Affaire des Sondages de l'Elysée : des proches de Sarkozy en correctionnel

L’un des nombreux scandales de la présidence Nicolas Sarkozy vient de refaire surface ce mardi 27 août. Serge Tournaire le juge d’instruction a renvoyé Claude Guéant, l’ancien secrétaire général de l’Elysée, Patrick Buisson ainsi que quatre autres personnes devant le tribunal correctionnel. Dix ans après la révélation des faits, quel élément relance la procédure ?

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L’affaire « des sondages de l’Elysée en question »

L’affaire remonte aux années 2007-2012, durant le mandat présidentiel de Nicolas Sarkozy. L’Elysée commande des sondages et conseils, rémunérés à plusieurs millions d’euros de fonds publics et signe des contrats auprès de deux sociétés qui appartiennent aux conseillers du président, Patrick Buisson (Publifact et Publi-Opinion) et Pierre Giacometti (Giacometti Peron devenue No Com).

C’est plus précisément la directrice de cabinet du président, Emmanuelle Mignon, qui signe ces contrats juteux. Dans les détails, il s’agit d’un versement annuel de 1,5 million d'euros à Publifact pour conseil et sondages, d’un paiement de 10 000 euros de rémunération mensuelle pour Patrick Buisson et le règlement de commandes d’un montant de 300 000 euros au fils de ce dernier, Georges Buisson. Le cabinet de Pierre Giacometti empoche à son tour, son pactole.

A cette liste, se rajoute le paiement de commandes auprès d'Ipsos, IFOP, OpinionWay, pour 1,8 million d'euros.

« Une ivresse sondagière » qui passe mal

Si l’investissement choque, c’est que plusieurs des sondages et conseils payés portaient sur des affaires privées tels que l’éventualité d’un mariage entre le président et Carla Bruni, la grossesse de Rachida Dati, etc. Outre cela, certains relevaient des questions partisanes (les élections régionales, les possibles rivaux de Nicolas Sarkozy pour la prochaine présidentielle, etc.).

Ces sondages d’opinion semblent plus intéresser le président aux futures élections, plutôt que celui en exercice : La question « Diriez-vous que le NPA est une menace pour le PS ? » en est l’exemple palpable.

Pour tout couronner, l’Elysée n’a aucunement suivi la procédure des appels d’offres, imposée par la loi pour l’attribution des marchés dans des conditions équitables.

En Février 2010, Anticor, association de lutte contre la corruption, dépose une plainte contre X pour favoritisme contre la convention commerciale signée par Emmanuelle Mignon, avec Publifact.

Cette plainte se repose sur les documents obtenus par l'élu écologiste Raymond Avrillier via une procédure administrative, communiqués à la presse pour dénoncer les 264 sondages commandés en 2 ans. Il parle d’ « ivresse sondagière ». Cette plainte est classée d’abord sans suite car le parquet de Paris estime que Nicolas Sarkozy est protégé par son immunité présidentielle, de même que ses collaborateurs.

Cependant, après un an et plusieurs tergiversations, le juge d'instruction parisien Serge Tournaire obtient le droit d'enquêter pour d'éventuels faits de favoritisme, détournements de fonds publics, complicité et recel de ces délits. Le 6 novembre 2018, le Parquet national financier requiert le renvoi en correctionnelle des proches de Nicolas Sarkozy et des instituts de sondages concernés.

Vers une instrumentalisation de la justice à des fins politiques ?

Le 29 aout, l'ex-secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant et Patrick Buisson ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel dans l'affaire des sondages de l'Elysée. Avec eux, quatre personnes : Emmanuel Mignon, Pierre Giacometti, Jean-Michel Goudard ancien conseiller stratégie de M. Sarkozy ayant signé les reconductions des contrats après le départ d’Emmanuelle Mignon, et Julien Vaulpré conseiller technique de Sarkozy, chargé de l’opinion.

« On a affaire à un juge qui instrumentalise la justice à des fins politiques », a dénoncé vivement Patrick Buisson sur Francetvinfo. « La discrimination politique est facile à démontrer (…). Avant Sarkozy, les sondages étaient payés sur les fonds secrets en liquide. Donc il y a discrimination. On laisse de côté 470 fournisseurs, on n'en retient qu'un seul, parce que c'est le plus politique d'entre eux » s’est-il indigné.

Il annoncé par la même occasion, sa décision de saisir la chambre de l'instruction pour demander l'annulation de la procédure au motif que le juge « est d'une partialité évidente ».

De son coté, Jérôme Karsenti, avocat d'Anticor, s’est réjoui de la tenue de ce procès toujours sur Franceinfo : « C'est au prix d'une bataille judiciaire sans nom qu'enfin ce dossier fait l'objet d'un renvoi devant le tribunal correctionnel, avec des personnes de premier plan de l'entourage de Nicolas Sarkozy ».

Il a toutefois regretté que l’ancien chef d’Etat, protégé par son immunité présidentielle, ne sois pas visé : « Tout le monde aura compris que c'est aussi le procès de Nicolas Sarkozy » a-t-il conclut.

 

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