Monaco capitale du piano

Les Masters de piano de Monaco, qui ont été créés il y a vingt-neuf ans, voient débuter leur édition 2018 ce mardi 2 octobre.

La compétition internationale de piano s'ouvre demain à la Salle Garnier de Monaco. Son fondateur, le pianiste niçois Jean-Marie Fournier, a voulu la distinguer des autres compétitions internationales en lui attribuant un certain nombre de caractéristiques propres. Cette compétition n'admet en effet qu'un nombre restreint de candidats, sélectionnés sur des critères stricts : déjà finalistes d’un concours international, ils doivent posséder un répertoire important et varié (entre 4 h et 5 heures de musique) et être prêts à concourir pendant toute une semaine. Certains des candidats de cette édition sont d'ailleurs des concertistes professionnels. L'un des compétiteurs français a même obtenu un « Choc de l'année » de la revue Classica pour son enregistrement intégral de l'œuvre de Brahms ! La compétition est donc féroce, et les concurrents doivent faire preuve d'une détermination hors du commun.

La limite d’âge étant fixée à 40 ans, ce sont dix candidats âgés de 25 à 38 ans qui seront en lice cette année, sélectionnés à Moscou, Venise, et Paris. Quatre Russes, un Biélorusse, un Italien, un Géorgien, un Belge et deux Français. Pour ces jeune musiciens, remporter un tel concours signifierait probablement le lancement d'une belle carrière, avec des engagements à la clé… C'est ce qui s'est produit pour certains des vainqueurs d'éditions précédentes : les pianistes italiens Giovanni Bellucci, Maurizio Baglini, l’Arménien Vardan Mamikonian, le Bulgare Ludmil Angelov, les Russes Natalia Troull, Roustem Saïtkoulov, Vladimir Sverdlov et Sergei Tarasov. Une seule ombre au tableau : alors que le concours est ouvert aux virtuoses de tous les pays et de toutes les nationalités, on peut déplorer cette année l'absence de pianistes chinois. Je suis fascinée par leur faculté de pouvoir tout jouer plus vite que les autres. On peut s'agacer des excentricités d'un Lang Lang (comme quand il joue en concert le Vol du bourdon sur iPad), mais il faut reconnaître qu'il surpasse les autres interprètes en ce qui concerne la rapidité d'exécution.

Autre caractéristique propre à ce « concours des concours », un seul et unique prix est remis à l’issue de la compétition. Le lauréat reçoit le prix Prince Rainier III d’une valeur de 30.000 €. Il se voit également proposer une tournée de concerts en France et à l’étranger. Les autres candidats ne reçoivent à peu près... rien. Néanmoins, tout candidat, même finaliste, peut se représenter au concours en cas d’échec. On n'a donc pas droit à la moindre fausse note. Au moindre staccato intempestif, on rentre chez soi, sans la moindre médaille !

Les concours de piano sont souvent décriés : on leur reproche notamment de favoriser les virtuoses techniques au détriment d’artistes. Le jury de ce concours est, quant à lui, censé mettre l'accent sur l'expression d'une sensibilité personnelle. Il n’est pas uniquement composé de solistes ou de professeurs, mais aussi de concertistes, de directeurs de festival, de critiques et même d'un « non-professionnel », dont le vote a le même poids que celui des autres membres du jury (il s'agit, cette année, du coureur automobile Thierry Boutsen). En 2018, le président du jury sera Philippe Entremont, qu'on ne présente plus. Parmi les jurés figureront aussi le grand pianiste niçois à la carrière internationale Philippe Bianconi, la pianiste géorgienne Elisso Bolksvade, la pianiste japonaise Akiko Ebi, le directeur du festival du Vigan Christian Debrus et René Croési, personnalité musicale monégasque reconnue et ex-directeur de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.

Le quart de finale aura lieu demain mardi à 10h (entrée gratuite), la demi-finale mercredi à 9h et la finale samedi à 20h. Cette dernière épreuve se déroulera avec l'accompagnement du Philharmonique, dirigé par Yoko Matsuo. Le théâtre de ces épreuves sera un opéra. La Salle Garnier, inaugurée en 1879 et conçue par Charles Garnier, le même architecte que celui qui a construit l'Opéra Garnier de Paris, offrira aux récitals un écrin à la hauteur de la qualité de la musique interprétée. Le bâtiment, qui a fermé en l'an 2000, a en effet été restauré à partir de 2003. Entièrement rénové, il permet au public, depuis sa réouverture en 2005, d'admirer, outre sa structure, les décors de nombreux artistes : d'abord le maître italien Visconti, jusqu'en 1937, puis le peintre français L.L. Charles Roux, qui a signé un nombre considérable de scénographies jusqu'à sa retraite en 1962.

Samedi 6 octobre à 20h, Radio Classique retransmettra en direct de Monte-Carlo le concert de la finale des Piano Masters 2018. Une soirée présentée par Alain Duault.

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