Emmanuel Macron : l'Elu

Un ambitieux discret ? Une éponge ? Un produit du système et un candidat antisystème ? Mais qui est l'énigmatique Emmanuel Macron ?

Michel Houellebecq a dit dans un interview d'Emmanuel Macron qu'il faisait «  mutant. » Bien vu. Le président, déterminé à ne donner que ce qu’il veut de sa part d’intime mais à exposer généreusement ce qu’il désire mettre en valeur. Personne ne le connaît vraiment. L’ancien ministre de l’Économie garde une part de mystère, quelque chose de dissimulé, même en pleine exposition. Il est comme une construction en trompe l’œil, un édifice bâti sur des bases mouvantes, une histoire personnelle mise au service d’une ambition évidente. Quitte à être un peu retouchée. Magnifiée. Macron le « mutant » est arrivé, sans faire de bruit. Il a émergé peu à peu dans les médias. Affichant sa tête de techno poupin, sympa et cool, posant en bras de chemise à son bureau de l’Élysée. Très vite on a murmuré le nom de cet ancien banquier d’affaires de chez Rothschild dans les allées du pouvoir et les salles de rédaction. Il fallait le connaître. Approcher celui qui serait, à n’en pas douter, dans les années à venir un homme qui compte. Tellement brillant, tellement sympa. Et philosophe, en plus. Sous des dehors avenants et souriants, une façade lisse de technocrate élevé dans les meilleures écoles de la République, Emmanuel Macron est insaisissable. Multiple. Qui est-il vraiment  ?

Macron s’est comporté avec Hollande, ainsi qu’avec tous ceux qui, reconnaissant ses talents évidents – lui ont fait la courte échelle ces dernières années pour arriver au sommet, comme Anne Baxter avec Bette Davis dans All about Eve. Il a observé. S’est rendu indispensable. Incollable. Il a intégré le système dont il est un précipité parfait. Pour mieux s’en détacher. Et se présenter, un comble, en candidat antisystème. Un candidat à l’écoute de la France, en empathie avec elle, comme il l’a été avec tous ses parrains. Une véritable éponge qui, tel Hollande, cache une coque en acier trempé derrière une façade affable.

Il s’est esquissé depuis longtemps un destin hors du commun. En tenant secrets ses rêves de grandeur. Emmanuel Macron n’a pas juré à ses parents qu’il serait président de la République ou pape, mais il s’est très vite forgé l’intime conviction qu’il sortirait du lot. Bercé par l’amour exigeant d’une grand-mère avec qui il a noué des liens singuliers, rendu invincible par son regard puis par celui de Brigitte, ce jeune homme plein d'allant a dévoilé progressivement son ambition. Sans passer par les traditionnels combats de coqs qui rythment la politique française. Et en traçant, de manière subliminale, un parallèle entre la conquête de cette femme mariée, mère de trois enfants et de vingt-quatre ans son aînée, et celle de la France. S’il avait eu la détermination et le courage d’imposer cet amour, pourquoi ne pourrait-il pas, en bousculant encore les convenances, conquérir la France ? Ceux qui le connaissent – ou croient le connaître – ont tous senti chez lui, et depuis longtemps déjà, une ferme résolution, comme un imperceptible sentiment de supériorité, une inébranlable confiance en son destin, manifestation d’un égocentrisme très profond et très camouflé. Macron a toujours été l’élu. Il a toujours été choisi, désigné et reconnu comme le meilleur. Il a toujours – ou presque – trouvé dans le regard des autres l’admiration, l’encouragement, la bienveillance. « You look like Napoléon ! » lance une jeune femme que le candidat d’En Marche ! croise à la bibliothèque de Beaubourg, ce dimanche 4 février. Ce jour-là, Emmanuel Macron sourit. Mais ne proteste pas vraiment, convaincu peut-être qu'il serait lui aussi, un jour, sacré empereur. Le mutant a déjà réussi à être élu à la présidence de la République, le 7 mai 2017. À 39 ans, soit un an de moins que Louis Napoléon Bonaparte, en 1848.

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Emmanuel Macron semble donc avoir des identités fluctuantes, craignant « l’assignation à résidence ». Personnage qui a fait de sa détermination, tant dans sa vie privée pour imposer la femme qu’il aimait, quelles que soient les résistances de la société, que dans sa vie professionnelle, sa marque de fabrique. Au point de faire de sa propre histoire, parfois un peu enluminée, et de sa propre personne un outil de communication.En perpétuelle évolution, toujours en quête, par insatisfaction ou crainte d’être enchaîné, de ne plus pouvoir vivre la vie qu’il a rêvée. Il est resté cet enfant, lui aussi, désireux de dominer sa vie. Y parviendra-t-il, devenu désormais, à 39 ans, le plus jeune président depuis la création de la République française ?

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