Lutter contre le harcèlement scolaire

Le Conseil national de Monaco vient de voter en faveur d'une proposition de loi qui vise à définir un cadre préventif et répressif dans les cas de harcèlement. Pour les familles, le plus important est de les détecter au plus vite ; les associations de lutte contre le harcèlement tâchent, elles, de les prévenir, notamment grâce à la formation.

Environ un enfant sur dix serait victime de violences d’autres élèves lors de sa scolarité. « L’école est devenue l’un des lieux de harcèlement, mais il peut désormais être mené sur Internet, par SMS, à la cantine, dans le bus scolaire… », explique Nora Fraisse, présidente de l’association Marion la main tendue, dans un reportage du magazine Pèlerin. « L’expression “harcèlement scolaire” reste d’ailleurs en deçà de la réalité, car elle occulte une partie des violences qui ont cours hors des murs de l’établissement. » L’association préfère ainsi mettre en avant les termes de « violences entre pairs ». Trois grands traits la définissent : son caractère répété, les rapports asymétriques qu’elle instaure entre élèves forts et faibles par exemple, ou plus âgés et plus jeunes, ou encore entre un groupe et un élève isolé ; enfin, elle reflète une véritable intention de nuire, souvent sous le prétexte d’un simple jeu ou « pour rire ».

Pourtant, malgré la gravité des faits, la plupart des enfants harcelés s’enferment dans le silence, allant jusqu’à se sentir coupables de ce que les autres leur reprochent. Pour les familles, il s’agit d’une situation pas toujours facile à détecter mais des signes peuvent alerter, comme des changements brutaux de comportement : un enfant qui dormait beaucoup souffrant tout à coup d’insomnie, ou l’inverse ; un bouleversement soudain de comportement alimentaire également, ou encore le fait de ne plus vouloir aller à l’école ou participer à une activité périscolaire. « Des traces physiques peuvent également échapper aux parents à mesure que l’enfant grandit : un changement de poids ou l’automutilation », précise Nora Fraisse. Il est également crucial de veiller à l’intégration de son enfant : « Ne plus être invité aux anniversaires, par exemple, doit alerter. Le harcèlement crée en effet une véritable ostracisation du harcelé : plus il se trouve isolé, plus il continuera de l’être. C’est un cercle vicieux. »

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Cette spirale infernale peut avoir des répercussions psychologiques à long terme chez les enfants harcelés et, dans certains cas, mener à une issue tragique. En juin dernier dans le Val-d’Oise, Evaëlle, une collégienne de 11 ans, mettait fin à ses jours, comme Marion, la fille de Nora Fraisse, quelques années plus tôt, suscitant une forte émotion dans l’opinion publique. La diffusion des téléfilms Marion, 13 ans pour toujours, en 2016, racontant son histoire, et Le jour où j’ai brûlé mon cœur, l’année dernière, avait déjà permis d’accentuer une prise de conscience. « Ces films ont suscité des débats et permis d’abolir un tabou, assure Hugo Martinez, président de l’association Hugo contre le harcèlement scolaire. Sur le plan juridique aussi, la France prend conscience de on retard. »

Son association a, en effet, contribué à l’introduction, en juillet dernier, d’une définition du harcèlement scolaire dans le code de l’éducation. Elle sera associée à un « droit à une scolarité sans harcèlement », selon le plan présenté en juin dernier par le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Il devrait notamment être assorti d’un enseignement de dix heures autour du harcèlement et de ses dangers, du CP à la troisième, à partir de la rentrée 2020. Des campagnes de prévention sont également prévues au sein des établissements.

Reste la question de la sanction des harceleurs, quasi inexistante jusqu’ici, en l’absence de définition juridique. « Il faudrait des mesures constructives, comme des stages sur le harcèlement, afin de laisser à l’enfant la possibilité de saisir les conséquences que peuvent avoir ses actes », précise Hugo Martinez. Un changement d’établissement peut parfois mettre fin à cette spirale de violence, même si cela ne devrait pas être aux victimes de partir.

Cette année, le premier Centre français de formation du harcèlement scolaire, initié par l’association Hugo, dispensera notamment des formations aux enfants victimes de harcèlement, afin qu’ils reprennent confiance en eux, ainsi qu’à leurs familles, qui ont, elles aussi, besoin d’être accompagnées pour aider leur enfant à se reconstruire.

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