Alain-Fabien Delon : un livre raconte l'impossible relation d'un fils avec son père

C'est la période des Fêtes, et on m'a offert le livre d'Alain-Fabien Delon. Dans De la race des seigneurs, l'auteur raconte l'histoire d'un adolescent qui « a l'espoir de devenir lui-même » malgré la lourde filiation qui pèse sur ses épaules. Un récit autobiographique ? Retour sur l'ambigu privilège des enfants de stars.

Egérie de la prestigieuse maison Dior (comme son père en son temps), le fils de Rosalie van Breemen et d'Alain Delon était jusqu'ici plus souvent vu sur les podiums que dans les maisons d'édition. Le plus jeune fils d'Alain Delon va pourtant passer d'une carrière de mannequin à la publication d'un premier livre. De la race des seigneurs sortira en janvier 2019 aux éditions Stock. Sur Twitter, le journaliste de l'AFP Alain Jean-Robert a fait paraître sur son compte personnel le résumé du roman.

Dans ce roman, « Alex Delval, dix-huit ans, rêve de devenir acteur comme son père », peut-on lire dans ce résumé. Les initiales rappellent celles de l'auteur. La référence à ses propres difficultés pour s'affranchir de la célébrité paternelle est à peine voilée. Le jeune homme de 24 ans avoue s’être inspiré étroitement de la relation qu’il entretient avec son père. D'ailleurs, le titre de son roman est une référence à un film de 1974, La Race des seigneurs, réalisé par Pierre Granier-Deferre. Alain Delon y campait un ambitieux homme politique qui, pour sa carrière, sacrifie ses relations avec sa femme et son fils. Quand il cherche à renouer avec eux, il découvre que sa femme s'est suicidée et que son fils s'en est allé. L'histoire fait écho à celle du roman d'Alain-Fabien Delon.

Dans ce roman, le personnage principal finit par décrocher un grand rôle, mais il aura du mal à gérer sa célébrité naissante, parce qu'il sera confronté aux déboires et dommages collatéraux de la notoriété : « Très vite, les doutes l'assaillent, et voilà que tout dégénère. Trop d'alcool, trop d'angoisse... Une rixe éclate. Rideau. », continue le résumé de l'ouvrage. Après la bagarre, Alex Delval se réveille chez un psy, et entre les deux hommes une « complicité inattendue va naître ». Le psy sert de père de substitution à Alex, « lui qui n'a jamais été élevé ni regardé par son père ». Il aide le jeune Delval à se construire, à « devenir soi » et à se libérer de l'ombre du père.

Né en 1994, Alain-Fabien Delon a fait quelques apparitions au cinéma et à la télévision (notamment dans Capitaine Marleau). Il a défrayé la chronique en 2013, année de sa condamnation à cinq mois de prison avec sursis pour lésions corporelles graves par négligence. Il avait en effet organisé le 20 juin 2011 une fête dans l'appartement genevois de son père, au cours de laquelle une dispute avait éclaté autour d'une arme et un coup de feu était parti, blessant grièvement au ventre une jeune femme de 16 ans. Il tente actuellement de dénicher des rôles au cinéma.

Les relations entre Alain-Fabien Delon et son père sont connues pour être tumultueuses. À 18 ans, le jeune homme claquait la porte de chez lui et accusait la légende du 7e art de l'avoir abandonné. En retour, Alain Delon s'était borné à expliquer que son fils était « complètement paumé ». En 2016, le mannequin revenait à la charge sur RTL: « Il ne veut pas de relation, il n'y a rien à faire ». En 2017, dans une interview accordée au quotidien autrichien Die Presse, le jeune acteur de 23 ans déplorait une fois de plus l'attitude de son père : « Nous ne sommes pas une vraie famille », jugeait-il.

Cette relation orageuse illustre bien l'ambigu privilège qui est celui des enfants de stars. Comme les nobles de l'ancien régime, ils reçoivent à leur naissance un nom qui scintille de mille feux, une notoriété, un carnet d'adresses imparable, la libre circulation dans des réseaux de happy few, des avantages matériels… Ils semblent avoir tout pour être heureux.

Pourtant, nombreux sont ceux qui peinent à exister dans l'ombre d'un parent célèbre et traversent des épreuves difficiles. Guillaume Depardieu, emporté par une pneumonie en 2008, avait publié quatre ans avant sa mort Tout donner, où il confiait son désarroi et sa quête de légitimité. Difficile de devenir soi et autonome, lorsqu'on a une route professionnelle toute tracée devant soi, celle que les géniteurs ont déjà défrichée. Les portes des auditions et des castings s'ouvrent à vous, mais on vous compare nécessairement à votre illustre prédécesseur. S'il est en haut de l'affiche, vous souffrez de la comparaison. S'il est un has been, on vous méprise. Difficile de se faire un prénom quand on a un nom.

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