Uber en bourse: la nouvelle économie en marche

Uber à Wall Street, c'est fait. L'introduction d'Uber - une application mobile de « taxis sauvages » à bas coûts – en bourse devait battre de nombreux records. Beaucoup jugent que le modèle économique d’Uber sera viable un jour.

La taille d'Uber et sa diversification dans des secteurs comme la livraison de repas lui donnaient l’ambition de lever quelque 10 milliards de dollars sur le NYSE, pour une valorisation qui devait être au moins trois fois celle de 24 milliards de dollars réalisée par Lyft lors de son entrée sur le Nasdaq. Dans les faits, Uber a levé "seulement" 80 milliards de dollars pour son introduction à Wall Street.

Force est de constater que la société s'est imposée partout dans le monde. Si certains utilisateurs s'en réjouissent, les chauffeurs de taxi le déplorent en général, bien sûr. « La minute qu’Uber est arrivé à New York, jusqu’à aujourd’hui, l’industrie du taxi a été énormément blessée. C’est une menace existentielle à son existence. Le nouveau règlement ne change pas cette réalité », explique le professeur Sherman de la Colombia Business School, dans un interview donné récemment à Radio Canada. A tel point que les taxis expriment partout leur mécontentement par différentes manifestations.

Avec le succès d'Uber, c'est ce qu'on appelle la « nouvelle économie » qui s'installe. Les taxis Uber sont venus de manière soudaine, et totalement imprévue par les pouvoirs publics, attaquer de plein fouet le commerce traditionnel du transport urbain et alerter la population de l'émergence d'une forme nouvelle d'activité économique. Ce manque de prévision est d’ailleurs en lui-même un signe, un indice quelque peu sidérant du fait que nos gouvernants sont complètement dépassés par le mouvement. Leur réaction initiale fut aussi simpliste qu’on pouvait s’y attendre. Elle consista simplement à s’imaginer qu’on allait éteindre l’incendie en interdisant aussitôt l’application en question. Autant arrêter le fleuve Amazone avec une passoire à thé. Une telle interdiction ne peut être qu’une rustine provisoire, un sparadrap qui ne tiendra pas longtemps, qui ne réglera rien sur le fond et qui n’aura d’effets qu’éphémères pour endiguer le tsunami dont UberPop n’est que la première vaguelette.

En quoi consiste la révolution que représente l'ubérisation du monde ? Il s'agit d'abord d'une révolution technologique. L'économie dite « collaborative », n'est possible que sur fond d’une certaine infrastructure technologique : les big data, l’Internet des objets connectés et l’intelligence artificielle, les imprimantes 3D et la robotique s’infiltrent dans tous les secteurs de la nouvelle économie et rendent possible leur fonctionnement. Ensuite, il s'agit d'une révolution idéologique. Il s’agit de faire entrer dans le domaine de la liberté humaine, de la maîtrise de son destin par l’être humain, des pans entiers du réel qui appartenaient naguère encore à l’ordre de la fatalité. Il s’agit bien de passer de la chance au choix (« from chance to choice » comme dit le titre d’un livre fondateur du mouvement). L’économie des réseaux entre particuliers, c'est une nouvelle donne qui privilégie, du moins si on se place du côté des utilisateurs, l’accès ou l’usage qui libère plutôt que la propriété qui asservit. Pourquoi posséder un vélo à Paris si je suis beaucoup plus libre avec Vélib’ ? Pourquoi passer par un hôtel « professionnel » si je puis m’arranger de manière plus commode et à meilleur prix avec un particulier qui se trouve finalement dans la même situation que moi, qui n’est à vrai dire qu’un autre moi-même ? Pourquoi avoir une voiture qui coûte cher et occasionne tant de tracas si je peux recourir à l’autopartage ou au covoiturage, etc. ? Il s’agit partout de se libérer des aliénations et des contraintes en tout genre, celles de la nature brute et brutale d’un côté, mais tout autant celles que nous imposent de façon arbitraire et aliénante l’économique, le social et le politique organisés de manière traditionnelle.

On voit que l’économie collaborative, est sous-tendue par une structure technologique et idéologique mais également politique. On a affaire ici à un ultralibéralisme, plus ou moins teinté de social-démocratie, qui anime en sous-main la volonté de ceux qui veulent en finir à tout prix avec le poids des traditions et des héritages imposés aux individus. En témoigne le mouvement des makers13, ces individus de plus en plus nombreux qui veulent s’émanciper définitivement des pesanteurs collectives, parfois aussi des législations nationales, pour fabriquer eux-mêmes, pourquoi pas avec des imprimantes 3D et des logiciels en open source, dans des réseaux sociaux et des petites communautés choisies en toute liberté, leur électricité, leurs meubles, leurs appareils ménagers, etc. Bref, tout ce qui est nécessaire et suffisant pour leur bien-être et leur subsistance.

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