Instagram : nouveau cool ou royaume du fake ?

Ce dimanche 6 octobre, les stars d'Instagram se sont données rendez-vous à Monaco, pour les « Influenceurs Awards ». Retour sur le phénomène des « influenceurs ».

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Embouteillage sur le tapis rouge. La jeune femme en robe pailletée, mitraillée par son petit ami, veut le cliché parfait. A force, un groupe se forme derrière eux, barrant le passage. D’autant que chacun veut sa photo-souvenir sous la voûte de néons. Goutte de sueur sur le front du copain. La sécurité doit intervenir pour éviter le bain de sang. Ça râle, mais ça avance – et tant pis pour la story Instagram. De toute façon, au bout du tapis doré, une cohorte d’appareils flashe les célébrités.

Ce dimanche 6 octobre, la fine fleur de ceux qu’on appelle les « influenceurs » est présente pour la deuxième édition des « Influenceurs Awards ». Les stars du genre sont évidement présentes : EnjoyPhoenix, TheDollBeauty, ou encore Léa Elui, 18 ans, Française la plus suivie sur Instagram avec 10 millions d’abonnés. Tatouage « fearless » dans le cou, la jeune fille ne craint pas la concurrence : elle est là « pour s’amuser ».

C’est le ton de cette grand-messe de l’« instagramable », que l’on doit à Lolita Abraham, serial entrepreneuse. Elle raconte : « À Shanghai, j’ai assisté au boom des réseaux sociaux. Alors j’ai voulu travailler avec les influenceurs et créer un week-end pour eux ». Le choix de Monaco s’est imposé : « c’est l’endroit rêvé : excellence, prestige, glamour… ». Les influenceurs ont été choisi au vu de « la qualité des posts, leur récurrence et l’interaction avec leur communauté », et non leur puissance digitale, puisque assure-t-elle : « cela va de 19 000 followers à plus de 20 millions ».

Objectif : prouver que « c’est un vrai métier ». Le géant tout en muscle Thibault Geoffray, apôtre du fitness sain aux 410 000 disciples sur Instagram, explique : « oui, on exerce un « métier passion ». Mais, entre créer du contenu, répondre aux abonnés et gérer ses réseaux sociaux, c’est un job à plein temps ! ». Si cet ancien prof de sports a quitté son premier métier, d’autres cumulent les activités. Vivre de ses posts, c’est le Graal de tout influenceur mais, peu l’atteignent. Du haut de ses 18 ans, Léa Elui en convient : « En deux ans, ça a bouleversé ma vie. Le but, maintenant, c’est de durer. » Et, accessoirement, de passer le bac cette année.

Un nouveau métier qu’ici, à la Principauté, on prend très au sérieux. Dans le jury – présidé par la princesse Camilla de Bourbon des Deux-Siciles –, on trouve des pointures, comme Jeetendr Sehdev. L’auteur du best-seller The Kim Kardashian Principle défend son gagne-pain : les influenceurs. « Dieu merci, vous n’êtes plus obligé d’étudier le cours de la bourse pour être légitime ! Vous pouvez vous filmer en jouant à des jeux vidéo et devenir youtubeur. Le talent est redéfini, et la haine suscitée devient signe de célébrité. ».

À ses côtés, Denis Jacquet, qui se définit sur son site comme un « entrepreneur qui parie sur l’Homme », annonce la couleur : « Se prendre en photo pour vendre un produit cosmétique, ce n’est pas mon truc. » Mais encore ? « Ce que j’aimerais, c’est donner du sens. Engager une communauté pour impacter le monde. Que les influenceurs s’inscrivent dans le temps et l’Histoire en viralisant, par exemple, le ramassage de plastique sur les plages… »

Air du temps ou véritable prise de conscience, l’écologie a une catégorie rien que pour elle aux « Influenceurs Awards ». J. Kubben, derrière le compte @momimfine, a désormais le projet d’« ouvrir une école pour les enfants défavorisés au Mexique ». Ce brun ténébreux culmine à 360 000 abonnés avec un Instagram tourné vers l’humanitaire. L’engagement serait-il le nouveau cool ? « Certains le font part conviction, d’autres part mode. Dans tous les cas, c’est positif car ça pousse à l’émulation. » Il cite Jérôme Jarre, star de feu Vine – application de courtes vidéos –, connu pour ses levées de fonds de grande ampleur.

Mais Instagram, c'est aussi le royaume du « fake ». Les posts de « désinformation » sur le réseau social se multiplient. Le réseau social spécialisé sur le partage de photos regorge de « fake news », qu’il s’agisse de photos trompeuses ou retouchées, de shootings organisés et présentés comme des images spontanées ou pire encore. Quand l'influence et l'apparence s'associent...

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