Le football féminin, en trois temps: des débuts difficiles

Le football féminin, c’est un passé difficile, un présent rayonnant et un futur plein d’espoir. Retour sur ces 3 temps qui ont marqué ce secteur à qui on avait promis l’enfer.

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Après des décennies dans l’ombre du football masculin, les footballeuses voient enfin les projecteurs du monde du sport braqués sur elles. Une montée en puissance qui s’est obtenue grâce à la persévérance, les changements de mentalités et une lutte féroce.

Un passé difficile avec des mentalités hostiles au développement

Les femmes jouent au football depuis la fin du XIXe siècle. Le 7 mai 1881, une rencontre qualifiée d'« internationale » par la presse oppose l'Angleterre à l'Écosse à Édimbourg, et de nombreux matchs dont certains attirent de 4 000 à 5 000 spectateurs sont recensés la même année. Lors de deux d'entre eux, le terrain est envahi après 1 heure de jeu pour des raisons inconnues, ce qui oblige les joueuses à cesser le match. La presse rend compte de ces rencontres sur un ton très négatif, en focalisant ses commentaires sur l'apparence des footballeuses ou en critiquant leurs techniques de jeu, différentes de celles des hommes.

Le football féminin a été accueilli avec méfiance. Dans les décennies 1920-1930, les réticences et l’hostilité provenaient des milieux sportifs du football mais aussi des médecins ou encore des éducateurs. Dans les années 1960-1970, ce sont les mêmes griefs qui ressurgissent. Le football est accusé de viriliser les femmes, de les enlaidir.

En 1968, la situation du football féminin piétine toujours. Sans reconnaissance de la Fédération, impossible pour des femmes footballeuses d’accéder à des compétitions officielles. C’est sans compter sur la détermination de certaines, d’une équipe en particulier : celle des joueuses de Reims. Au printemps 1968, comme le raconte Le Monde, un journaliste du nom de Pierre Geoffroy passe une petite annonce pour recruter des footballeuses pour une kermesse. L’opération est un franc succès, et le désormais entraîneur parvient à rassembler une quinzaine de joueuses.

Petit à petit, l’équipe participe à de plus en plus de rencontres, d’abord au niveau local, puis très vite contre des équipes allemandes, anglaises ou italiennes. Les joueuses se passionnent pour la compétition, vont jusqu’à se faire appeler « l’équipe de Paris » à l’étranger, et finissent même par jouer aux Etats-Unis en 1970. A la suite de quelques compétitions informelles dont une Coupe du Monde en 1970, le football féminin se voit enfin légitimé par les institutions du foot. En 1982, l’UEFA organise la première Coupe d’Europe, et la FIFA fait de même neuf ans plus tard. En 1996, l’entrée du football féminin dans la liste des disciplines olympiques marque la consécration d’un sport longtemps discrédité.

Les joueuses restent cependant bien moins exposées, payées et saluées pour leurs efforts que leurs homologues masculins. En outre, à ce jour encore, seules deux équipes françaises de football féminin (le PSG et l’OL) bénéficient du statut professionnel, quand la plupart des autres clubs demeurent semi-professionnels. La première coupe du monde est jouée en 1970 mais elle est non officielle. Mais à force de batailler, la première coupe du monde officiel aura lieu en 1991, caractérisant l’ouverture d’esprit au football féminin.

Un présent rayonnant, avec des écarts qui se resserrent

Le football féminin continue d’évoluer progressivement, aussi bien en Espagne que dans le reste du monde. La coupe du monde 2015, a connu pour la première fois la participation de la sélection féminine espagnole après leur classification avec peu de problèmes. La Ligue des champions féminine est devenue l’une des plus importantes compétitions de football au monde, elle est de plus en plus suivie en Europe. En plus, environ 53 pays européens ont leur propre sélection nationale féminine, et 51 pays organisent leur propre ligue féminine. Des données qui montrent l’importance du football féminin dans la société actuelle. De grandes équipes parient sur l’organisation des stages d’été destinés seulement aux filles, principalement en Espagne et en Angleterre.

En 2019, le football féminin pèse plus lourd que jamais en termes financiers et publicitaires. Ainsi, d’après les chiffres du Parisien, les droits payés par TF1 pour la diffusion du Mondial 2019 oscillent entre 10 et 12 millions d’euros, quand W9 n’avait déboursé « que » 850 000 euros pour l’édition de 2015. Les primes des joueuses, elles, sont en constante augmentation également : évaluées à 3 500, 7 000 et 15 000 euros en 2011 (respectivement en cas de qualification en demi-finale, finale et victoire), elles sont de 20 000, 30 000 et 40 000 euros cette année. Dernier indicateur économique : le prix des spots publicitaires au cours des matchs. Ainsi, pour s’offrir 30 secondes de publicité à la mi-temps de la finale de cette édition, il faut débourser 125.000 euros. Un tarif record, quoique plus de deux fois inférieur aux 280.000 euros facturés pour la finale des hommes en 2018.

Un futur avec de grandes ambitions

La Fédération s'est fixée plusieurs objectifs : augmenter le nombre de pratiquantes, augmenter la valeur commerciale et construire les bases du jeu.

Pour cela, la FIFA veut mettre en place des programmes de développement de masse notamment via les écoles mais aussi « développer les talents et les compétences via les centres de formation. » La Fédération internationale souhaite également améliorer ses compétitions pour les pays et les clubs. La mise en valeur du jeu passera également par une meilleure communication autour de la discipline et commercialisation des droits. L'autre axe de développement concerne la gouvernance, l'un des objectifs étant de voir plus de femmes à des postes à responsabilités au sein des Fédérations. Quatre objectifs sur le court terme sont affichés : atteindre les 60 millions de pratiquantes dans le monde d'ici à 2026, doubler le nombre de Championnats de jeunes, augmenter le nombre de femmes dans les comités exécutifs de chaque Fédération d'ici à 2022.

Comme vous pouvez constater, l’importance du football féminin dans notre société est de plus en plus grande et son évolution est imparable pour le bien du sport. Donc, malgré quelques incidents, et un passé difficile, le football féminin continue sa grande ascension.

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