Jeff Koons : génie révolutionnaire ou contrefacteur de génie

L'artiste contemporain continue à alimenter la polémique après une condamnation judiciaire

En feuilletant un livre d'art au Musée national de Monaco, je suis tombée sur une œuvre de Jeff Koons. Koons, c'est ce plasticien américain et sculpteur de style kitsch néo-pop. Parmi ses œuvres les plus célèbres figurent l'Inflatable Rabbit, les Balloon Dogs, les Tulips. En France, il a organisé Koons Versailles dans le Château et les Jardins de Versailles en 2008-2009 et une Rétrospective au Centre Pompidou en 2014-2015.

Pour certains, il a su dégager l'essentiel des courants avant-gardistes du siècle, notamment le pop art. Pour d'autres, c'est un artiste cultivant le kitsch très apprécié par des milliardaires nouveaux riches – il a été par exemple l'artiste favori du financier américain Bernard Madoff. Entré dans le monde de l'art avec ses premières œuvres à la fin des années 1970, il arrive donc après les grands mouvements de la première moitié du XXe siècle et de l'après guerre en Occident, soit après le minimalisme, le pop art, ou encore Marcel Duchamp. Il s'est fait connaître grâce à une imagerie qui lui est propre : populaire, kitsch, froide, réalisées à partir de matériaux nobles comme le marbre, ou la porcelaine.

Il a ses fans. Mais il a aussi ses critiques. Dans une tribune publiée dans le journal Libération, des personnalités de la culture se sont opposées au projet d'installation d'une oeuvre monumentale de l'artiste à Paris. "Non au 'cadeau' de Jeff Koons", avaient alors clamé des personnalités de la culture, dont le réalisateur Olivier Assayas et l'ancien ministre Frédéric Mitterrand, opposées au projet d'installation du « Bouquet of Tulips », jugé comme relevant d'un « art industriel ».

Jeff Koons a néanmoins connu un succès indéniable. Il est ainsi devenu l'artiste vivant le plus cher aux enchères lorsque son Balloon Flower (Magenta) s'est vendu pour 12 921 250 £ (soit 16 343 000 € avec les frais de vente) par Christie's à Londres le 30 juin 200813- il a depuis été détrôné par Lucian Freud. Son œuvre intitulée Puppy a été vendue 29 765 000 € selon Paris-Match. Il a été classé 54e artiste en produit de ventes aux enchères pour l'année 2008. Son œuvre One Ball Total Equilibrium Tank a été vendue chez Christie's au Rockefeller Center de New York le 8 mai 2016 pour 13 371 732 €.

Ces succès lui ont valu l'accusation de n'être qu'un homme d'affaires et non un artiste. Koons, pour sa part, considère qu'il n'a pas de talent commercial : « Je préfère penser que je suis un très bon artiste », se défend-il. Nulle doute que l'accusation de plagiaire va désormais lui coller aussi à la peau. Le tribunal de grande instance de Paris a condamné l'an dernier le célèbre plasticien pour avoir contrefait une publicité pour les vêtements Naf-Naf représentant le fameux petit cochon de la marque dans une œuvre exposée à Paris en 2014.

L'artiste controversé, sa société Jeff Koons LLC et le Centre Georges Pompidou, qui a exposé lors d'une rétrospective la sculpture en porcelaine du plasticien, ont été condamnés à verser solidairement 135 000 euros de dommages et intérêts au publicitaire Franck Davidovici, concepteur du visuel porcin pour Naf-Naf. Le tribunal a par ailleurs condamné la société Jeff Koons LLC à payer 11.000 euros à Franck Davidovici pour avoir reproduit la sculpture sur le site internet de l'artiste. Présentée une première fois en 1988 dans une galerie new-yorkaise, la sculpture de Jeff Koons avait été exposée fin 2014 au Centre Pompidou, à Paris, dans le cadre d'une rétrospective consacrée à cet artiste. Franck Davidovici avait alors demandé en justice la saisie de l'exemplaire exposé, vendu environ trois millions d'euros en 2007 chez Christie's à New York, et faisant partie de la collection Prada. L'œuvre avait finalement été retirée de l'exposition au bout d'un mois à la demande du prêteur.

Pour Franck Davidovici, la sculpture de Jeff Koons, également intitulée « Fait d'hiver », présentait de nombreuses similitudes avec le visuel qu'il avait créé pour Naf-Naf en 1985. La sculpture de Jeff Koons reprend « les éléments originaux » de la publicité, avait-il déclaré : une même jeune femme brune aux cheveux courts allongée et un petit cochon doté d'un tonnelet de Saint-Bernard, souligne le tribunal dans son jugement.

Pour les juges, bien que Jeff Koons ait ajouté des pingouins et des fleurs autour du cou du cochon, « la contrefaçon est donc constituée ». Jeff Koons a déjà été condamné plusieurs fois pour plagiat. En mars 2017, le tribunal de grande instance de Paris l'avait condamné pour « contrefaçon » d'un cliché d'un photographe français. L'oeuvre contrefaite, « Naked »

digital-wallets
(Nus), faisait partie de la même série que la sculpture « Fait d'hiver ».

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