Affaire Ghosn : le magnat de l’automobile libéré

Après une nouvelle inculpation et vingt et un jours de détention, Carlos Ghosn a obtenu sa libération via ses avocats.

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Le lundi 22 avril dernier, l'ancien PDG de l'alliance Renault-Nissan avait été à nouveau inculpé au Japon pour des accusations de détournement de fonds du groupe qu'il dirigeait. Après vingt et un jours de détention, ses avocats ont obtenu sa libération.

Une énième mise en examen

Le 4 avril dernier, Carlos Ghosn était mis en examen pour la quatrième fois dans la même affaire. L’accusation pour abus de confiance aggravé à laquelle fait face l’ancien PDG de l’alliance Renault-Nissan, l’accule de toutes parts et conduit ainsi à une autre période de détention provisoire. Arrêté à son domicile de Tokyo un mois à peine après avoir quitté la prison, et mis en garde à vue, l’homme de 65 ans avait été interrogé sur des transferts d'argent suspects, émanant du groupe nippon à un distributeur de véhicules du constructeur à Oman.

Les sommes en jeu

Rappelons que Carlos Ghosn se serait rendu coupable selon les sources du journal Asahi Shinbun, de fausses déclarations auprès des autorités financières et boursières japonaises. Il aurait fait endosser ses propres pertes à Nissan sur des produits dérivés financiers pour 14 millions d'euros lorsque s’effondrait la banque Lehman Brothers en 2008. Il n’aurait pas déclaré 30 millions d’euros de revenus entre 2010 et 2015 chez Nissan et aurait sous-évalué son salaire pour la somme de 25 millions d’euros pendant une période de trois ans. Selon le bureau des procureurs, ce sont au total 5 millions de dollars utilisés à des fins d'enrichissement personnel. Une partie de la somme aurait été injectée via une société au Liban dans un fonds contrôlé par son fils Anthony aux États-Unis. Une autre partie aurait permis l'acquisition de son bateau de luxe baptisé « Shachou », d'un coût de 12 millions d'euros.

Coupable ou victime de complot ?

Selon l’express, Carlos Ghosn s'est dit « innocent » de tous reproches par la voix de l'un de ses porte-parole. Il a promis de « se défendre vigoureusement contre ces accusations sans fondement ». L'épouse du magnat de l’immobilier Carole Ghosn, intérogée par la justice japonaise en tant que dirigeante de la compagnie « Beauty Yachts » (entreprise qui a effectué la transaction pour l’achat du bateau de luxe Shachou), en a appelé aux plus hautes autorités politiques telles qu’Emmanuel Macron et Donald Trump pour qu'elles dénoncent les conditions de détention de son mari. Elle a évoqué la théorie du complot en prenant à témoin les échanges de courriels entre les principaux protagonistes de l’alliance Renault-Nissan datant du 23 avril au 22 mai 2018, révélés dans le JDD : « Des courriels révèlent la vraie histoire (...) : le ministre japonais de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie (Meti) travaillait avec des dirigeants de Nissan pour bloquer la fusion de Nissan et Renault souhaitée par Carlos et préserver l'autonomie de Nissan à tout prix », affirme Carole Ghosn dans une publication faite en mi-avril par le Washington Post. Pour le procureur-adjoint Shin Kukimoto, les faits sont bien réels et clairs : « La décision de renvoyer Carlos Ghosn devant le tribunal a été prise après avoir réuni suffisamment d'éléments pour obtenir un verdict de culpabilité » a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Deuxième libération sous caution

Alors qu’il s'était déjà acquitté le 6 mars de la somme de 8 millions d'euros afin d’obtenir le droit de quitter le centre de détention de Kosuge après 108 jours de détention, Carlos Ghosn est sorti à nouveau de la même prison ce jeudi 25 avril devant une foule de journalistes présents. Mécontent de la décision du tribunal de Tokyo, le parquet avait fait un appel rejété. Junichiro Hironaka, le principal défenseur de Ghosn, mettant en avant l’insuffisance rénale chronique de son client ainsi que l’absence de risque de destruction de preuves et de fuite a réussi à obtenir cette libération moyennant le paiement d’une caution de 500 millions de yens (4 millions d’euros).

Des conditions de libération strictes

Carl Ghosn est libéré. Toutefois , il est soumis à des conditions très strictes qui lui interdisent de voir sa femme sans l'autorisation préalable du tribunal. L'ancien PDG de l'Alliance Renault Nissan pourra désormais se consacrer à la préparation de son procès, dont la date pourrait être repousée, selon 20 minutes.fr, à 2020. Pour les avocats, le suspect devrait être jugé séparément de Nissan, inculpé comme entité morale sur un des aspects du dossier. Ils ont déposé une requête écrite à ce propos, au tribunal.

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