Un taux de suicide élevé chez les agriculteurs français

Un agriculteur se suicide tous les deux jours en France. Une tendance inquiétante qui reflète un vrai mal être et qui doit être prise au sérieux, alors que nos campagnes se vident. Mais ces issues dramatiques ne sont pas une spécificité hexagonale.

Les agriculteurs sont en détresse. En France, tous les deux jours, un agriculteur se suicide, soit 20 à 30 % de plus que le reste de la population. Depuis les années 1960, plusieurs analyses sociologiques indiquent que leurs conditions de vie se sont dégradées. Si bien qu’au fil des années, le suicide est ainsi devenu la deuxième cause de décès chez les agriculteurs.

D’après une étude publiée par Santé publique France, plus de huit cas de suicides sur dix concernent des hommes. En outre, en 2016, le nombre d'appels à l'aide a sur le numéro vert Agri’Ecoute de prévention du suicide mis en place en 2014 par la Mutualité sociale agricole (MSA) a été multiplié par deux : 2.664 contre 1.219 en 2015.

Manque de reconnaissance sociale

La production laitière et l'élevage bovin sont les secteurs les plus touchés, la Bretagne et les Pays de la Loire sont deux régions particulièrement affectées. « Les choses ne s’améliorent pas donc les gens perdent le moral, n’ont plus de perspective », résume Dominique Bossong, directeur de la MSA Bourgogne.

Si l’épuisement physique et l’isolement social jouent un rôle central, le surendettement reste l’un des principaux facteurs de cette « crise de la santé mentale » des agriculteurs. Mais la vraie cause de ce fléau est la déconsidération de leur rôle social. Dès lors, ce déficit de reconnaissance, au-delà des problèmes économiques reste déterminant du mal-être des agriculteurs.

« On a progressivement délaissé les campagnes et avec elles notre considération pour l'agriculteur, qui a pourtant un rôle fondamental » souligne Éric de la Chesnais, agriculteur, journaliste spécialisé dans les sujets agricoles, et auteur du livre Agriculteurs, les raisons d'un désespoir. « Notre société préfère accorder plus d'importance à des considérations futiles dont on peut se passer pour vivre, ce qui n'est pas le cas de notre nourriture », regrette-t-il.

La loi du marché impitoyable

Il faut inverser la tendance et faire en sorte que les agriculteurs puissent se rémunérer du fruit de la vente de leur production. Les Etats généraux de l’alimentation avait pour but de faire en sorte que les grands gagnants ne soient pas systématiquement la grande distribution. Car les agriculteurs ont été les principales victimes de l’hyper-concurrence de la grande distribution. « Grands producteurs, industriels et supermarchés ont profité de cette situation. La loi du marché s'est appliquée, mais au détriment des agriculteurs » confirme Éric de la Chesnais. D’après lui, l’agriculture est devenue « la variable d'ajustement des accords mondiaux de libre-échange ».

Nombreux sont ceux qui, comme lui, montrent du doigt la mondialisation pour expliquer la réduction des marges dans nos campagnes, mais le problème est loin d’être franco-français. Aux États-Unis, par exemple, les suicides d’agriculteurs sont cinq fois plus élevés que la moyenne des autres professions d’après l’ONG Farm Aid.

Le problème est encore plus marqué en Inde, où 300 000 fermiers qui se sont tués entre 1995 et 2005. Un paysan y meurt toutes les 41 minutes – et ce depuis 25 ans ! Les agriculteurs du monde entier vivent en funambules, au-dessus du gouffre : en Chine les paysans doivent faire face au risque de saisie de leurs terres, en Irlande les suicides se sont multipliés après un hiver particulièrement sec, en Australie après deux années de sécheresse… Et ce dans la plus grande indifférence.

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