Le Belem entre Antibes et Monaco

Ce navire est le seul représentant en activité des grands voiliers du XIXe siècle

Le Belem, trois-mâts historique, a jeté l'ancre au large d'Antibes dimanche. Fidèle à sa devise, Favet Neptunus eunti ! (Neptune favorise ceux qui partent), il a repris son odyssée ce lundi matin en direction de Monaco. Il fera à nouveau escale au Port-Vauban d'Antibes le samedi 22 et le dimanche 23 septembre, avant de se rendre à Cannes les 29 et 30 septembre, et accueillera les visiteurs.

Ce monument historique (classé le 27 février 1984) est le dernier trois-mâts barque français à coque en acier, un des plus anciens en Europe en état de navigation et le second plus grand voilier restant en France. Son histoire est aussi longue que mouvementée : plusieurs fois transformé, motorisé et rebaptisé, il a fait l'objet de divers usages : d'abord navire de fret, puis yacht de luxe et navire-école. Construit à Nantes, il a été utilisé aux Antilles, puis a changé de pavillon à de nombreuses reprises, tour à tour anglais, italien, puis à nouveau français.

Il est mis à la mer pour la première fois le 10 juin 1896, après une commande passée par Fernand Crouan, de la Compagnie nantaise Denis Crouan et Fils spécialisée dans le transport du cacao et fournissant les chocolateries Menier. On lui attribue le nom du comptoir commercial portugais de la compagnie et on l'affecte à la flotte des « Antillais ». C'est alors un bateau de commerce qui peut transporter un petit tonnage : jusqu'à 675 tonnes de fret.

Le capitaine Lemerle, surnommé « le merle noir », dirige son premier voyage, qui se couronne par un demi-succès, puisqu'un incendie se déclenche à bord près des côtes de l'Amérique du Sud et détruit les 121 mules que le bateau transporte entre Montevideo (Uruguay) et le Brésil. Après cet incident, ce voilier modeste par rapport aux grands voiliers cap-horniers de l'époque, connaît néanmoins une belle carrière commerciale : il effectue 33 campagnes jusqu'à sa retraite le 31 janvier 1914.

Au cours de cette carrière, le Belem vogue principalement en direction du port homonyme de Belém, situé sur la rive sud du bras méridional de l'estuaire de l'Amazone, dans le nord du Brésil. Mais le Belem atteint bien d'autres destinations. Il accoste par exemple en Martinique aux Antilles, où il échappe de justesse à l'ire de la montagne Pelée, lorsque le volcan entre en éruption en 1902. Cette année-là, l'entrée du port lui est refusée faute de place, et il doit aller mouiller à l'autre bout de l'île. Sauvé de la catastrophe grâce à ce changement imprévu d'itinéraire, le Belem secourt même les rares rescapés. En 1907 et 1908, il ravitaille Cayenne et son bagne en Guyane. Ces voyages étant jugés non rentables, il est cédé à la Société des Armateurs Coloniaux.

L'apparition des bateaux à vapeur révolutionne la navigation commerciale : ceux-ci sont en effet plus fiables que les voiliers et ils condamnent le Belem à l'obsolescence. Le 11 février 1914, le duc de Westminster le rachète pour 3.000 livres sterling. Le Belem entame alors une nouvelle vie de navire de croisière de luxe. Il est ainsi profondément transformé pour assurer le confort du duc et de ses hôtes.

En 1972, les Carabiniers italiens le rachètent pour la somme symbolique d'une lire italienne, car cette arme souhaite se doter d'un navire-école. Il est motorisé à cette occasion. Cette nouvelle carrière prend vite fin, cependant. Le manque d'entretien pendant la Deuxième guerre mondiale l'ont laissé en mauvais état et il est bientôt jugé trop vétuste pour emmener des aspirants en mer. Aussi, il est confié aux chantiers navals de Venise, qui le remettent plus ou moins en état de naviguer et en refont un trois-mâts barque, comme à l'origine. En 1976, toujours pour une lire symbolique, les militaires cèdent le trois-mâts à un chantier vénitien qui, après une toilette sommaire, le met en vente.

A la fin des années 1970, l'ancien voilier de charge est finalement déniché par hasard à Venise par un amateur nostalgique, qui le trouve dans un piteux état. Racheté grâce à l'appui d'une grande banque française, il est reconverti dans le cabotage. Aujourd'hui, il offre des stages d'initiation et de découverte aux passionnés mais aussi, occasionnellement, il sert à la Marine nationale pour l'entraînement de ses mousses et participe à des grands rassemblements de vieux vaisseaux traditionnels. En septembre 2018, il effectuera une croisière en Corse avant de faire son retour à Antibes.

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