L’impact futur de l’immigration sur la démographie française

L'immigration s'est imposé comme un thème majeur de notre débat public. Mais que dit la démographie concernant son impact réel sur l'évolution de la population ?

Quel rôle démographique l’immigration étrangère est-elle susceptible susceptible de jouer dans les décennies qui viennent ? En France, aucun essai de projection de la population d’origine étrangère n’a été mené par l’Insee. Il réalise des projections de population qui n’ont pas l’ambition d’imaginer comment pourrait évoluer la population d’origine étrangère. Il n’est donc pas possible, en l’état, d’évaluer correctement l’apport démographique de l’immigration étrangère à venir dans le cadre d’hypothèses déterminées. Mais on peut s’en faire une petite idée en comparant les populations obtenues selon que le solde migratoire est nul ou non, à hypothèses de fécondité et de mortalité identiques. Même si l’exercice est très imparfait et très insatisfaisant, c’est quand même mieux que rien. On sait bien que, dans le cas hypothétique d’un solde migratoire nul, qui serait le résultat d’une compensation parfaite entre un solde des nationaux négatif et un solde d’étrangers positif, l’apport démographique de l’immigration étrangère ne serait pas pour autant égal à zéro.

Malgré tous ces défauts, quelques calculs réalisés à partir des scénarios de l’Insee dans ses projections 2007-2060, donnent des indications sur l’effet démographique des migrations en France métropolitaine. L’Insee a effectué, entre autres, quatre scenarii conjuguant des hypothèses dites moyennes en matière de fécondité et de mortalité et quatre hypothèses de solde migratoire annuel : nul (équivalant à zéro entrées et zéro sorties), + 50 000, + 100 000, +150 00012. On peut donc évaluer quel serait l’impact quantitatif et structurel de l’immigration nette entre 2007 et 2060, si les hypothèses de l’Insee étaient réalisées.

Dans tous les cas, la population continuerait de croître jusqu’en 2042. En l’absence d’immigration, elle atteindrait à cette date 66,2 M, après quoi elle régresserait un peu jusqu’à 65,4 M en 2060. En cas de solde migratoire non nul, la population française poursuivrait sa croissance jusqu’en fin de période. L’accroissement entre 2007 et 2060 est le plus spectaculaire lorsque le solde migratoire est le plus élevé puisque, dans ce cas, la population gagnerait un peu plus de 15 millions en un peu plus de cinquante ans. C’est l’équivalent de la croissance connue entre 1964 et 2007, en 43 ans. Dans ce cas, 77 % de l’accroissement serait dû à l’immigration nette. Mais même avec un solde migratoire faible (+50 000), c’est encore 56% de la croissance démographique qui serait due à l’immigration nette. Selon l’étiage du solde migratoire, la contribution de l’immigration sur la période 2007-2060 représenterait entre 7% et 15 % de la population de 2060 (tableau 9).

immigration

Ces chiffres ne disent rien de la proportion de personnes d’origine étrangère pour plusieurs raisons. Ils ne retiennent pas les effets de l’immigration antérieure à 2007. Ils ne comptent qu’une partie des enfants d’immigrés ayant des enfants avec des natifs (c’est la fécondité des femmes qui est prise en compte) et l’hypothèse d’une fécondité identique entre immigrées et natives sur l’ensemble de la période est peu vraisemblable. Par ailleurs, le raisonnement sur le solde migratoire global est très réducteur. En effet, un solde migratoire voisin de + 150 000 est l’hypothèse qui se rapproche le plus de ce que l’on a observé ces dernières années pour les seuls immigrés. Pour être complet, il faudrait donc calculer à part le manque démographique lié à un solde migratoire négatif des natifs. Parmi ces natifs, nous ne savons pas la part prise par les enfants d’immigrés, ce qui complique encore la question. Aux Pays-Bas, une enquête menée en 2008 sur la fécondité et la famille a montré que les enfants d’immigrés disaient plus souvent projeter de quitter les Pays-Bas que les natifs au carré, tout particulièrement les garçons. En France, à part quelques reportages de presse, nous n’en avons aucune idée.

Pour se faire une idée de l’impact de l’immigration sur la structure démographique, on peut retenir un indicateur synthétique, le rapport de soutien, qui rapporte le nombre de personnes en âge d’activité à celui des personnes en dessous ou au-dessus de cet âge, soit (16-64 ans)/(Moins de 16 ans + 65 ans ou plus). Quel que soit le solde migratoire, le rapport de soutien devrait se détériorer considérablement. Il passerait, au mieux, de 1,77 en 2007 à 1,28 en 2060. En l’absence de migrations, il descendrait jusqu’à 1,21. Le solde migratoire le plus élevé (+150 000) ne ferait gagner que 0,07 points. L’effet démographique de l’immigration, déjà maigre, est plombé par la faiblesse des taux d’emploi. Par contre, une amélioration des taux d’emploi finissant par rejoindre les taux danois actuels en un peu plus de quarante ans (cinquante ans pour l’apport migratoire) ferait vraiment la différence.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.