Charlie Hebdo contre Marine Le Pen

La Cour de cassation rejette le pourvoi de la plaignante.

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Le vendredi 25 octobre dernier, la cour de cassation a rejeté le pourvoi de Marine Le Pen sur le dessin la représentant en excrément. Cette caricature du journal satirique Charlie Hebdo jugée « grossière » par la Présidente du Rassemblement National, avait été exhibée par l’animateur Laurent Ruquier dans son émission « On n'est pas couché ».

Liberté de la presse ou atteinte à la dignité ?

Ce ne sera pas la première fois que Marine Le Pen se retrouve déboutée dans des affaires d’injures. Déjà, elle avait perdu contre le même adversaire Laurent Ruquier qui dans une émission, avait présenté des personnages politiques sous forme d’arbres généalogiques. Celui de Marine Le Pen avait été fait, montrant clairement la forme d’une croix gammée. Cette plaisanterie n’avait pas été du goût de la Présidente du Rassemblement National. A ses dépens.

Ensuite, Marine Le Pen avait perdu un autre procès contre l’humoriste Nicolas Bedos. Celui-ci écrivant sur Marianne, l’avait qualifié de « salope fascisante ».

Cette énième fois, la fille de Jean-Marie Le Pen s’est irritée contre une autre pique de Laurent Ruquier. A l’origine du procès : Une caricature du journal satirique Charlie Hebdo, publiée en janvier 2012 et représentant un étron fumant sur un fond tricolore. Le slogan sans sous-entendus concluait bel et bien : « Le Pen, la candidate qui vous ressemble ». Plusieurs jours plus tard, c’est Laurent Ruquier qui avait exposé cette image dans son émission très suivie « On n’est pas couché », sur France 2.

Abandonnant le journal Charlie Hebdo habitué aux controverses, Marine Le Pen avait choisi de poursuivre Laurent Ruquier en justice, pour l’audience bien plus large, atteinte lors de cette diffusion.

L’élue RN s’était heurtée à deux premiers procès remportés par l’animateur vedette. Pour la cour d'appel de Paris, le dessin de Charlie Hebdo certes grossier, ne constituait pas une attaque avérée à la personne de Mme Le Pen, mais plutôt une pique tout à fait humoristique destinée à la candidate à la présidentielle, qu’elle incarnait.

Après plusieurs tergiversations, c’est en 2016 que la cour, poussant l’analyse plus loin, reconnaît tout de même une atteinte à la dignité de Marine Le Pen qui pourrait être contraire aux limites admissibles à la liberté d'expression. Elle ordonne alors un troisième procès. En 2017, la cour d’appel la déboute à nouveau.

 

« Le juste équilibre »

C’est enfin après 7 ans de combat judiciaire que l’affaire de Marine Le Pen, caricaturée en étron fumant est close. Le vendredi 25 octobre, la Cour de cassation a rejeté son pourvoi. Pour les magistrats, la publication dont il est question ne « dépassait pas les limites admissibles de la liberté d’expression quand bien même l’injure était caractérisée. Dans leur arrêt publié, rapporté par Ouest France, ils ont mis en avant le contexte dans lequel l’animateur avait exhibé cette image: « avec d’autres affiches parodiant chacun des candidats à l’élection présidentielle, dans la séquence d’une émission polémique s’apparentant à une revue de presse, mention étant expressément faite que ces affiches émanent d’un journal satirique et présentent elles-mêmes un caractère polémique ».

Au terme de ce débat de droit très houleux, les juges ont en fin de compte infirmé la jurisprudence de 2016, et confirmé par la même occasion, le premier arrêt de relaxe pour Laurent Ruquier. « La dignité ne saurait être érigée en fondement autonome des restrictions à la liberté d’expression », ont-ils poursuivi dans leur arrêt publié.

De son coté, Jean Ennochi avocat de Laurent Ruquier s’est félicité sur Ouest France, du « juste équilibre » entre le droit au respect de la vie privée et le droit à la liberté d’expression, établis par la cour : « Nous sommes ravis. Cette procédure a démarré il y a sept ans (…) En l’état, l’affaire est close ».

Marine Le Pen, elle, ne semble pas voir cette partialité du même œil et crie à l’injustice. Dépitée, elle s’est indignée sur son compte Twitter : « En France, la Cour de cassation considère donc qu’on peut, sur le service public, traiter des femmes politiques de "conne" et de "salope" (Nadine Morano) ou les représenter sous la forme d’un étron fumant (moi-même) ».

Elle a ainsi rappelé au passage une affaire presque identique à la sienne. Celle qui opposait Nadine Morano à l’humoriste Guy Bedos en 2013. Ce dernier cité avait lors d’un spectacle, injurié la politicienne sans détours. Elle avait été déboutée à son tour, par la même juridiction.

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