L'ex-chef des services secrets a-t-il abusé de son pouvoir au profit de LVMH ?

L’ancien patron des services secrets intérieurs français, Bernard Squarcini, est à nouveau dans le collimateur de la justice et des médias nationaux.

L’ancien patron des services secrets intérieurs français, Bernard Squarcini, est à nouveau dans le collimateur de la justice et des médias nationaux.

Né le 12 décembre 1955 à Rabat (Maroc), Bernard Squarcini est un haut fonctionnaire français, ancien commissaire de police et préfet, consultant indépendant pour le groupe LVMH. Il occupe les fonctions de directeur central du renseignement intérieur du 2 juillet 2008 au 30 mai 2012. Bernard Squarcini a été notamment chargé, au cours de sa carrière, du renseignement antiterroriste en Corse, au Pays basque et sur l'islam radical.

Sous le coup d’une mise en examen pour « abus de confiance » le 18 novembre dernier, l’ancien patron des renseignements intérieurs français risque une peine allant jusqu’à 3 ans d’emprisonnement. Accusé par l’appareil judiciaire français qu’il a longtemps servi, comment Bernard Squarcini compte-t-il se défendre dans cette mise en examen ? C’est la question qu’on est en droit de se poser au regard de ce qui se trame sous nos yeux.

La proximité entre Nicolas Sarkozy et Bernard Squarcini n’est plus à démontrer. On sait tous que le premier, alors qu’il n’était encore que ministre de l’intérieur sous Jacques Chirac, avait proposé son ami pour occuper la tête des Renseignements Généraux en janvier 2004. À cette période, l’intéressé avait fait mouche en procédant à l’arrestation de l’assassin présumé du préfet Claude Érignac, en la personne d’Yvan Colonna, surnommé le berger de Cargèse par la presse nationale. Pourtant, à l’époque Jacques Chirac avait préféré le préfet Pascal Mailhos à la tête de l’institution.

C’est donc via l’enquête sur le dossier du financement libyen présumé de la campagne de la présidentielle de 2007 de l’ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, que l’affaire qui met aujourd’hui Bernard Squarcini dans la ligne de mire de la justice française fait surface.

En effet, Serge Tournaire et Aude Buresi, les juges anticorruptions, découvrent au cours de leur enquête qu’en 2013 le mis en cause « avait non seulement conservé des documents classifiés qu'il n'était pas censé avoir, mais utilisait également ses entrées intactes dans l'appareil policier français au profit d'intérêts privés — notamment ceux du groupe LVMH », ainsi que le souligne Médiapart.

On se souvient qu’à cette date, Bernard Squarcini avait été limogé de ses fonctions de patron des Renseignements Généraux et s’était lancé à son propre compte en mettant sur pied son cabinet Kyrnos Conseil au sein duquel il travaille en tant que consultant indépendant. Son principal client était alors LVMH, le consortium d’entreprises français créé par Alain Chevalier et Henry Racamier.

L’enquête révèle dans la même foulée qu’en 2012, Bernard Squarcini avait instruit la section L2 de mobiliser d’important moyens de surveillance dans l’unique but de démasquer le maître chanteur de Bernard Arnault le patron de LVMH.

Dans cette affaire, on découvre aussi que l’ex-numéro un des services de renseignement, aurait fourni à LVMH un condensé de la plainte d’Hermès déposée contre le groupe français. Eléments fournis par Christian Flaesch, alors qu’il était le directeur de la police judiciaire.

En France, l’abus de confiance va chercher jusqu’à 3 ans de prison assorties d’une amende de 375 000 euros. C’est donc la peine qu’encourt aujourd’hui Bernard Squarcini pour avoir mis les Renseignements Généraux au service de LVMH.

L’intéressé n’en est pas à sa première interpellation judiciaire. Son nom est apparu dans l’affaire Clearstream 2 ainsi que celle qui a opposé Woerth à Bettencourt. En juin 2013, il est renvoyé en correctionnelle pour le motif

lvmh
de « collecte de données à caractère personnel par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite ».

Plus récemment, en 2016 notamment, Bernard Squarcini a été mis en examen pour « violation du secret de l'enquête », « trafic d'influence », « détournement de fonds publics », « compromission », « entrave aux investigations », « faux en écriture publique et usage », « recel de violation du secret de l'instruction », « atteinte au secret des correspondances par personne dépositaire de l'autorité publique ». Un chapelet d’accusations qui, bien qu’elles restent à démontrer, dessinent un profil trouble.

En effet, Bernard Squarcini semblerait être un habitué de l’usage de son rang et des avantages des fonctions de cadre occupées dans l’administration publique pour obtenir ce qu’il veut de qui il veut. C’est ainsi que pêle-mêle il est cité dans l'affaire HSBC, l'affaire Cahuzac, le dossier Veolia, le dossier Bettencourt, l’affaire Merah, le dossier des Renseignements généraux sur Alexandre Djouhri, ainsi que l'appartement de Ségolène Royal cambriolé en 2008…

 

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