Le dopage dans le sport : ses motifs, ses conséquences et ses remèdes

Le dopage s'est développé au fur et à mesure que les disciplines sportives devenaient professionnelles. Dans le monde entier, cinq disciplines sont particulièrement exposées au dopage : le cyclisme, le football, le tennis, la boxe et l’athlétisme

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D’après le Comité International Olympique : « le dopage consiste à administrer des substances appartenant à des classes interdites d'agents pharmacologiques et/ou utiliser diverses méthodes interdites. » Le dopage constitue une forme de déviance fortement réprouvée par le monde du sport et fait l’objet d’une législation particulière en France comme au niveau international. Globalement il se définit comme « l’utilisation de substances et de méthodes interdites » dont la liste est actualisée chaque année par l’agence mondiale antidopage.

Pendant longtemps, le dopage a été soumis à la loi du silence. Les premières révélations sont apparues en 1988 avec l’affaire Johnson, athlète médaillé olympique sur 100 mètres avant d’être déclassé pour contrôle positif, puis en 1998 avec l’affaire Festina qui va montrer l’étendue du phénomène du dopage institutionnalisé dans le peloton cycliste. La parole des sportifs s’est libérée et de nombreuses affaires ont été rendues publiques révélant des sportifs sacrifiés, des dirigeants et des médecins complices, des médias manipulés. Le scandale peut être individuel (Lance Armstrong en 2012), dramatique (mort du cycliste Marco Pantani en 2014), collectif (équipe de football de la Juventus) ou même d'État (Allemagne de l’Est, Russie…). Aujourd’hui les palmarès olympiques sont sans arrêt bousculés au rythme des nouveaux examens de contrôles urinaires ou sanguins. Plus de 50 médailles olympiques ont été retirées aux athlètes depuis 2000.

Les facteurs qui incitent au dopage sont multiples 

Les facteurs qui incitent au dopage sont nombreux. Dans les sports d’équipe, il est occasionné parfois par la permissivité du groupe et des encadrants. On pourrait également parler de l'existence d’un leader consommateur abusif et pervers jouant sur sa capacité à consommer des substances et avoir des résultats sportifs servant de modèle pour les autres ; Sans oublié médicalisation excessive dans la préparation physique et la spécialisation intensive sur un seul sport. Augmentation de l’oxygénation des muscles, diminution de la fatigue, accroissement de la force et de la puissance musculaires, modifications morphologiques, anti-stress.

L’enjeu identitaire, financier, social, politique du sport de haut niveau est tel que tous les moyens de performer sont utilisés et que le dopage devient une entité indissociable du sport de haut niveau. Dans certaines organisations, le dopage est même considéré comme une technique à part entière entrant dans la préparation biologique, voire dans une préparation scientifique et rationnelle de la performance.

Les conséquences du dopage

La multitude de produits pharmacologiques utilisés malgré l’interdiction pour augmenter la performance sous forme orale ou d’injections (anabolisants, hormones de croissance, EPO, salbutamol…), la polyconsommation courante avec des produits festifs (alcool, cannabis, cocaïne...), des produits énergisants de toute sorte (amphétamines, vitamines…) ou des médicaments (anti douleur, anti inflammatoire…) posent la question d’un lien entre le dopage et l’addiction.

Sur le plan pharmacologique, la possibilité d’une addiction provoquée par la consommation chronique de stéroïdes androgènes anabolisants (SAA), hormones de la famille de la testostérone, est au premier plan car ils sont utilisés dans de nombreux sports (athlétisme, haltérophilie, culturisme, body fitness…) et par une population d’adolescents ou d’adultes des deux sexes. Ces produits augmentent la masse musculaire et ont des propriétés virilisantes mais leurs effets secondaires sont nombreux : atrophie testiculaire, acné, gynécomastie, toxicité hépatique etc. Les SAA se lient à des récepteurs qui sont abondants dans les muscles, les organes de reproduction, le foie et le système nerveux central, particulièrement dans l’amygdale, l’hippocampe et l’hypothalamus. Des travaux chez l’animal ont montré que les SAA avaient un pouvoir renforçant (favorise la répétition de consommation) et des effets récompensant, certes moins que les drogues mais néanmoins réels, en agissant à la fois sur les récepteurs à la dopamine et sur ceux aux opioïdes. La dépendance aux SAA a aussi été objectivée chez des sportifs par la survenue d’un syndrome de sevrage associant anxiété et dépression.

Les sportifs mettent leur vie en danger. Les effets nocifs dépendent de nombreux paramètres (nature des substances consommées, durée de consommation, les conditions d’administration et l’état général du sportif). Les sportifs de niveau régional ou national sont exposés à des risques plus élevés et plus immédiats que les sportifs de niveau international, car ils sont souvent moins bien suivis médicalement et n'ont pas les moyens d'acheter des produits de bonne qualité. Les problèmes de santé les plus préoccupants sont la pharmacodépendance à certaines substances telles que la caféine, les amphétamines, la cocaïne, le cannabis et les troubles psychologiques et du comportement induit en particulier par les stéroïdes anabolisants.

Le rôle du médecin du sport

Son rôle est d’optimiser la préparation des sportifs et d’empêcher les dérapages du dopage en suivant le sportif et en lui proposant des solutions alternatives : organisation de l’entraînement, proposer une hygiène de vie compatible avec la compétition (alimentation, psychologie). Au final le sport de haut niveau bouscule les repères psychologiques et physiologiques des individus qui le pratiquent. La tentation du dopage est toujours proche, souvent favorisée par la pression de l’environnement. La fin de la carrière sportive est une période à haut risque de déstructuration personnelle et de bascule vers l’addiction.

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