L'antisémitisme en France

Alain Finkielkraut, est né le 30 juin 1949 à Paris. C’est un philosophe, écrivain, essayiste et animateur de radio français. Agrégé de lettres modernes et titulaire d’une maîtrise de philosophie. Il est officier de la Légion d'honneur depuis 2009 et lauréat de nombreux prix pour ses essais.

Le ministère de l’intérieur a annoncé récemment que le nombre de faits à caractère antisémite signalés aux policiers et gendarmes avait augmenté de 74% en France en 2018. Historiquement, l’antisémitisme fait partie de l’histoire de l’Europe. Pendant des siècles, il s’est traduit par des discriminations, des expulsions et des massacres, lors des croisades par exemple. Cette persécution a atteint son apogée avec le génocide nazi, qui a certes visé différentes cibles, mais particulièrement les Juifs. Le régime nazi et ses collaborateurs ont exterminé la moitié des Juifs d’Europe et un tiers de la population mondiale.

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La France a connu une flambée de violences anti-juives au début des années 2000. Chaque année, la commission nationale consultative des droits de l’homme(CNCDH) publie un rapport sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, qui suit l’évolution des actes et menaces racistes, lesquels peuvent aller du courriel d’insulte jusqu’à la lettre anonyme ou le graffiti sur la voie publique.

En 2002, par rapport à 2001, le nombre de ces actes s'est multiplié par quatre, et, plus particulièrement, le nombre d’actes antisémites par six. Toutefois, en 2003, on a observé un net reflux des violences antisémites (-36%) et des autres violences racistes (-23%).

Par ailleurs, pendant plusieurs années, un Dupont ou un Soral ont pu jouer impunément avec l’antisémitisme. Maintenant qu’ils sont régulièrement poursuivis et condamnés, ils se déguisent en « antisionistes ». Soutenir les revendications des gilets jaunes ne doit pas, au contraire, empêcher de dénoncer les dérapages commis par certains d’entre eux.

La France donne l’impression de s’être endormie devant la banalisation antisémitisme. La communauté juive a désormais le sentiment d’être abandonnée par la communauté nationale. Au vu de l’ampleur des agressions envers cette communauté, certains décident même de ne plus se promener dans les rues de France avec une kippa sur la tête.

Le samedi 16 février, lors d’une manifestation des gilets jaune, Alain Finkielkraut a été insulté aux cris de « barre-toi, sale sioniste de merde, grosse merde sioniste, nous sommes le peuple, la France, elle est à nous ». Un manifestant a ainsi interpellé le philosophe dans les rues du 14e arrondissement de la capitale française, alors qu’il croisait la route de ces derniers. Le philosophe n’a répondu à aucune insulte et s’est éloigné rapidement des manifestants.

Le gilet jaune soupçonné d’avoir proféré ces insultes antisémites , un certain Benjamin, nie toute teneur antisémite dans ses propos. Complètement abasourdi par ce qui se passe et qui lui donne l’impression de vivre un cauchemar, il ne comprend pas les poursuites dont il fait l'objet. Selon une source proche du dossier, l’homme n’habite pas à Paris et est originaire de Mulhouse, où il a déjà eu affaire à la police. Considéré comme délinquant, connu pour des faits de violences volontaires commises , de recel de vol, de défaut d’assurance en 2005 et de violences sur agents de la force publique en 2004.

Il a rapidement été identifié comme un individu évoluant dans la mouvance salafiste. Benjamin ne fait cependant pas l’objet d’un suivi au titre du fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT). En d’autres termes, il ne compte pas parmi les individus fichés « S ».

Certains commentateurs se sont empressés de voir dans cet incident l'illustration d'une corrélation entre islamisation et recrudescence de l'antisémitisme. Interrogé sur LCI le 19 février, Eric Zemmour a déclaré : « On nous a expliqué que l’islam était une religion de paix et d’amour alors qu’on sait bien que cet antisémitisme là est le produit d’une culture islamique qui vient de très loin ». Le chroniqueur enfonce le clou dans ces termes : le gouvernement français devrait selon lui « endiguer une immigration de masse » qui est, selon lui, « le terreau de cet antisémitisme ».

Mais il serait sans doute réducteur d'imputer la montée de l'antisémitisme à la prétendue islamisation de la société française. L'antisémitisme antisioniste n'entre-t-il pas aussi en congruence avec le populisme justicialiste : réclamation de la justice tous azimuts pour « les petits, les dominés, les discriminés, les exclus» contre l'impunité des privilégiés, des élites, des dominants, des bénéficiaires de la mondialisation. Opposée à la figure victimaire du Palestinien, la figure du juif servirait ainsi à donner corps à l'idée d' « ennemi du peuple », grâce à des raccourcis grossiers associant juifs, Israël, Occident, impérialisme, colonisation, mondialisation et capitalisme.

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