La pédocriminalité en question (1-7)

Ce dossier est une participation au débat politique actuel sur la pédocriminalité. Il sera traité dans sa globalité au travers plusieurs billets : inceste, réseaux de pédocriminalité, consentement, système idéologique pédocriminel, accompagnement des victimes, propositions contre la pédocriminalité etc. La ligne idéologique de ce dossier se résume en ceci : défendre le droit des enfants !

Introduction

En 2020, j’ai partagé sur ce blog un dossier de recherche consacré à un phénomène social particulier : la délinquance. J’ai analysé celle-ci en explorant une pluralité de sujets afin d'en avoir une compréhension globale, notamment en croisant les différentes sciences sociales et humaines : la sociologie, la psychologie, l’histoire, la politologie. Ce nouveau dossier part du même principe. Au travers une multitude de billets qui traiteront tous d’un sujet différent en lien avec la pédocriminalité, je tenterai de cerner ce phénomène qui a envahi l’espace médiatique. Néanmoins, ce dossier contient une dose de partialité que j'assume parfaitement. Il recouvre plusieurs objectifs : dans un premier temps de promouvoir la défense du droit des enfants victimes des violences sexuelles. Dans un second temps, de lutter contre le système idéologique pédocriminel soutenu aveuglément ou non par des « intellectuels » (Finkielkraut en est un bon exemple. Le lecteur trouvera ici ma réponse au philosophe sur sa sortie relative à l’affaire Duhamel). Pour finir, de « stigmatiser » un Etat Bourgeois qui préfère se murer dans le mutisme et l’inaction, sauf lorsque les victimes parlent et obligent ce dernier à s’intéresser à la violence structurelle de la pédocriminalité.

Ce nouvel intérêt pour la pédocriminalité, et notamment l’inceste, qui envahi l’espace médiatique et politique depuis 2020 – à croire que ces crimes sont des crimes nouveaux -, est une évolution sans précédent dans la reconnaissance des victimes. Du temps a passé depuis la première prise de parole contre l’inceste à la télévision française en 1986 par la courageuse Eva Thomas, militante du droit des femmes et des enfants. Mais ce qu’il se produit depuis quelques jours au travers #MetooInceste - ces dizaines de milliers de personnes qui témoignent sur Twitter des violences sexuelles subies pendant leur enfance - est le début d'un changement de paradigme dans la reconnaissance de la société et du monde politique du fléau de la violence sexuelle. Cependant, il faut réinscrire cette prise de parole populaire dans une certaine temporalité. Cette nouvelle visibilité s’opère depuis 2016 grâce aux associations et aux collectifs féministes. On peut prendre comme exemple les mouvements comme #Metoo et #BalanceTonPorc sur les réseaux sociaux, les colleuses féministes, l’ensemble des associations-militantes contre la domination masculine etc.

En ce qui concerne la pédocriminalité, plus précisément, de nombreux artistes et personnes publiques témoignent depuis quelques années des maltraitances subies pendant leur enfance comme Andréa Bescond, Flavie Flamand, Adèle Haenel, Adélaide Bon, secouant l'espace public. Par ailleurs, depuis 2020, il y a deux bombes qui ont fait exploser le silence sur la pédocriminalité. La première est le livre de Vanessa Springora « Le Consentement ». Cet ouvrage fait basculer la société dans une véritable prise en compte de la parole des victimes, en remettant en cause le consentement apparent des enfants aux relations sexuelles avec des adultes. Pendant cette année 2020, les archives de l’INA ressortent et chacun d’entre nous revoit, ou apprend, comment la pédocriminalité fut banalisée voire même valorisée à la télévision entre les années 70 et 90. Ensuite en 2021, la publication du livre de Camille Kouchner « La Familia Grande », dans lequel elle dénonce les violences sexuelles que son beau-père Olivier Duhamel a commis sur son demi-frère, permet de briser encore un peu plus le silence sociétal et politique sur l’inceste, et la pédocriminalité en général.

Pour finir, je tiens à préciser que j’utiliserai toujours le terme de « pédocriminalité » et de « pédocriminel », et non de « pédophilie » et de « pédophile ». Les batailles contre ce phénomène se gagnent aussi dans le champ lexical. Etymologiquement, la pédophilie se définie comme « l’amour de l’enfant ». Or, il n’y a pas d’amour dans un viol, dans la contrainte, la violence, dans le traumatisme que l’on crée chez sa victime. A défaut de vouloir changer le terme, allons jusqu’au paroxysme de la maladresse en appelant un « violeur d’enfant » un « amoureux d’enfant ». Ainsi, il faut utiliser des mots réparateurs pour les victimes témoigne Homayra Sellier, présidente de Innocence en Danger. Par ailleurs, il faut savoir que beaucoup de personnes dites « pédophiles » ne passent pas à l’acte, et sont donc « abstinentes ». Je définirai ces personnes comme « pédosexuels abstinents ».

Comme pour mon travail sur la délinquance, je vais présenter synthétiquement les différents thèmes des articles qui composent ce dossier. Le lecteur trouvera donc ci-dessous une introduction à l’ensemble des billets qui sortiront dans cet ordre chronologique.

 

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1. La pédocriminalité, un état des lieux

Pour commencer ce dossier, le premier billet présentera un panorama statistique de la violence sexuelle, et plus précisément de la pédocriminalité. Beaucoup de questions ont besoin d’être éclaircies. Toutes les classes sociales sont-elles concernées ? Est-ce qu’il y a des profils de pédosexuels ?  Quelles sont les principales victimes ? Où sont commis les actes criminels ? Quand commencent les premières violences et combien d’enfants sont concernés ? Devient-on pédocriminel si on a subi des violences sexuelles pendant l’enfance ? Combien de plaintes sont enregistrées dans les services de police et de gendarmerie ? Combien de condamnations au tribunal ? Ce billet aura pour but de répondre à toutes ces questions et beaucoup d’autres. Bien évidemment, la question de la statistique est toujours difficile, les enquêtes de victimation peuvent trouver des résultats divergents en fonction de la manière de récolter les données, ou encore de l’évolution de la société (mouvement de libération de la parole). Cependant, ces enquêtes sont les plus fiables aujourd’hui et nous permettent d’avoir une vision générale de la violence sexuelle en France.

Ce premier article permettra donc d’avoir une vue globale de la pédocriminalité avant de discuter plus en détail des traumas des victimes, des pédocriminels, du système idéologique pédosexuel etc.

2. La défense idéologique du système pédocriminel

Aragon, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Roland Barthès, Catherine Millet, Philippe Sollers, Jack Lang, Bernard Kouchner et tant d’autres, ont signé certains textes, parfois des pétitions, du journal « Le Monde » et « Libération », afin de décriminaliser les relations entre les enfants et les adultes. Comment des intellectuels, parfois parmi les plus rigoureux, ont pu s’engager dans ce type de dérives ? Comment des journaux ont vu laisser des tribunes à des pédocriminels assumés comme Matzneff ou Jacques Dugué, pour revendiquer le droit à la jouissance de l’enfant avec un adulte ? Certains se défendent en disant que « c’était l'imaginaire d’une certaine époque et qu’il faut re-contextualiser les propos ». Le billet poursuivra cet objectif et montrera, malgré la contextualisation, comment le mouvement de libération sexuelle de l’après 68 a permis d’une part de voir émerger un véritable lobbying pédocriminel, d’autre part comment des intellectuels, artistes, politiques et journaux, ont soutenu ce type de dérives en pensant aveuglément libérer l’enfant de la société bureaucratique et de la répression familiale qui « empêchaient » sa jouissance sexuelle.

3. Consentement avant 15 ans ? Non, un viol sur mineur !

Le Sénat a adopté à l’unanimité le jeudi 21 janvier une proposition de loi visant à créer un nouveau crime sexuel sur les mineurs. En effet, selon ce texte, toute relation sexuelle entre un adulte et un enfant de moins de 13 ans sera automatiquement qualifiée de viol. La question du consentement ne sera donc plus jamais posée avant cet âge. Cependant, le texte n’est pas figé et de nombreuses propositions vont émerger. Par exemple, le texte de la députée du Parti Socialiste Isabelle Santiago qui veut fixer l’âge de non-consentement à 15 ans sera examiné à l'Assemblée nationale le 18 février. Ce billet défend cette proposition, une volonté également de nombreuses associations de protection de l’enfance et de défense des victimes de pédocriminalité. Je tenterais de montrer pourquoi il est nécessaire de porter le seuil à 15 ans, et 18 ans pour les cas spécifiques, au regard des nouvelles connaissances en traumatologie et en victimologie, afin de protéger l'intégrité psychique et physique des enfants.

4. Le viol et ses traumatismes

Dans ce billet, il sera question des mécanismes psychotraumatiques et de ses conséquences sur les victimes de violences sexuelles. Il y a une ignorance profonde de la société sur ce sujet. Le comble du cynisme se trouve dans la méconnaissance des professionnels eux-mêmes chargés d’accompagner les victimes (médecins, travailleurs sociaux, soignants), tout comme les services de police et de gendarmerie, et de tous les acteurs de la justice en général. La sidération, la dissociation, la mémoire traumatique, l’amnésie traumatique, sont pourtant des réalités que tous les professionnels devraient connaitre. Par ailleurs, l’ensemble de la société devrait être informée sur les mécanismes exceptionnels de survie, sans vouloir faire de tous les citoyens et citoyennes des spécialistes en traumatologie. Mais cette sensibilisation est une nécessité. Nous connaissons tous au moins une personne qui a subi des violences sexuelles, physiques ou psychiques dans sa vie, et nous sommes souvent désarmés face à cette réalité lorsqu'elle est connue. La sensibilisation et la prévention sur les conséquences des traumatismes au grand public pour que chacun, à son échelle, puisse aider les personnes victimes de violences dans son entourage.

5. Les réseaux de pédocriminalité

Ce billet mettra en lumière une réalité criminelle qu’on refuse de voir en France : les réseaux de pédocriminalité. Selon notre Etat Bourgeois et ses institutions régaliennes, ils n’existent pas. C’est du fantasme de journalistes et d’associations. Bien évidemment, cela ne trouble pas la France de savoir que les réseaux pédocriminels existent dans les autres pays. C’est comme pour le nuage de Tchernobyl, tout le monde est touché sauf nous. Si la France a une barrière invisible contre les nuages radioactifs, elle doit aussi avoir une barrière infranchissable pour les réseaux de prostitution infantile ! Par ailleurs, le fait que des réseaux ont déjà été démantelé en France à la fin de années 90 et au milieu des années 2000, n’est pas contradictoire avec l'impossibilité du pays à concevoir leur existence ! Nous verrons également comment la France (tout comme la Belgique et les Pays-Bas) a fermé les yeux par dogmatisme sur l’affaire Zandvoort, pourtant l’un des plus grands réseaux de pédocriminalité organisé en Europe.

L billet montrera qu'il existe des réseaux de pédocriminalité. Des systèmes organisés qui enlèvent des enfants pour les envoyer de faire « consommer » par des pédosexuels, dont des photos et vidéos sont parfois réalisées et commercialisées à la vente. Est-ce qu’on n’a pas démantelé en 2019 sur le DarkWeb le site « Welcome to Video » qui hébergé plus de 250 000 vidéos de viols d’enfants, commercialisées et vendues à des clients grâce à la cryptomonnaie Bitcoin ?

Dans ce billet, pas de dogmatisme, mais des preuves et des questions.

6. Les propositions contre la pédocriminalité

Je terminerai ce dossier avec un panorama de propositions afin de lutter contre la pédocriminalité. Sans être exhaustif, beaucoup de suggestions seront proposées et doivent donner lieu à des réflexions sur leurs pertinences et leurs applications. Dans un premier temps, je présenterai un panel d’initiatives pour accompagner et protéger les enfants et lutter contre les réseaux de pédocriminalité. Dans un deuxième temps, ce même travail sera effectué pour les pédosexuels abstinents et les pédocriminels. Que doit faire la société des pédosexuels ? Nous savons que le tout répressif est une erreur ! Cette question est primordiale et il faut avoir le courage de la traiter. Pour finir, que pouvons-nous faire à l’échelle de la société ? Nous sommes tous concernés par la pédocriminalité même si nous on ne l'a pas subie. Nous connaissons tous, peut être sans le savoir, une personne qui en a été victime. Quand on sait que sur une classe de CM2, au moins 2 à 3 enfants ont subi des violences sexuelles, on se rend rapidement compte du fléau systémique de la pédocriminalité. Car pour violer des millions de personnes, il faut du monde ! La pédocriminalité n’est pas une affaire privée et individuelle, mais une affaire société qui doit engager des réponses structurelles !

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