La saga Ghosn continue

Après l’affaire d’espionnage industriel concernant le programme de voitures électriques de Renault évoqué par Carlos Ghosn. Trois cadres de l'entreprise avaient été accusés à tort, et se sont vus par la suite licenciés sans preuve. Un licenciement que certains ont qualifié de bad buzz pour Renault, mais qui s’est soldé par le dédommagement des victimes et la récupération de leur poste.

Au Japon, depuis deux mois, les événements se poursuivent avec l’arrestation de Carlos Ghosn, l’incontournable Président-Directeur Général du groupe, soupçonné de fraude fiscale. Un événement malheureux qui justifie aujourd’hui sa démission à la tête de Renault après tant d’années, juste quelques heures avant le Conseil d’Administration de l’entreprise.

Le parcours de Carlos Ghosn

D’origine Libanaise, Carlos Ghosn est né le 9 mars 1954 à Porto Velho au Brésil. Il fit ses études à l’Ecole polytechnique et des mines en France, avant d’obtenir son diplôme d’ingénieur. Puis, il intègre en 1978 le géant du pneu Michelin où il occupe les postes de Directeur d’usine et Directeur de département recherche. De retour sur sa terre natale, il occupe le poste de responsable des opérations Michelin au Brésil en 1985. Ensuite, il rejoint Renault en 1996 avec le statut de Directeur générale. Performant et au vu des résultats qu’il apporte à l’entreprise, il succède Louis Schweitzer au poste de PDG du géant de l'automobile. Avant sa démission, Il présidait ainsi les conseils d’administrations de Renault et de Nissan, occupait ainsi le poste de directeur général des deux constructeurs et avait le contrôle de NMBV, une petite société de droit néerlandais qui permettait de coordonner l’action des deux entités de l’alliance Renault-Nissan. Un parcours aussi brillant et irréprochable avant que les autorités boursières et la police japonaise ne s’en mêlent.

Le Patron le mieux payé du Japon

Carlos Ghosn a longtemps gagné plus de 9 millions d’euros par an à la tête de l’alliance Renault-Nissan « on me pose cette question à nouveau : oui, je suis le patron le mieux payer du Japon, mais Nissan est une entreprise mondiale et les rémunérations doivent être alignées sur les pratiques internationales » ainsi s’exprimait l’ex PDG de l’alliance Nissan-Renault en 2014 quatre avant son arrestation.

Il s’avère que les soupçons de fraude fiscale envers le PDG ne datent pas de maintenant. D’après le juriste financier Jun Yokoyama du groupe financier Daiwa Securities, le document mit en cause est un document destiné aux marchés financiers et non au fisc japonais. Selon la loi des opérations boursières, les entreprises cotées en bourses ont obligation contractuelle de fournir chaque année un document faisant état des informations financières sur le groupe, de même que le montant des rétributions collectives des dirigeants et le détail individuel pour ceux qui perçoivent plus de 100 millions de yens (soit 770 000 euros) par an.

Cependant, Carlos Ghosn est soupçonné à cet effet d’avoir certifié, en tant que PDG de Nissan des rapports financiers annuelles remis par le groupe aux autorités boursières japonaises entre les années 2010et 2015 étant conscient qu’ils comptaient des inexactitudes sur les montants de ses revenus. Il est soupçonné d’avoir sous-évalué de cinq milliards de yens la rémunération qu’il a déclarée, soit 38,82 millions d’euros.

Graves accusation menant à la démission

Selon l’enquête interne menée par le concessionnaire automobile Nissan, Carlos Ghosn aurait en effet reçu une rémunération totale de 7.822.206,12 euros, par le biais de la filiale néerlandaise NMBV avec Mitsubishi Motors. L’enquête révèle qu’il s’est fait signer un contrat sans impliquer ses confrères du Conseil d’Administration de ladite filiale.

Par ailleurs Nissan reproche à son ex PDG d’avoir aussi acheté aux frais de l’entreprise des résidences de luxe à Beyrouth, Rio et Paris et aussi financé l’emploi fictif de sa sœur au Brésil.

Ce sont, ces informations qui ont été transmis au parquet de Tokyo par son ex-employeur Nissan, et qui sont à l’origine de son arrestation. Ainsi, l’homme d’affaires franco-Brésilien-Libanais n’est plus patron de Renault depuis ce jeudi 24 janvier 2019.

Incarcéré depuis le 19 novembre au Japon pour minoration des revenus et abus de confiance, Carlos Ghosn a démissionné depuis sa cellule de prison, avait annoncé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, depuis le forum de Davos en Suisse.

breno-assis-517332-unsplash

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.