Bernard Tapie en appelle à la Cour de justice de l'Union européenne

L’homme d’affaires fait à nouveau l'actualité. Récemment relaxé dans l’affaire de l’arbitrage Adidas-Crédit lyonnais, il annonce dans une tribune au Figaro qu’il va demander à chaque juridiction saisie d’une péripétie du dossier Adidas de saisir la Cour de justice de l’Union européenne.

Il disait avoir hâte d’en découdre avec ses adversaires devant la justice. Invité de Ruth Elkrief le jeudi 10 janvier sur BFM, Bernard Tapie a évoqué son cancer et a fait part de son impatience de voir son procès concernant l'affaire du Crédit Lyonnais débuter. Il confiait ainsi que ce ne sont pas les gilets jaunes qui le motivaient mais plutôt la tenue de ce procès qui lui donnait envie de vivre. Bernard Tapie déclarait que, comme toute personne impliquée dans une affaire judiciaire, il ne pouvait pas parler de l'affaire du Crédit Lyonnais ni se défendre. Il était donc impatient que le procès débute et promettait que de nombreux documents seraient montrés et feraient la lumière sur toute l'histoire.

adidas

Malgré le cancer de l'estomac qui le ronge depuis quelques années déjà, l’ancien patron de l’Olympique de Marseille continue donc sa bataille judiciaire, aussi combatif face à la maladie que face à la justice. Il entend ainsi  dénoncer ce qu'il considère comme "les multiples violations du droit européen de la concurrence commises par le Crédit lyonnais, ses filiales, ses offshores, acheteurs d'Adidas". Rappelons que Bernard Tapie était poursuivi pour escroquerie et détournement de fonds publics suite à l’arbitrage « truqué », dont il aurait été le « co-organisateur » et le « principal bénéficiaire », rendu en sa faveur pour solder le litige qui l'oppose depuis plus de 20 ans au Crédit Lyonnais dans le cadre de la vente d'Adidas. Cette partie de l'affaire concernait l'arbitrage controversé rendu, en 2008, en faveur de l'ancien président de l'Olympique de Marseille qui lui avait alors accordé 404 millions d'euros. La justice a relaxé Bernard Tapie  en fustigeant l’absence de preuves de l’accusation.

Une des suspicions qui pesaient sur Bernard Tapie lui reprochait d’avoir bénéficié d’une aide politique dans cet arbitrage et, plus précisément, de celle de Nicolas Sarkozy, qui l'aurait ainsi remercié de l’avoir soutenu lors de l’élection présidentielle de 2007. Dans son ouvrage sur cet affaire, l'accusé répond : « Nicolas Sarkozy ne me devait rien et (...) je ne lui dois ». Au contraire, l'ancien président a pu être, par son cabinet tout au moins, à l’origine d’une partie des difficultés de Bernard Tapie en décembre 1994. Si celui-ci a soutenu l'ancien chef de l'UMP lors de son affrontement avec Ségolène Royal, c'est, dit-il, qu’il présentait plus de garanties pour la France, ce qui s’est révélé être aussi l’opinion de pas mal de bons « amis » de la candidate socialiste. Mais ce soutien, il l’a accordé publiquement, sans y avoir été invité, sans rien demander en échange et sans être remercié de quelque manière que ce soit, d'après l'ancien ministre de François Mitterrand.

Pourquoi donc cet acharnement contre Bernard Tapie dans une affaire qui dure depuis vingt ans ? L'intéressé parle de l’esprit de notre époque. « Le temps est au pessimisme, à l’inquiétude, à la commisération de façade pour les plus démunis, et surtout à l’égalitarisme comme horizon », écrit-il. Or, « je suis l’exact contraire de cette grisaille. J’ai la manie d’être optimiste et heureux. C’est une insolence dont il faut venir à bout », continue-t-il, « pour l’exemple ». L'argumentation vaut ce qu'elle vaut. Monsieur Tapie se défendrait sans doute mieux, cependant, s'il évitait de verser dans des considérations psychologiques sur un nébuleux « esprit des temps », concept vague et fourre-tout où chacun met ce qu'il veut.

Chassez le naturel, il revient au galop. Bernard Tapie montre en fait qu’il est plus déterminé que jamais à démontrer qu’il n’a pas volé le contribuable et qu'il va rendre coup pour coup aux accusations d'’escroquerie et de détournement de fonds publics dont il fait l'objet.Depuis sa relaxe, l'enjeu de son combat est essentiellement une question d’honneur. L’ancien ministre, atteint d’un double cancer de l’estomac et de l’œsophage, est en tout cas un modèle de combativité. Depuis l'annonce en septembre dernier de son cancer, Bernard Tapie a subi une opération chirurgicale ainsi qu'une première séquence de chimiothérapie. Il n'est pas totalement optimiste : l'ancien président de l'Olympique de Marseille a confié en mai à la journaliste Laurence Ferrari que l'équipe médicale le suivant avait identifié de nouvelles nodules cancéreuses. Mais rien ni personne ne l'empêchera, semble-t-il, de mener un dernier baroud d'honneur judiciaire.

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