Le cirque politique

Le cirque, ce sont des prouesses incroyables et des numéros ébouriffants, mais aussi des émotions que l’on ressent au fil des prestations. Le festival du cirque à Monaco m'a inspiré ce billet tragi-comique sur le cirque politique.

Une sorte de parenthèse enchantée dans le calendrier ultra-chargé des manifestations accueillies tout au long de l’année en Principauté. Durant le festival du cirque de Monaco, ils font plaisir à voir et à attendre les sourires, les rires, les applaudissements, les "Ooooooh" et les "Waouuuuuuu" des 3 800 spectateurs qui garnissent chaque soir, ainsi que le mercredi et le dimanche après-midi, le chapiteau de Fontvieille. Autrefois, quand les peuples étaient mécontents, pour les distraire il y avait les jeux du cirque. Nos politiques s'en souviennent et avant les élections nos grands partis de droite comme de gauche, réunissent à tour de rôle, autour de la piste, tous les acteurs et spectateurs pour les « enfumer » en utilisant leurs meilleurs slogans, c'est à dire ceux qui n'engagent à rien. Tout le monde est maintenant présent, le spectacle peut commencer !

Généralement dans ce cirque, les chameaux ouvrent le spectacle, auxquels sont attelées les caravanes partisanes, qui marchent lentement en parallèle. De temps en temps, ils se crachent au visage : c'est dans la nature des chameaux ! Malgré cela, les caravanes ne changent pas de trajectoire. Peut-être pensent-elles au prochain oasis, au chômage, à la compétitivité des entreprises, aux retraites, à l'avenir des jeunes, à l'insécurité. Non, ce n'est qu'un mirage, les caravanes passent et les chiens continuent d'aboyer. Vient ensuite le tour du matador, avant l'entrée du taureau dans l'arène. Le taureau, c'est la grosse bête, le peuple démocratiquement souverain, l'entreprise qui trépigne, qu'on aiguillonne et qui saigne de partout. On va maintenant l'attaquer à l'arme blanche avant qu'elle ne soit totalement sans défense. Avant la mise à mort, le matador exhibe ses feintes favorites pour détourner le taureau qui charge sur un tissu rouge. Il existe certes d'autres feintes : demi feintes, demi vérités, quasi mensonge, presque promesse et loyautés caméléonesques. La vraie feinte en politique, c'est quand on se donne la peine de tisser une cape à échelle d'arène, quand le leurre est tellement gros que le matador disparaît. Ensuite vient le tour des frégates, ces oiseaux qui fréquentent la côte pacifique et qui sont passés maîtres incontestés de la navigation aérienne. A côté, un pélican pataud, tant il sait la supériorité des frégates pour le vol à l'esbroufe, regarde affolé monsieur frégate faire des tonneaux autour de lui, lui barrer la route, le déstabiliser au besoin de l'aile, jusqu'à ce que le pélican laisse échapper sa proie, que madame frégate s'empresse de capter en chute libre. Jusqu'où peut aller la manipulation ? Talleyrand, le prince des diplomates, roi de l'esbroufe, a sauvé la France après la défaite de Napoléon, en bluffant toute l'Europe. Un grand homme certes, mais aussi comme disait Napoléon « une m' dans un bas de soie ». Nous avons aussi nos Talleyrand en politique, la soie en moins !

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Tout à coup, les spectateurs se crispent à l'entrée sur scène d'une repoussante créature sortie tout droit de la légende où Hercule avait eu bien du mal à venir à bout de l'hydre de Lerne, créature en forme de pieuvre qui au lieu de tentacules, était pourvue de multiples têtes dont chacune, lorsqu'on la tranchait, donnait naissance à deux nouvelles têtes. Il lui avait fallu les couper toutes d'un coup pour éviter leur multiplication. Doit-on couper toutes les têtes pour éviter la multiplication des mandats, les gamineries, les ego, la consanguinité et l'irresponsabilité.

Mais à quoi servent toutes ces clowneries, ces « représentants du peuple » qui viennent faire leur tour de piste et s'exprimer pendant des heures, tandis que les otaries de services claquent des nageoires ou font des bruits en arrière-plan ? A attirer l'attention des médias ? Mais quand tous les bouffons font les mêmes pirouettes, il faut autre chose pour river les spectateurs à leur chaise. La démocratie actuelle est le triomphe de l'ambiguïté. Tous les chefs se battent autour de débats inutiles, de pitreries qui font la une de certains médias pendant que les vrais problèmes restent sans solutions. C'est un cirque politique où en grande partie il n'y a que des clowns et des jongleurs mais peu de héros. Dans ce cirque, ce sont les balles perdues qui abattent les adversaires et les victimes ne seront hélas que rarement sauvées.

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