Mon viol, un combat pour la justice

Depuis 15 ans, je me bats au quotidien contre l'injustice que procure parfois l'existence, contre l'insensibilité des uns, l'indifférence des autres. Mais je suis entourée et je lutterai toujours contre mes bourreaux. Contre ceux qui ont détourné ma vie de tout ce qui m'étais promis. Il y a 15 ans, j'ai été violée en réunion et aujourd'hui, je suis toujours là !

Je m'appelle Lauriane B,  jeune femme de 30 ans, et ceci est mon histoire. 

J’habite dans les montagnes des Alpes Maritimes, à 12 km d'un petit village. Ce petit village est le lieu de mon enfance, et c'est ici que ma vie a chavirée. A 15 ans , j'ai subi l’impardonnable. Ce 24 janvier 2004, j'ai été victime d'un viol en réunion commis par deux personnes que j'appelais pourtant des « amis ». Ce jour restera gravé au fer rouge dans ma mémoire.

Après cet acte d'une violence indescriptible, j'ai réussi à porter plainte grâce au soutien de ma famille, de mes vrais amis, de mes proches. Cependant, du fait de cette démarche des plus légitime, ma vie a continué à être invivable. La famille d'un des violeurs a commencé à me harceler. Son obsession était telle qu'elle a même engagée un détective privé afin de m'observer. Tout s'amplifia lorsque j'ai été insultée par des personnes que je croyais pourtant proches. Toutes ces attaques extérieures, ajoutées à mon mal-être m'ont contrainte à arrêter mes études. Mais je devais également prendre l'air, changer d'horizon, m'éloigner de cet espace oppressif où seul régnait le mal.

Je suis partie alors pendant deux ans en Savoie. J'espérais que cet éloignement me permette de remonter la pente avant le procès. Cependant, cette mise à distance eut l'effet inverse. Je me suis perdue dans les substances psychotropes : l’alcool et la drogue, pour toucher des doigts l'horizon de l'évasion. Des idées noires se sont construites petit à petit jouant aux frontières de la vie. Mais avec l’inquiétude grandissante de mes parents, je suis revenue dans les Alpes-Maritimes. Ce retour m'a d'ailleurs permis de reprendre des études.

 

Durant l'année 2006, j'ai connus l'une des épreuves les plus dures de ma vie : le procès des accusés. Avec 3 jours d'audience en cour d'assises à huit clos, il est certain que je ne m'étais pas préparée à cette nouvelle bataille, à cet l’affrontement avec mes 2 bourreaux. Ce moment s'est transformé en cauchemar. J'avais l'impression d'être la coupable, d'être l'incriminée, comme si les rôles des accusés et des victimes étaient inversés. C’est moi, la jeune adolescente violée qui était mise en culpabilité devant la barre. Précédemment , je m'étais orientée dans une prise en charge psychologique que j'avais arrêtée avant le procès. Au regard de ma vulnérabilité, j'ai compris que je n'aurais pas du l'interrompre devant cette nouvelle violence auquel je n'étais pas préparée... Après 3 jours de procès , les 2 accusés ont été condamnés à 6 ans de réclusion criminelle. Enfin ! Le soulagement que j’espérais était arrivé. J'ai été reconnue victime !

L’espoir d'une nouvelle vie émergeait. J'ai rencontré mon conjoint et nous avons acheté une terre à bâtir dans la montagne à 12 kilomètres de ce petit village. J'ai ensuite mis au monde un enfant, je gouttais enfin au bonheur, une saveur que j'avais perdue. Le début de sa scolarité, à 3 ans, fut un grand moment pour nous tous. Malheureusement mon histoire me rattrapa. La famille d'un des condamnés nous suivait constamment, nous insultait et nous harcelait. Un sentiment de peur s'installait progressivement, le climat de vengeance diffusé par cette famille nous intimidait. Nous avons porté plainte mais, « sans dégâts matériels ou physiques », la plainte n'a pas aboutie. Je me suis recluse dans la montagne avec mon compagnon et mon enfant, en évitant toutes sorties.

 

Il y a deux ans, en 2016, tout re-bascula en constatant qu'un de mes violeurs avait été embauché par le maire, comme agent communal. La colère montait , les flash-back surgissaient, toute ma reconstruction partait en fumée. Les cauchemars revenaient, des sentiments de tristesse m'envahissaient, la déprime resurgissait, peu à peu je perdais l'appétit, mon sommeil était altéré. Inquiet, mon compagnon me poussa à contacter des associations, des élus, des ministres sous le gouvernement du Président Hollande mais rien de concret ne se mit en place. Je pris contact avec le maire mais sans succès. Des adjoints à la mairie se sont insurgés devant cette embauche que le maire prit sans concertation, sans délibération. Dans le village, tout le monde connaissait mon histoire, et cette absence de concertation frustra plus d'un élu. Nous avions tellement de projets avec mon compagnon et mon enfant. Nous avions pour dessein de vendre notre production de produits bio, mais depuis que l'un des violeurs travaille dans les rues du village et que je le croise encore aujourd'hui, tous les jours, c'est impensable pour moi !

Cette famille très nombreuse continue de maintenir un climat de pression et de menaces. D'ailleurs, le mercredi 21 février 2018, à 8 h 30 précise, jour de la rentrée des classes, quelle ne fut pas ma stupeur ! Je retrouvais ce jour là l'un des violeurs travaillant à l'école. J'arrive au summum de l' écœurement. J'ai contacté immédiatement l'un des adjoints pour lui expliquer mon indignation. Il est rentré dans une colère noire et contacta le service technique. Horrifiée, je constatai alors que l'oncle de mon bourreau avait remplacé le responsable, ce qui a permis à mon agresseur d'avoir un poste. Ce harcèlement continue encore aujourd'hui pour moi et ma famille...

 

Devant tant de violence, j'ai décidé d'écrire à Marlène Schiappa et au maire bien évidemment. J'ai aussi été interviewée par l'Institut Pour la Justice, et j'ai décidé d’ouvrir un compte Facebook afin de militer contre le viol (Olej Lolo Kenrip). Le combat pour une femme violée est difficile. On ne nous entend pas toujours . On se sent parfois seule, désarmée, mais le combat continue. 

 

Je serai toujours là !

d

 

Interview de Laurianne B par l'Institut Pour la Justice ici

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