Le journaliste italien Augias rend sa Légion d’honneur en signe de protestation

La décision du journaliste après avoir appris que la médaille a été décernée au président égyptien Abdel Fattah al-Sisi, dont les services secrets sont impliqués dans le meurtre du chercheur italien Giulio Regeni. D'autres intellectuels italiens renvoient leurs décorations.

L'écrivain italien Corrado Augias L'écrivain italien Corrado Augias
"Je me rendrai à l'ambassade de France pour rendre les insignes de la Légion d'honneur qui m'ont été conférés à l'époque. Un geste à la fois sérieux et purement symbolique, je pourrais dire sentimental. Je sens que je dois le faire en raison des liens culturels et affectifs profonds qui me lient à la France, terre d'origine de ma famille".

Ainsi le journaliste Corrado Augias annonce dans une lettre adressée au journal Repubblica la décision de rendre le titre prestigieux que lui a décerné la République française après avoir appris que la liste comprend également le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi. La Légion d'honneur a été décernée au chef de l'Etat égyptien le 7 décembre, quelques jours seulement après que le parquet de Rome eut rendu public le dossier prouvant l'implication de quatre agents des services secrets égyptiens dans le meurtre de Giulio Regeni, le chercheur italien torturé et assassiné au Caire.

"Mon opinion est que le président Macron n'aurait pas dû accorder la Légion d'honneur à un chef d'État qui s'est objectivement rendu complice de crimes odieux", écrit Augias, "Je dis cela pour la mémoire du malheureux Giulio Regeni, mais aussi pour la France, pour l'importance que représente encore la reconnaissance après plus de deux siècles depuis son institution. Lorsque le premier consul Napoléon Bonaparte l'a instituée, il a voulu attester la reconnaissance d'un mérite, militaire ou social. Cette distinction est importante par rapport à l'affaire qui nous occupe. Où et quels sont les mérites du président Al-Sisi?", demande le journaliste, anticipant la lettre qu'il remettra demain à l'ambassade de France.

Dans la lettre, Augias souligne que le meurtre du chercheur italien disparu au Caire le 25 janvier 2016 et retrouvé mort huit jours plus tard avec des traces de torture sur le corps représente "une blessure sanglante et une insulte" pour les Italiens. "J'aurais attendu du président Macron un geste de compréhension, sinon de fraternité, également au nom de cette Europe que - ensemble - nous essayons si laborieusement de construire", écrit Augias. "Je ne veux pas paraître plus naïf que je ne le suis. J'en sais assez sur les mécanismes des affaires et de la diplomatie - mais je sais aussi qu'il existe une mesure, permettez-moi de la répéter avec les mots du poète latin Horace : Sunt certi denique fines, quo ultra citraque nequit consistere rectum. Je crois que dans ce cas, la mesure de la justice a été dépassée, voire scandalisée".

L’ancien maire de Bologne et ex-dirigeant syndical Sergio Cofferati, Giovanna Melandri, ministre de la culture entre 1998 et 2001, et la journaliste Luciana Castellina ont également décidé de rendre leurs décorations à la France.

Giulio Regeni, qui préparait un doctorat à l'Université de Cambridge et menait en Égypte des recherches sensibles sur les syndicats ouvriers indépendants, a été torturé pendant neuf jours avec des lames et des bâtons et torturé à mort. Ce sont les magistrats de Rome qui ont reconstitué dans l'acte de clôture de l'enquête les derniers jours dramatiques de la vie de Giulio Regeni, capturé et torturé à mort par la Sécurité nationale égyptienne du 25 janvier au 3 février 2016. Et des papiers du parquet ressort également le nom de la personne qui, selon l'accusation, était le geôlier, le tortionnaire et le bourreau du jeune chercheur : il s'agit du major Magdi Ibrahim Abdelal Sharif.

L'enquête sur l'assassinat s'achève avec quatre avis de clôture d'enquête, un acte qui prélude généralement à la demande de mise en accusation, pour autant de membres des services secrets du Caire, tandis que pour le cinquième suspect, le non-lieu a été demandé.

@marco_cesario

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