L'ouverture des magasins le dimanche fait débat à Monaco

Gouvernement et Conseil national de Monaco devraient voter une loi allant dans ce sens. Mais cette décision libérale ne fait pas l’unanimité. L'ouverture dominicale des magasins est-elle donc une bonne idée ?

Lundi 15 octobre, alors que démarraient les séances publiques du budget rectificatif au Conseil national, une proposition de loi relative à l’ouverture des commerces de détail le dimanche a été déposée. Elle est signée de l’ensemble des conseillers nationaux de la Majorité. L’objectif de Primo! est de permettre « une ouverture facilitée le dimanche pour les commerces de détail qui le souhaitent, dans le but de faire face à la concurrence régionale et de renforcer l’attractivité de la Principauté » et dans un contexte où le secteur du commerce de détail est, pour l’économie monégasque, « le 4e contributeur en termes de chiffre d’affaires hors activités financières et d’assurance ». 

Le travail du dimanche est un débat très ancien. Historiquement, la notion de repos le dimanche est très étroitement liée avec le catholicisme et il a fallu attendre la philosophie des Lumières pour remettre en cause le dimanche comme jour de repos. S’en est suivie une longue bataille initiée par le commencement de l’ère industrielle où les catholiques vont s’allier avec les défenseurs de droits sociaux pour demander le dimanche comme jour de repos universel. Toute cette lutte a émané des salariés, à travers des manifestations notamment, et a gagné ensuite le niveau politique.

Où en est le débat aujourd'hui. A n'en pas douter, gagner plus de temps d’ouverture se traduirait par une part supérieure en termes de chiffre d’affaires pour les détaillants concernés. L'ouverture dominicale représenterait aussi un bénéfice pour les consommateurs. Pour nombre de ménages, augmenter son temps de chalandise serait l'occasion d’optimiser leurs achats en fonction de leurs goûts et de leur budget. A passer plus de temps dans les magasins, on peut mieux acheter. Et si on consomme mieux, on économise de l'argent qu'on peut investir dans des consommations supplémentaires ou de l’épargne qu’on n’aurait pas pu espérer autrement. Factuellement parlant, selon les études réalisées, le gain économique du travail dominical est réel mais pas spectaculaire. Aux Pays-Bas, en 1996, on a décidé de laisser les municipalités autoriser ou non l’ouverture du dimanche. La mesure, analysée dix ans après par le ministère néerlandais de l’économie, a été jugée plutôt favorable à la croissance.

Mais l'ouverture dominicale ne va pas sans inconvénients. Il existe un risque que certains commerces soient enclins à augmenter leurs prix, tout simplement parce que leurs coûts variables (salaires, énergie) augmenteraient plus vite que ne diminueraient leurs coûts fixes (baisse liée à l’allongement de la durée d’utilisation des locaux). Cependant, la concurrence pourra encourager les commerçants à trouver les moyens de ne pas faire supporter ces frais supplémentaires à leurs clients : par exemple, en augmentant leur productivité ou celle de leur chaîne d’approvisionnement. 

Les syndicats arguent souvent du fait que les salariés du dimanche sont contraints et que le travail dominical est du travail forcé. Il n'est pas douteux qu'une partie des salariés travaillant le dimanche le fait sous la contrainte de leur employeur, parce qu'ils ont peur d’être mal vus de leur hiérarchie et d’en souffrir professionnellement. En période de chômage de masse, le risque de « flexibilité subie » est réel. Mais il n'est pas douteux non plus que des milliers d’autres travailleurs seraient heureux de trouver un job de fin de semaine ou de se faire payer des heures supplémentaires ? Chez les Galeries Lafayette par exemple, de nombreux employés témoignent en faveur de ces horaires élargis, compte tenu des compensations généreuses proposées. Le moyen de lutter contre les pratiques abusives d'employeurs qui contraignent leurs salariés à travailler est, non seulement de légiférer, mais de créer les conditions d’un marché du travail dynamique où les travailleurs peuvent facilement changer d’employeur. Or, en augmentant le besoin de main-d’œuvre dans les commerces, l'ouverture dominicale ne participerait-elle pas à la création d'un tel marché.

Certains arguent que l’ouverture dominicale sonnerait le glas de nombreuses activités familiales s'exerçant le dimanche. Mais cela ne doit pas être perçu comme un problème si les familles choisissent librement de sacrifier ces activités. Par ailleurs, les ménages pourraient profiter de l’ouverture dominicale pour transférer vers d’autres jours de la semaine (le samedi par exemple) les activités actuellement concentrées sur le dimanche. Qu'en serait-il de l'activité du culte ? Tout d'abord, cette question concerne un petit nombre : l’immense majorité est non pratiquante dans nos sociétés occidentales. Les croyants chrétiens continueraient sans doute de pratiquer leur culte le dimanche mais trouveraient des magasins moins remplis le samedi, puisque les non-croyants pratiqueraient plus le shopping le dimanche. En outre, certaines pratiques cultuelles pourraient migrer vers d’autres jours de la semaine, comme cela est déjà fréquemment le cas en milieu rural où des messes se tiennent le samedi, faute d’officiers du culte en nombre suffisant.

Législateurs, à vos réflexions !

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