Un tableau de David Hockney vendu 90,3 millions de dollars : pourquoi ?

En feuilletant un livre d'art dans une boutique du Grimaldi Forum Monaco, je suis tombée sur une rerpoduction de « Portrait of an Artist (Pool with Two Figures) », l’œuvre la plus chère du monde pour un artiste vivant. Les sommes déboursées font tourner la tête.

La toile du peintre britannique David Hockney a été vendue pour une somme record lors d'enchères chez Christie's à New York le mois dernier. Les enchères ont démarré à 18 millions de dollars et la barre des 50 millions de dollars a été franchie en 30 secondes seulement. Les 90,3 millions de dollars déboursés pulvérisent de 30 millions de dollars le prix d'achat du « Balloon Dog » de Jeff Koons.

« Portrait of an Artist (Pool with two figures) » est l'un des plus célèbres tableaux de David Hockney. Le tableau se situe à l'intersection des deux thèmes les plus célèbres du Britannique, grand maître du pop-art, a expliqué le co-président de l'Art contemporain et de l'après-guerre chez Christie's : les piscines et le double-portrait, soit deux personnes en interaction. Sur cette toile, un homme élégant, debout au bord de la piscine, regarde pensivement un autre nager sous l'eau dans sa direction, avec pour toile de fond un paysage idyllique d'arbres et de montagnes. L'œuvre se caractérise aussi par sa composition, simple et lisible, un type de composition cher à l'artiste.

Mais qui est David Hockney ? Et pourquoi ce tableau est-il si cher ? David Hockney est né dans une famille modeste, quatrième enfant d'une fratrie de cinq. Il s'intéresse à l'art très jeune et s'inscrit dans une école d'art à l'âge de 11 ans, comme son père avant lui. Il étudie au Royal College of Art de Londres, où il rencontre Allen Jones et Patrick Caulfield, et en sort diplômé en 1962. Il commence sa carrière de peintre et fait un premier voyage en Égypte comme dessinateur de presse pour le Sunday Times. En 1964, il découvre la Californie, les instantanés de Polaroids, la peinture acrylique, les belles villas et leurs piscines qui deviennent un de ses motifs de prédilection. Il y rencontre Peter Schlesinger qui devient son amant. ll s'installe ensuite à Londres, puis Paris, En 1973, Jack Hazan réalise un documentaire-fiction qui lui est consacré intitulé A Bigger Splash qui assoit sa notoriété internationale naissante (le film est primé au Festival international du film de Locarno) et se fait écho de la peinture A Bigger Splash qui présente les piscines californiennes dans les villas luxueuses.

Aujourd'hui, à 81 ans, il fait figure de légende et se présente comme un artiste aux multiples facettes : après avoir été une figure du mouvement pop-art au début des années soixante, il s'est ensuite inspiré de la photographie (qu'il a également pratiquée), développant des toiles au format carré, façon polaroïd, et explorant un réalisme passant notamment par la représentation de l'eau. Il a réalisé de nombreux portraits, travaillé sur des supports à plusieurs toiles, des collages photo et vidéo et même plus récemment, expérimenté le dessin sur iPad pour ses dernières œuvres en date. Pour l'anecdote, ses collages ont aussi inspiré... Les jingles de la chaîne France 3 !

Qu'est-ce qui justifie donc la somme dépensée pour l'acquisition de son « Portrait of an Artist » ? De manière générale, qu'est-ce qui fait la valeur de l'art ? Aucun critère objectif ne peut clairement expliquer la valeur d'une œuvre, vendue aux enchères. Pour simplifier, on peut dire que la valeur d'un tableau vendu aux enchères est le résultat du croisement de critères objectifs et spéculatifs d'une part, et subjectifs et artistiques d'autre part.

Le prix d'un tableau dépend donc à la fois de sa qualité esthétique et artistique jugée par les spécialistes, les critiques d'art, par sa rareté, éventuellement par son côté novateur ou révolutionnaire... Mais aussi par la cote de son artiste, par le nom de ses précédents propriétaires ou par le fait que de prestigieux collectionneurs possèdent d'autres œuvres du même artiste. En l'occurrence, la toile de David Hockney a appartenu à un riche producteur de Los Angeles.

L'artiste a dévoilé au Times, après la vente de sa toile, son denier souhait : créer une œuvre ultime, « son chant du cygne », inspirée de la Tapisserie de Bayeux. Dans l’interview accordée au quotidien britannique, il révèle qu’il va d’ailleurs déménager au printemps prochain de sa demeure de Los Angeles pour venir vivre dans une maison de campagne en Normandie, afin d’être au plus près de son œuvre favorite.

Le 9 octobre 2018, David Hockney est venu à Bayeux redécouvrir la Tapisserie et examiner ses détails. « Tout cela contribuera assurément à son rayonnement international, déjà immense, autant qu’à la notoriété de notre ville », s'est félicité à cette occasion Loïc Jamin, maire-adjoint en charge des musées de Bayeux.

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