Grace de Monaco, un biopic entre ombres et lumières

Elle aurait eu 90 ans en ce mois de novembre. Après une année constellée d’hommages, le souvenir de la princesse Grace accompagnera aussi la célébration de la Fête nationale monégasque cette année. Le film qu'Olivier Dahan lui a consacré est-il fidèle au personnage et à sa vie ?

Dans le biopic qu'il a consacré à Grace Kelly, le cinéaste fait dire à son personnage : « L’idée que ma vie puisse être un conte de fée est déjà en soi un conte de fée. » La vie de l'ancienne star de cinéma pourrait aussi être interprétée dans les termes d'une carrière prometteuse d'actrice prématurément avortée, en raison de son mariage avec le prince de Monaco, en 1956. Le film présente cette ambivalence dès la scène d’ouverture : s’apprêtant à quitter Hollywood après un ultime clap de fin, Grace Kelly pénètre dans une loge croulant sous des couronnes de fleurs. Olivier Dahan livre en deux minutes la dialectique de son film, soit deux idées : en épousant le Prince Rainier, Grace a mis en suspens sa vie professionnelle mais, comme elle est une actrice-née, elle va faire de son statut d’Altesse forcée une œuvre d’art. Le dernier rôle de sa vie.

Le film commence par la partie noire du conte de fée. Princesse isolée en son palais, pourchassée par des duègnes qui veulent la forcer à respecter le protocole. Sans parler de toutes les mondaines et comtesses qui refusent de comprendre que la rénovation d’un hôpital pour enfants est plus important que le bal annuel ! En ce royaume d’apparences et de faux-semblants, l’Américaine à qui on a appris, petite, à dire ce qu’elle pense, se sent bien seule. Heureusement, il y a le curé du Palais, Américain lui aussi, pour aider la belle Altesse à s’adapter aux étranges usages de la Cour. Vieille Europe contre Nouveau Monde, tradition contre modernité, politique contre culture, pureté contre perversité. « Mais pourquoi tout est donc si compliqué ? », soupire Grace.

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Dans la seconde partie, Olivier Dahan présente la revanche d’une blonde. Puisque son mari refuse que la Princesse retourne à Hollywood et accepte le rôle de cleptomane que lui propose Hitchcock (pour Pas de printemps pour Marnie), elle va bosser son personnage. Aussi dur que pour une performance digne d'être oscarisée. Et Dahan de filmer Nicole Kidman (qui interprète la princesse) comme une héroïne hitchcockienne dans un thriller du maître : routes à lacet avec vue sur la mer, chignon vertigineux et espionnage dans les arcanes du pouvoir.

Dans l'ensemble, j'ai aimé ce biopic. C’est parfois très bien filmé, rythmé, fluide même, les décors sont somptueux, les sosies sont ressemblants, Tim Roth en Rainier à sang chaud est convaincant. Quant à Nicole Kidman, elle réussit à émouvoir, malgré un air de poupée peinte. Elle incarne une sensuelle Grace sur fond de musique magistrale, dorures et lustres brillants, rivière de diamant et paysages maritimes de Monaco: la panoplie complète de la princesse est au rendez-vous dans Grace de Monaco . Le Guardian a publié les premiers extraits de Nicole Kidman en Kelly, réalisé par Olivier Dahan.

C’était une bonne idée, de la part du réalisateur, de se concentrer sur l’année 62. Année de crise diplomatique entre la France et la Principauté, entre de Gaulle et Rainier pour une sombre histoire de taxes. Avec cinquante ans de recul, l’éventualité d’une invasion de Monaco par l’armée française fait autant sourire qu’une guerre d’opérette ou un canular historique. Je regrette juste la fin du film. Olivier Dahan a voulu terminer en apothéose. Avec un discours final de la princesse où celle-ci apparaît comme une dame patronesse au cœur gros comme ça, la vue troublée, le souffle court.

« Bien après la chute des Grimaldi, le monde se souviendra de votre nom, votre Altesse », affirme dans le film une voix grave qui s'adresse à elle. Une voix qui pourrait être celle d'Alfred Hitchcock, qui a dirigé Grace Kelly dans plusieurs films et dont on devine la silhouette au début de la vidéo. Les Grimaldi sont encore en place, mais le souvenir de la princesse survit aussi à travers ce film.

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