Une version française de l'affaire Weinstein ? Cinq femmes accusent Luc Besson

La publication récente par Mediapart des témoignages de cinq femmes affirmant avoir été victimes de comportements inappropriés de la part du réalisateur, dont une ancienne assistante du réalisateur et l’ex-mannequin Karine Isambert, relance le débat sur le harcèlement sexuel et le viol.

Les révélations de Mediapart portent à neuf le nombre de femmes qui accusent le cinéaste de « comportements sexuels inappropriés ». Parmi elles, l’actrice belgo-néerlandaise Sand Van Roy a déposé deux plaintes pour viol en mai et juillet, et Amandine, une ancienne directrice de casting qui a travaillé entre 2002 et 2005 avec Luc Besson, a écrit en juillet au procureur de la République de Paris pour dénoncer des faits qu’elle qualifie d’« agressions sexuelles ». La première, auditionnée à deux reprises, doit être confrontée prochainement au cinéaste dans le cadre de l’enquête préliminaire pour « viol » le visant. La seconde a été entendue le 13 septembre par les policiers, et l'enquête est en cours.

Parmi les nouvelles victimes présumées, Ananda. Longtemps, elle a d’abord « enfoui » cette histoire « très loin », « pour [se] protéger, ne pas péter un plomb », mais aussi parce qu’elle « culpabilisai[t] », a-t-elle expliqué au site français. Mais la parution de témoignages à charge contre le cinéaste lui ont fait changer d'avis : « Quand j’ai lu les récits des autres femmes, j’ai vu que mon histoire leur ressemblait, explique-t-elle. Et j’ai récemment compris en lisant un article qu’en cas d’agression, l’une des réactions instinctives était le “freeze”, le fait d’être pétrifiée. C’est une réaction de défense. Ça n’efface pas tout, mais ça m’a libérée. »

À l'époque des faits, Ananda vient de perdre son travail et cherche de l'aide parmi ses contacts. Luc Besson - qu'elle a déjà rencontré auparavant - est le premier à lui répondre. Ils se donnent rendez-vous dans la suite du réalisateur, à l'hôtel Meurice. Lors du rendez-vous, l'homme lui aurait dit qu'il pouvait lui trouver un « job » et qu'elle pouvait « compter sur lui ». « J'étais au fond. Il le savait et il jouait là-dessus. (...) C'est là que la manipulation a commencé », assure celle qui n'avait, à l'époque, ni travail ni maison. Luc Besson lui aurait alors demandé « des petits bisou s» et insisté pour qu'elle « s'assoit sur ses genoux ».

Ananda ne parle pas de « viol », mais l’ex-employée d’EuropaCorp, la société de production de Luc Besson, reproche au célèbre réalisateur et producteur français d’avoir « manipulé la jeune fille qu’[elle] étai[t] » à l’époque et d’avoir « opéré un chantage pour [la] mettre dans son lit ».

Cinq jours après cette soirée à l'hôtel Meurice, Ananda devient l'« assistante de direction » de Luc Besson. Son quotidien serait alors, toujours selon ses dires, une succession d'attouchements sur les fesses, de « bisous » non voulus, de « mains baladeuses sous [son] chemisier ». Redoutant de « se faire griller professionnellement », elle accepte de le voir lors d'une troisième entrevue à l'hôtel. « Quand j'ai ouvert la porte, il m'attendait nu caché sous une serviette », raconte-t-elle. À la fin de sa période d'essai, Ananda aurait refusé de signer le CDI qu'on lui proposait : « J'ai pris la poudre d'escampette, quitte à galérer seule », poursuit celle qui parle désormais d'un « harcèlement moral et sexuel permanent ».

Mediapart publie d'autres témoignages. Ainsi, Karine Isambert raconte sa rencontre en 1995 avec le cinéaste. À l'époque, le mannequin de 22 ans rêve de devenir comédienne. Lors de leur entretien, Luc Besson lui aurait parlé ainsi de la profession : « Une actrice, il faut vraiment avoir envie de la baiser (...). C'est important si on a envie d'elle, sinon ça n'a pas d'intérêt. » Karine Isambert rapporte également qu'il l'aurait « attrapée par le haut de la fesse pour [la] presser contre lui assez fort en [lui] faisant la bise », peut-on lire sur le site d'investigation.

Emmanuelle, Laura et Pauline font des récits similaires. Laura, ancienne étudiante à l'École de la Cité du cinéma - créée par le réalisateur - aurait, elle aussi, dû s'asseoir sur les genoux de Luc Besson avant qu'il ne « l'embrasse de manière de plus en plus appuyée ». Avec Pauline, étudiante dans la même école, le cinéaste se serait « quasi frotté » à elle dans un couloir. « C'était furtif mais hyper gênant, précise la femme, je n'ai pas su quoi dire. »

Certaines militantes féministes plaident en faveur d'un durcissement du droit et d'une meilleure prise en charge des victimes venant dénoncer des violences ou des faits de harcèlement dans les commissariats. Il est temps d'ouvrir un vaste débat public sur ces questions.

alexa

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.