Houellebecq fait paraître Sérotonine

Le nouveau livre du romancier était très attendu.

Auteur sulfureux, dont les thèmes de prédilection ne laissent personne indifférent (de la prostitution à la critique de l'islam en passant par la dépression), Michel Houellebecq va sans doute à nouveau provoquer la polémique avec la sortie de son nouveau roman, Sérotonine. Car l'écrivain fait lui-même couler beaucoup d’encre. Mais qui est-il vraiment ? Retour sur un personnage plus complexe qu'il n'y paraît.

Michel Houellebecq, né en 1958, connaît ses premiers succès avec Extension du domaine de la lutte et Les Particules élémentaires. Le Prix Goncourt, qu'il obtient en 2010, achève de le consacrer en tant que premier  écrivain de France, tant son succès dépasse les seules limites de l'hexagone.

Est-ce que Houellebecq est islamophobe ? Le MRAP et la Ligue française des droits de l’homme l'ont attaqué en justice pour les propos qu'il a tenus lors d’un entretien publié dans le magazine Lire, où il parle du Coran dans des termes peu favorables. Mais la suite de l'entretien montre qu'il s'agit plus de sa part d'une critique littéraire que d'une critique islamophobe, puisqu'il oppose le Coran à La Bible en disant qu'il préfère celle-ci en raison du « talent littéraire » des auteurs de La Bible. Et puis son propos semble plutôt s'inscrire dans le cadre d'une critique des religions en général plus que dans celui d'un quelconque racisme islamophobe. Son point de vue est tout simplement celui de l'athéisme : « Dieu n’existe pas », dit-il dans l'entretien.

On peut en revanche reprocher à Houellebecq la façon dont il exprime son athéisme. Acerbe, il ne mâche jamais ses mots, au point de pouvoir heurter les sensibilités des croyants. C'est qu'il y a un vrai mal-être chez Houellebecq, un malheur qu’on retrouve dans les personnages de ses romans. Ainsi, Sérotonine raconte l'histoire d’un ingénieur agronome miné par la dépression, comme l'indique le titre ironique même de l’ouvrage : la sérotonine est un neurotransmitteur associé à l'état de bonheur. Le roman s'inscrit donc dans cette tonalité morose : le personnage principal va de désillusion en désillusion, dans un monde où les valeurs ne sont plus que matérielles et où les intérêts égoïstes sont rois. La vraie critique de Houellebecq, ce n'est pas celle de la religion mais celle de notre société matérialiste moderne.

 

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