Potere al Popolo: la nouvelle gauche en Italie qui renaît des cendres de Gramsci

Le nouveau mouvement né du centre social autogéré napolitain Ex-OPG débarque à Paris. Rencontre avec le leader de la France Insoumise Jean-Luc Mélénchon, suivi d’une assemblée publique à la Maison des Associations de Montreuil

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Les élections législatives approchent en Italie et dans un pays ravagé par une extrême droite toujours plus agressive et rampante qui prend comme cible les migrants et toute sorte de minorité ethnique ou religieuse, une nouvelle force politique voit le jour: Potere al Popolo ! (Pouvoir au peuple, en français) un mouvement de jeunes, ouvriers, précaires, étudiants, militants, résistants. “Nous sommes les sans emploi - lit-on dans le programme - nous sommes les retraités qui vivent avec peu, nous sommes les femmes qui luttent contre la violence masculine, le patriarcat et l'inégalité des salaires. Nous sommes des personnes LGBT discriminées au travail et par les institutions. Nous sommes des habitants des banlieues qui luttent contre l’inefficacité des transports publiques, nous sommes les travailleurs et les travailleurs qui produisent la richesse du pays”. Un mouvement transversal dont le programme est issu de centaines de propositions, quatre semaines d'écriture collective. Potere al Popolo est actuellement la seule force politique en Italie avec un programme qui a été écrit par des milliers de personnes.

 “Nous voulons parler à la tête et au cœur du peuple italien - explique la porte-parole du mouvement Viola Carofalo - et dire qu'il peut y avoir une Italie unie, plus juste, où vous ne serez pas exploité sur votre lieu de travail ou discriminé par la couleur de votre peau, où n'est plus alimentée la haine pour ceux qui vivent dans des conditions plus difficiles que nous mais une Italie solidaire". Sur la question de la citoyenneté aux étrangers, Carofalo explique la position de Potere al Popolo! : “Les gens qui sont nés en Italie sont italiens, sans condition. Aucun homme ne doit être considéré comme clandestin, a fortiori ceux qui sont nés dans ce pays ".

Alors que les différentes nuances de la droite et du centre dominent le paysage politique italien, avec – dans l’ordre dans les sondages – la droite libérale conservatrice de Forza Italia, la droite populiste du Mouvement 5 Étoiles, l'extrême droite xénophobe de la Ligue du Nord et le centre incarné par le Parti Démocratique de Renzi, Potere al Popolo! est en train, quant à lui, de redessiner les contours de la gauche italienne. Jean-Luc Mélenchon, dans un billet publié sur son blog le 18 décembre dernier, saluait ainsi «l’émergence d’une force politique nouvelle, cousine de notre mouvement La France Insoumise ».

Lancé, en novembre dernier, à la suite de l’appel émis par un centre social napolitain, l’Ex-OPG, ce mouvement réunit en son sein des réalités variées : des associations, des mouvements de lutte pour la préservation des territoires (comme les No TAV!), des collectifs étudiants mais aussi des militants de petits partis politiques (tels que Rifondazione Comunista) et de syndicats de base (tels que l’USB). Leur point commun ? Être tous impliqués quotidiennement dans la solidarité et dans les luttes concrètes sur les territoires. Le programme comme le choix des candidats ont été le fruit des décisions collectives ayant émergé de plus de 150 assemblées territoriales qui se sont déroulées, en deux mois, du Nord au Sud de l’Italie. Et s’il faut attendre officiellement le 29 janvier pour savoir si Potere al Popolo! a relevé le défi des 25 000 signatures minimum nécessaires à participer effectivement aux prochaines élections, il y a assez peu de suspense ; ce matin le mouvement déposait plus de 50.000 signatures auprès des Cours d'Appel des régions. Le mouvement est en très bonne position pour être candidat sur l’intégralité du territoire national, à la Chambre des Députés comme au Sénat.

L'esprit de Gramsci, qui avait rêvé d'une société plus juste et dont le pouvoir soit restitué au peuple, revit aujourd'hui dans l'espoir d'une nouveau printemps politique.   

@marco_cesario

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