Elections britanniques : l'inquiétude de l’Europe

Jeremy Corbyn et Boris Johnson, les deux hommes susceptibles de diriger le pays après les élections législatives du 12 décembre, portent des projets problématiques pour l’Union européenne.

Qui aurait cru, au moment du référendum de juin 2016 sur le Brexit, qu’à l’orée de 2020 les Britanniques seraient encore occupés à chercher le moyen de mettre en œuvre leur décision de quitter l’Union européenne ? Tel est pourtant, l’enjeu des élections législatives de jeudi 12 décembre, les troisièmes organisées en quatre ans dans ce pays divisé plus que jamais sur la question de l’Europe et dont les gouvernements successifs, paralysés, ne font plus grand-chose d’autre que de tenter de sortir du bourbier du Brexit.

brexit

Mais le choix entre deux premiers ministres qui s’offre aux électeurs augure mal de la suite. D’un côté, le travailliste Jeremy Corbyn, 70 ans, un eurosceptique de gauche qui considère l’UE comme un simple club de capitalistes et n’a jamais su trancher entre l’immense majorité des adhérents du Labour, hostiles au Brexit, et les 37 % de ses électeurs qui ont voté pour sortir de l’Union. M. Corbyn n’a jamais eu le courage de dire aux ouvriers de l’automobile inquiets de la concurrence de la main-d’œuvre est-européenne que le Brexit menaçait de mort l’industrie qui les emploie, totalement dépendante des pièces venues du continent.

Le chef du Labour tente de masquer son ambivalence sur l’Europe derrière un programme économique et social radical. Il souhaite, à juste titre, stopper l’austérité et réduire des inégalités abyssales en investissant dans les services publics. Mais il oublie de dire que la sortie de l’UE risque de compromettre ses belles promesses.

La position sur le Brexit de Boris Johnson, 55 ans, elle, semble limpide : « Get Brexit done » (« réalisons le Brexit ») sont les trois mots qu’il ne cesse de marteler. Mais le premier ministre sortant est d’abord connu pour les libertés qu’il prend avec la réalité. En 2016, son bus de campagne prétendait faussement que le Brexit permettrait de renflouer le système de santé. Lors d’un débat télévisé, en novembre, l’auditoire a éclaté de rire lorsqu’on lui a demandé s’il accordait de l’importance à la vérité.

Son principal mensonge consiste à faire croire que le vote de jeudi permettra de « réaliser le Brexit ». Certes, si Boris Johnson, favori des sondages, obtient la majorité à la Chambre des communes, il pourra faire ratifier l’accord de divorce qu’il a négocié avec l’UE. Un tel vote marquerait une rupture juridique et psychologique mais, concrètement, il maintiendrait le statu quo dans les relations jusqu’à ce qu’un nouvel arrangement commercial soit trouvé. Sur des sujets aussi conflictuels que le respect des règles européennes, les services financiers et la pêche, le futur accord pourrait nécessiter des années de négociations. A moins que Boris Johnson ne cède à ses amis idéologues ultralibéraux en leur concédant une sortie sans accord.

Rompant avec ses clowneries, le premier ministre a commencé à montrer son vrai visage : brutal, avide de pouvoir, fuyant le contact avec le public et les questions gênantes, faisant peu de cas du Parlement et, surtout, agitant un nationalisme et une arrogance dignes de Donald Trump. L’insouciance qu’il arbore sur les questions irlandaise et écossaise menace l’unité du pays. La « Grande-Bretagne mondiale » qu’il promet après le Brexit flatte la nostalgie impériale mais ressemble fort à une chimère. Pour tous les Européens, à commencer par les Français, les plus proches voisins et partenaires, l’enracinement d’un Trump au petit pied rêvant de transformer le Royaume-Uni en paradis fiscal pratiquant le dumping social et environnemental aux portes du continent serait une très mauvaise nouvelle.

La deuxième et dernière confrontation directe de la campagne entre Boris Johnson et Jeremy Corbyn n’a pas permis à ce dernier de renverser la table, à quelques jours désormais du scrutin pour les élections générales. Selon un sondage YouGov publié dans la foulée du débat, vendredi 6 décembre, le leader du Parti travailliste a totalisé 48 % d’approbations contre 52 % pour le premier ministre sortant. Lors de ce débat, Jeremy Corbyn a tenté de s’en tenir à son sujet de prédilection, le système de santé britannique (le National Health Service, NHS), accusant une fois de plus son adversaire conservateur de vouloir le « vendre » aux firmes pharmaceutiques américaines. Il a été plutôt convaincant à propos de son très généreux programme économique (investissements massifs dans l’école, la lutte contre la pauvreté, la santé), pour en finir avec près de dix années d’austérité conservatrice.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.