L’égalité salariale, nœud de contradictions

Depuis le 5 novembre à 16h47, les Françaises travaillent gratuitement pour le reste de l’année. En cause : les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes. Retour sur les causes de cet écart et les mesures possibles à adopter.

Du travail… bénévole. Depuis mardi 5 novembre à 16h47, et jusqu’au 31 décembre, les femmes travaillent gratuitement. La date est symbolique mais elle n’a pas été "choisie" au hasard. Cette période de près de deux mois, calculée par le collectif féministe "Les Glorieuses", correspond à l’écart de salaire entre les hommes et les femmes rapporté au nombre de jours travaillés dans l’année. Sur la Riviera française, les femmes moins affectées que dans le reste des Alpes-Maritimes. L'écart des salaires entre hommes et femmes est donc toujours une réalité. La faute aux préjugés ? Cette réalité est issue de centaines d'années de discrimination envers les femmes et de l'intégration culturelle qu'une femme est moins compétente qu'un homme. La persistance de clichés sexistes dès l'enfance nécessitent une correction sur le long terme, en prenant le mal à la racine. Cette discrimination, issue de la domination patriarcale, appelle un combat avant tout culturel.

Que fait donc le législateur ? L’article 61 de la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » oblige les entreprises de plus de cinquante salariés à mesurer, notamment grâce à un indicateur chiffré, le respect du principe « à travail égal, salaire égal ». Mais il ne mentionne ni sanctions en cas de non-respect, ni mesures permettant de réduire l’écart salarial entre hommes et femmes. Ce dernier continue de s’élever à 25 % selon la présentation classique (les femmes gagnent 25 % de moins que les hommes) ou à 34 % selon une autre présentation (les hommes gagnent 34 % de plus que les femmes) – « Les coûts des inégalités professionnelles entre les femmes et les hommes », Nicole et Jean Gadrey, Direction générale du travail des Hauts-de-France, décembre 2016.

Les mesures qui permettraient de réduire cet écart dépendent bien évidemment de l’origine des inégalités. Classiquement, les spécialistes s’accordent à le décomposer de la manière suivante : une partie s’explique par le fait que les femmes travaillent à temps partiel (l’écart se réduit alors à 19 %) ; une autre par les différences de secteurs d’activité, les caractéristiques professionnelles et l’expérience ; et une dernière partie est « inexpliquée ». Dans une étude récente sur le cas danois, l’économiste Camille Landais et ses collègues ont proposé une sorte de super-explication, englobant toutes les autres : la maternité (« Children and Gender Inequality : Evidence from Denmark », Henrik Kleven, Camille Landais, Jakob Egholt Søgaard, Working Paper n° 24219, National Bureau of Economic Research, janvier 2018). Des chercheuses de l’INED avaient mis en évidence, dès 2006 pour le cas français, que l’arrivée d’un enfant s’accompagnait pour 40 % des femmes (contre 6 % seulement des hommes) d’une modification de l’activité professionnelle (changement de poste, réduction du temps de travail…).

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Mais comme le souligne Jean Gadrey en pointant le risque de cette analyse, le terme de « maternité » peut laisser penser qu’il s’agit d’un phénomène naturel – ce sont toujours les femmes qui portent les enfants – contre lequel il serait donc particulièrement difficile de lutter. A moins de considérer la maternité comme un fait social qui se traduit non seulement par quelques semaines de congé légal, mais aussi par de petits arrêts de travail pour enfant malade, le temps partiel du mercredi, la responsabilité d’habiller les enfants le matin et de leur faire faire leurs devoirs le soir, toutes tâches qui continuent d’incomber prioritairement aux mères mais pourraient parfaitement être prises en charge par les pères.

On voit donc que la bataille de l'égalité est difficile parce que les inégalités de salaire s’expliquent par des facteurs multiples. Il y a d’abord la précarité des emplois traditionnellement réservés aux fammes. Et puis, second facteur essentiel, les femmes n’occupent effectivement pas les mêmes emplois que les hommes et ces emplois sont injustement reconnus et dévalorisés. Or la loi dit bien « un salaire égal pour un travail de valeur égale ». Il faut donc arriver à ce que les classifications professionnelles qui définissent les emplois et leur valeur soient interrogées de ce point de vue. Une assistante de direction devrait être payée comme une technicienne. Pour cela, il faut que les partenaires sociaux 
négocient l’égalité salariale, sous toutes ses formes. Ils commencent à le faire, contraints et forcés, puisque des sanctions sont d’ailleurs tombées pour la première fois en France, mais on est encore loin d’une généralisation de ces négociations. C’est aussi aux femmes de prendre en main cette question et de se battre pour l’égalité salariale.

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