Le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas

Du 16 au 24 novembre, Monaco participe à la Semaine européenne de la réduction des déchets, qui va placer « l’éducation et la communication à la réduction des déchets » au cœur de la thématique. Cet événement vise à promouvoir des actions de sensibilisation à la gestion durable des ressources. Mais comment tendre vers zéro déchet ?

Le Gouvernement Princier s’est fixé comme objectif une politique à zéro déchet plastique à usage unique à 2030, en partant du principe suivant : le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas. Cet objectif peut sembler néanmoins difficile à atteindre, tant la production actuelle de déchets est importante dans le monde entier. En France, près de 350 millions de tonnes de déchets sont produits chaque année, ce qui représente un chiffre d’affaires de plus de 19 milliards d’euros. Une part importante de ces déchets est due aux activités économiques et notamment à la construction. Cependant, une trentaine de millions de tonnes reste imputable à la consommation des ménages.

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Cette importante production de déchets est la conséquence du système économique productiviste actuel. Construit de façon linéaire, celui-ci est basé sur l’extraction de la matière, sa transformation, sa distribution, sa consommation et enfin, son rejet dans la nature en tant que déchet. Bien que des filières de recyclage se développent progressivement, ce sont aujourd’hui moins de 20 % des déchets qui y accèdent en France. Devant un tel constat, de nombreuses initiatives voient le jour, mettant en avant non pas des solutions de traitement, mais bien de réduction de nos déchets. Il s’agit tout simplement de s’attaquer à la source du problème.

Autant qu’un objectif, la démarche zéro déchet doit être un état d’esprit, une prise de conscience permettant d’adopter un mode de consommation différent. Le but n’est pas de se priver mais de se responsabiliser, de questionner l’ensemble de nos habitudes actuelles et de consommer plus intelligemment. Ainsi, en adhérant à un mode de vie sans déchet, nous souhaitons aller au-delà de la démarche du recyclage en admettant que le déchet le plus facile à recycler est celui qui n’existe pas. Les mentalités doivent donc évoluer chez quatre types d'acteurs : les gouvernements, qui peuvent établir des lois ou décrets de prévention de production de déchets, les collectivités, qui avec l’appui des entreprises, peuvent créer des alternatives de consommations, les entreprises, qui peuvent limiter leurs déchets, et enfin les individus, qui peuvent modifier leurs consommation et habitudes au quotidien.

Au niveau des entreprises, « faire de nos déchets des ressources » est devenu le slogan de l’un des fleurons français de l’industrie des déchets. A première lecture, il semble refléter parfaitement l’ambition de l’économie circulaire. En réalité, il illustre surtout la poursuite d’une logique de « traitement » (terme neutre qui vise à nous faire oublier les différents impacts sanitaires et environnementaux des procédés utilisés) du déchet et surtout d’un modèle de création de valeur qui va justement à l’encontre de la préservation des ressources. Tant que la rémunération des entreprises chargées de nos poubelles sera calculée sur les tonnages pris en charge, la limitation du gaspillage sera freinée.

Au niveau des individus, héritiers enfin réhabilités des chiffonniers, une prise en charge responsable est d'ailleurs tout à fait envisageable pour l’ensemble des activités liées à la gestion de nos ressources et de nos restes : de la réparation au compostage en passant par le réemploi des emballages (systèmes de consigne par exemple), l’essentiel de nos poubelles pourrait être réintégré dans une boucle locale. Cependant, un obstacle majeur à cette vision persiste, voire s’amplifie : les objets et matériaux sont de moindre qualité, ils sont devenus « jetables » (le comble de l’hygiénisme, qui finit par être aussi à l’origine d’une production accrue de déchets !). Les activités de récupération et de réemploi en souffrent considérablement, à l’instar de la filière du textile actuellement. Pour un grand nombre, ces activités ne tiennent économiquement aujourd’hui que du fait de leur autre pied, celui de l’insertion par l’activité économique. Leur sauvetage ne durera qu’un temps si l’on ne s’attaque pas directement à cette question de la qualité – et donc de la durabilité – des vêtements comme de tous les objets qui nous entourent.

 

 

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