Affaire Denis Baupin : la plainte pour diffamation de l'homme politique a été rejetée

Denis Baupin avait porté plainte contre Médiapart, France Inter et six femmes pour diffamation devant le tribunal, du 4 au 8 février. Ils ont été relaxés. L’ancien député a lui-même été condamné pour procédure abusive.

Quand les écologistes s’accusent

Le 9 mai 2016, huit femmes brisent le silence sur le harcèlement et les agressions sexuelles dont elles ont été victimes. Ce sont quatre élues écologistes et quatre anonymes. Isabelle Attard, Sandrine Rousseau, Elen Debost, Cecile Duflot et plusieurs autres collaboratrices accusent Denis Baupin pour des faits ayant eu lieu de 1998 à 2014. Ces témoignages scandaleux qui sont publiés sur France Inter et Mediapart ainsi que le procès qui s’en suit, vont signer le retrait de l’ancien élu de la vie politique en 2017.

Denis Baupin niera bien entendu ces faits qui portent atteinte à son honneur en signalant qu’il s’agissait simplement d’un « jeu de séduction entre adultes ». Il crie au complot politique . Une enquête préliminaire sera ouverte par le parquet dès le lendemain de ces publications. D’autres nouveaux témoignages accusateurs affluent dès lors, y compris celui de Véronique Haché, Directrice d’Autolib, qui confie avoir subi une agression sexuelle en 2004 pendant qu’elle était encore conseillère de Bertrand Delanoë. Au total, treize femmes dont six à visages découverts son concernées. Malgré la plainte déposée par les victimes, l'affaire reste officiellement sans suite puisqu’il y a prescription . En effet, les faits portaient sur la période de 1990 à 2013.

« le DSK des Verts », comme il se considère, regrette l’absence du procès qui aurait pu rétablir la vérité. En réaction, lui et son avocat portent une autre plainte en diffamation contre les accusatrices, France Inter et Médiapart.

Le procès s'ouvre le 4 février 2019. A la barre , lépouse de l’ex député Emmanuelle Cosse, témoigne en sa faveur ainsi que Dominique Voynet, candidate des Verts aux élections présidentielle de 1995 et de 2007. Malgré ce soutien, le procès devient une charge contre Denis Baupin au fur et à mesure que les témoignages de l’autre partie s’égrainent.

baupin

Relaxe requise pour les journalistes et les accusatrices de l’ex-député

Ce vendredi 19 avril , la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris a rendu un verdict qui ne surprend personne. La procureure Florence Gilbert dans son réquisitoire du 8 février, avait demandé la relaxe pure et simple des accusées dont elle saluait le courage. Elle avait même loué le rôle important des journalistes ainsi que leur travail sérieux dans cette affaire. Certes, il a été admis que quatre articles de Mediapart et France Inter, publiés les 9 et 30 mai 2016 « comportaient un caractère diffamatoire ». Toutefois, les magistrats ont retenu « la bonne foi » des journalistes, des six anciennes collaboratrices ou membres du parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et des deux hommes qui avaient appuyé leurs dires.

Ils ont donc refuté la théorie du complot politique émise par Me Emmanuel Pierrat , avocat de Denis Baupin, en précisant que celle-ci n’expliquait « pas la multiplication des témoignages concordants, pour des faits survenus à des dates éloignées, par plusieurs femmes venant d’horizons divers ». Ils ont estimé que le ton des articles écrits sur cette affaire, rapportés sans déformations , étaient sufissament prudent et ont conclut que le manque de contradictoire avait été entretenu par l’ex député lui-même, qui avait refusé de s’exprimer alors que les journalistes avaient tenté de receuillir sa version des faits, avant la publication des articles mis en cause.

Finalement, la cour a donné tort à Denis Baupin qui réclamait 50 000 euros de dommages et intérêts. L’homme a été débouté de l’ensemble de ses demandes et il a été condamné à verser des dommages et intérêts pour un montant total de 7 500 euros, à toutes les personnes renvoyées devant le tribunal qui en avaient fait la demande, journalistes inclus. Celles-ci ont été relaxées.

Soulagées, les prevenues se sont réjouies et ont réitéré devant les micros des journalistes présents, l’importance de parler. Pour Sandrine Rousseau : « La diffamation était une procédure bâillon, d’intimidation (…) maintenant, regardez-nous autrement que comme des victimes, mais comme des femmes qui ont des compétences, qui savent se battre et faire avancer les choses », déclare t-elle au journal Le Monde.

Me Emmanuel Pierrat quant à lui se félicite d’avoir fait reconnaitre certaines accusations diffamatoires. « C’est le principal acquis de ce jugement. Le reste, effectivement, peut être désagréable, mais nous ferons appel, ou pas. » affirme t-il sur Europe solidaire.

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