Michel Jonasz, itinéraire d'un Super Chanteur

Michel Jonasz sera sur la scène de l'Opéra Garnier Monte-Carlo le 16 novembre prochain dans le cadre du Monte-Carlo Jazz Festival.

Quoi de plus normal que de retrouver à l’affiche d’un festival de jazz quelqu’un qui n’aura cessé de clamer – et pas seulement le temps d’une chanson, fût-elle l’une de ses plus célèbres, qu’il aimait tous les succès de Duke Ellington, tous les standards d’Oscar Peterson, Lionel Hampton, Scott Hamilton, Mahalia Jackson et tout plein d’autres dont le nom avait le malheur de ne pas finir par “on” ? Portrait d'un artiste qui vit jazz, mange jazz, respire jazz.

michel-jonasz

Cela fait des décennies qu'il enfile les mêmes chemises, hawaïennes le jour, cols à manger de la tarte sur scène. Qu'il gratte des pages, presque chaque jour, un peu partout, à mettre en chansons. Quarante ans qu'il a perdu ses accroche-coeur et adopté ses poignées d'amour. Autant qu'il attrape son public par la nostalgie, ondulant du bras gauche, ému toujours quand les salles chaloupent en chantant ses airs.

Changer? Ce n'est pas dans ses projets. Régulièrement, le joueur de blues disparaît. Pour réapparaître, à intervalles de plus en plus longs, avec le dernier millésime Jonasz. Il souffle, s'essouffle, sur le feu de ses premières inspirations, super-tubes des années 70 et 80 (Dites-Moi, Super Nana). Le chanteur continue à composer, mais au ralenti, depuis Mister Swing, dernier vrai succès. Cet automne, il propose un nouveau spectacle intitulé « Groove », piano électrique et voix de tête pour des chansons d'amour, toujours. Michel Jonasz, en tête à tête avec ses claviers et ses ordinateurs dans son appartement, écrit (très lentement), compose (plus vite) et ferme les yeux en chantant, rêvant que cela durera toujours. Tant qu'il y a le plaisir, le désir: Il déclarait : « J'aime cette petite forme de musique faite pour durer trois minutes pas plus. » Ou vingt-six ans, comme Super Nana, chantée à chaque concert, toujours avec bonheur. C'est la joie qui compte, pour Michel Jonasz. toujours souriant, un peu rigolard, un peu inquiet, paupières en berne, battues par le temps. Etat normal de type modeste et détaché, pas loin de l'autodérision.

Il est toujours connecté à la planète musique : l'auteur de « J'veux pas que tu t'en ailles » a publié cet automne son premier disque en près de neuf ans, au titre mystérieux et elliptique et en forme de plaidoyer pour la planète : « La Méouge, le Rhône, la Durance ». «La Méouge...» est un long poème que le musicien récite sur fond de volutes électroniques. «Ce texte, c'est pour rétablir un lien avec la nature, pour me préserver, pour nous préserver», déclare Michel Jonasz à l'AFP. «Si on perd conscience de cette unité, d'abord entre les êtres humains, puis avec les éléments et avec la nature, si on perd ça... !», s'alarme le chanteur, selon lequel «on ne préserve pas suffisamment cette planète qui nous accueille». Contradictions d'un bon vivant fasciné par l'ascétisme écologique.

A 72 ans, le fils d'émigrés hongrois peut méditer sur une vie bien remplie. Petit garçon, il rêve déjà de faire se lever les foules. « Cette envie de devenir célèbre, je l'éprouve depuis le début. Ce n'était pas un rêve, mais une certitude », a-t-il confié un jour. Sans réfléchir, à quinze ans, il plaque son lycée de la Porte de Vanves en plein cours de maths. Fin des études. Il mène une vie rebelle, dilettante inquiète. Le père, représentant en vêtements, toujours en tournée, rentre un week-end sur deux. Au père, qui aurait voulu être un chanteur, Michel Jonasz doit Piaf. Un petit bonheur qu'il avait rencontré, silhouette solitaire à l'Olympia, au début des années soixante. Son premier émoi. Il sera artiste. Peindre, lire, rêver, jouer du piano. Il sait surtout ce qu'il ne veut pas, faire un métier normal, avoir un patron. Quelle chance d'avoir des parents qui ne posent pas de questions !

Les débuts sont peu prometteurs. Quelques cours de dessin, quelques cours de piano. Au cours de théâtre de sa soeur Evelyne, porte de Vanves, il remplace les seconds rôles et contracte le goût du public. Il attrape aussi le virus du rock. Jonasz raconte : « Dans un bar un jour, je dis que je suis pianiste. En fait, je ne sais pas ce qu'est un accord. Le chanteur dit: "On attaque en do. Je demande ce que ça veut dire. Le bassiste me montre do-mi-sol sur le piano. J'ai posé mes doigts aux mêmes endroits, fait mes trois notes et j'ai recommencé en tapant vaguement des rythmes. Ils étaient encore plus nuls que moi, personne n'a rien vu! » Toute carrière a un début. Sa mère lui offre en cachette un piano et un ampli, il persévère avec un groupe du quartier, Kenty et les Skylarks, qui cherche justement un pianiste de talent. Jonasz ensuite passe à Vigon et les Lemons, puis au King Set, dont il devient le crooner. Quand les étudiants gnangnan défient les CRS SS, Michel Jonasz affiche son patronyme sur son premier quarante-cinq tours.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.