix, si on leur offre leur liberté. J’en suis persuadé.

Or, des personnalités politiques de premier plan, aveuglés par de sordides calculs électoralistes pervers et irresponsables, ce sont évertués à salir les victimes du 14 juillet avec une indécence nauséabonde. À quoi s’est rajouté, un répugnant concert de xénophobie islamophobe de la part d’êtres censés être civilisés, mais sont d’abord profondément déconnectés de la réalité, uniquement inspirés par la peur et/ou du racisme sécuritaire primaire, oubliant par exemple (sciemment ?) qu’un tiers des victimes de Nice était de religion musulmane – combien au Bataclan ? Que la mémoire sélective est pratique dans certaines circonstances ! Cependant, ici comme ailleurs, il faut bien des boucs émissaires. Et ils sont tout trouvés depuis quelques décennies : les musulmans, les arabes ; après les juifs, mais aussi les Polonais, les Espagnols ou les Italiens, en leur temps ; les racistes me font bien rire (jaune) quand je les entends dire que ce n’était pas pareil, preuve qu’ils ne connaissent pas bien leur histoire. Ainsi commence la décadence d’une humanité sans boussole, sans repères, pétrifiée et révoltée devant la mort, sa mort et sa précarité, sa fragilité et l’altérité, l’autre, l’étranger, le différent, au point d’être sans discernement quand le bateau tangue, car elle est sous l’emprise de ses émotions bien plus que de la raison. Pourtant, quand bien même il y a probablement eu des manquements organisationnels au niveau de la sécurisation des lieux, le risque zéro est un miroir aux alouettes et une hypocrisie. En effet, ce ne sont pas les morts qui choquent les esprits – les morts par accident sont bien plus nombreux annuellement et personne, à part les proches, ne s’en émeut –, c’est la façon de mourir, la manière brutale avec laquelle tout un chacun est mis devant une vérité insupportable que l’on préfère refouler : nous pouvons mourir à tout moment. Par ailleurs, la réalité démographique est implacable : l’Occident sera métissé ou ne sera plus dans pas si longtemps que ça ; tout métissage est une richesse culturelle.

Les seuls qui jubilent aujourd’hui, se frottent les mains et se voient « déjà tout en haut de l’affiche », ils sont situés à l’extrême droite. Grâce à Daech qui peut revendiquer bien plus que quatre-vingt-quatre morts lorsque l’on voit le champ de ruines politico-politiques qu’il a provoqué en quelques secondes, Marine Le Pen et ses aficionados espèrent intégrer l’Élysée l’année prochaine. Non sans raison, malheureusement. Grâce à Daech et à une classe politique en pleine déréliction à force de se décrédibiliser, le Front National qui battait de l’aile, il y a quelques mois, retrouve des couleurs et de l’espoir. C’est dramatique. Car le poison de la méfiance, de la défiance et du rejet est désormais bien inoculé et se propage insidieusement.

Mais n’en doutons pas, si Marine Le Pen est élue à la présidence de la République, il sera trop tard pour les néo-frontistes amateurs et irréfléchis quand ils se rendront compte de leur erreur. Ils en auront pour quelques années et le reste des Français également. On ne joue pas impunément avec le feu en matière de politique citoyenne, il y a des moyens beaucoup plus intelligents de faire entendre son mécontentement, changer la politique et virer les politicien(ne)s indignes de la confiance mise en eux et en elles. La fatalité n’existe pas.

C’est maintenant qu’il faut réfléchir et inverser la tendance dépressionnaire actuelle. Encore faudrait-il une ou plusieurs personnalités civiles ou politiques d’envergure, capables d’ouvrir les regards et les cœurs, de fédérer les Français(e)s en rendant ses lettres de noblesse à la politique et en proposant un programme innovant et courageux. Un programme qui rassemble le plus grand nombre et redonne du sens et des valeurs humanistes à une société en mal d’être et de vivre, en réduisant les inégalités, en aidant au rapprochement des cultures et des différences et en impulsant une nouvelle dynamique sociale et politique.

C’est possible. C’est loin d’être utopique. À condition que cette personnalité providentielle émerge très rapidement et change notre disque rayé. Pour l’instant, je suis comme « sœur Anne », je ne vois rien venir à l’horizon.

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