Affaire Kalash: outrage à agent ou abus policier ?

Le monde du RAP français ne cesse de faire parler de lui depuis déjà plusieurs mois. Après l’implication de MHD dans une rixe mortelle à Paris, puis la bagarre qui s’est opérée entre Booba et Kaaris à l’aéroport d’Orly, voici le rappeur français Kalash, de son vrai nom Kevin Valleray, qui fait parler de lui dans une affaire de délit de fuite, rébellion et outrage à agent de la force publique.

Sur twitter, on peut lire certains commentaires des spectateurs qui affirment avoir vu l’artiste Kalash accidenter, dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 mars, plusieurs véhicules sur les Champs-Elysées avec sa porsche, puis commettre un délit de fuite. Malheureusement pour lui, la scène aurait été filmée par certaines personnes présentes sur les lieux, puis relayée sur les réseaux sociaux. Dans ces vidéos, on pourrait voir Kalash a tenter de se débattre, et tutoyer les policiers avant de les insulter. Il a été placé en garde à vue pour outrage et rébellion envers personne dépositaire de l’autorité publique. Il pourrait aussi être poursuivi pour les voitures emboutées.Des faits qu’il a par la suite contestés à travers un communiqué écrit par son avocat Eddy Arneton et publié sur ses réseaux sociaux, le communiqué dit ceci : “Monsieur Kevin Valleray connu sous le nom d’artiste Kalash a été impliqué dans un banal accident de la circulation sur l’avenue des Champs-Elysées ayant causé des dommages matériels. De nombreux commentaires font état d’un délit de fuite de ce dernier en se basant sur des déclarations fantaisistes et des vidéos tronquées. Plusieurs vidéos mettent un terme à ces allégations qui ne correspondent pas à la réalité des faits. Il est en effet clairement établi que Monsieur Valleray a garé son véhicule à quelques mètres du lieu de l’accident afin de pouvoir procéder aux constats d’usage. Au lieu de faciliter les démarches administratives car aucun blessé n’était à déplorer, les fonctionnaires de police ont envenimé la situation en faisant subir à mon client des violences illégitimes lui causant des préjudices physiques : deux dents et le nez fracturés”.

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Le cas de l’interpellation un peu violenté de l’artiste Kalash nous pousse à revenir sur le nombre d’abus policiers signalés en 2016 par les particuliers sur Internet. Les griefs les plus souvent cités par les internautes sont les violences et autres pratiques brutales, l’irrespect, dont les comportements agressifs, moqueur, injurieux, le refus de prendre une plainte et l’absence de prise en compte du statut de victime. Ces cas d’abus de pouvoir des policiers laissent penser notamment à une intimidation de leur part afin de faire baisser la garde aux délinquants tenaces, pour imposer leur répression en tant qu’agents de la force publique. Il faut également noter, que la police regroupe des organes et des institutions participant au maintien de l’ordre public certes, mais aussi, à la répression des infractions et à leur prévention. Ainsi, elle n’est pas répressive par destination, mais accomplit une mission de service public qui consiste en premier lieu d’assurer la sécurité des biens et des personnes.

Cependant, dans leurs objectifs d’obligation de résultat, les policiers n'ont-ils pas tendance à outrepasser leurs prérogatives d’agents du maintien de l’ordre ? L’action de la police sera toujours par nature vouée à être réactive dans certaines situations et donc répressive. Et il n'y a pas de pouvoir sans abus de pouvoir. Il revient aux contre-pouvoirs et aux citoyens de veiller sans cesse à ce que les forces de l'ordre ne dépassent pas les limites de leurs fonctions.

On peut saluer et encourager dans cette perspective le travail des associations qui se sont fixées comme but d'œuvrer pour modifier le comportement policier. Ces groupes opèrent le plus fréquemment en mettant le doigt sur les actions de la police au travers de tableaux de bord rédigés de manière indépendante et d'autres méthodes statistiques. Copwatch, par exemple, rassemble des associations activistes qui suivent et filment les interventions des forces de l'ordre afin de prévenir le phénomène de brutalité policière. Des collectifs tels que October 22nd Coalition to Stop Police Brutality, Repression, and the Criminalization of a Generation ainsi que des associations de plaignants sur le plan juridique (la plupart du temps prenant le nom d'un individu décédé des suites de violences, ou victime d'actes de brutalité) soutiennent les victimes ou leurs proches et se joignent à leurs démarches.

Le 15 mars est la Journée internationale contre la brutalité policière. À Paris, cette date a été reprise depuis 2009 pour devenir la commémoration nationale des victimes de la police, elle a lieu chaque année autour du 15 mars. En 2013, elle a eu lieu le 23 mars.

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