Bernard Tapie : un "acteur" devant la justice

De nouvelles révélations sur l’affaire VA-OM et Bernard Tapie sont mises à jour. Dans un article du journal Le Monde, Marc Fratani, son ex-collaborateur l’accuse d’avoir corrompu des arbitres et drogué des adversaires pour gagner des matchs à la fin des années 1980. L’ancien président de l’Olympique de Marseille réfute les accusations de corruption lancées contre lui.

Fratani avait déjà songé à vider son sac dans un livre mais les ennuis de santé de Bernard Tapie l’avaient refroidi. Aujourd’hui, voulant aller au bout de ces déclarations et à fond dans les médias, il affirme n’avoir aucun scrupule.

Bernard Tapie est jugé jusqu’au 5 avril avec cinq co-prévenus pour escroquerie dans l’affaire de l’arbitrage frauduleux qui, en 2008, avait impliqué Adidas et le Crédit lyonnais. Comparaissent à ses côtés son ancien avocat Maurice Lantourne, l’un des trois arbitres ayant rendu la sentence frauduleuse, Pierre Estoup, le patron d’Orange Stéphane Richard, directeur de cabinet de la ministre de l’Economie Christine Lagarde à l’époque des faits, et les deux ex-dirigeants des entités chargées de gérer le passif du Crédit Lyonnais, Jean-François Rocchi et Bernard Scemama. Tous sont accusés d’avoir organisé ou de s’être rendus complices d’escroquerie, à travers un arbitrage qu’ils savaient favorable à l’ancien patron de l’Olympique de Marseille.

Bernard Tapie a multiplié les apartés avec l’un de ses coprévenus et a commenté chaque prise de parole des deux camps dans la salle d’audience lors de la première après-midi. Souriant, l’homme d’affaires a acquiescé quand la présidente lui a demandé si sa profession déclarée était bien celle « d’acteur ». Il a souri également quand le tribunal a rappelé à l’ordre le public : « Ici, on n’est pas au spectacle ! » Profitant d’une suspension, Bernard Tapie a aussi improvisé une conférence de presse à l’intérieur du tribunal. Il faut préciser que ce jour d’audience a été entièrement consacrée à des questions procédurales. Après avoir rejeté une demande de renvoi formulée par des liquidateurs judiciaires de Bernard Tapie, en faillite personnelle depuis décembre 1994, le tribunal a examiné des requêtes en nullité. L’occasion de premières piques entre les bancs de la défense et les parties civiles, à couteaux tirés.

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Les avocats de Tapie et Lantourne demandent notamment l’annulation de l’ordonnance de renvoi, au motif que leurs clients sont poursuivis pour des faits pour lesquels ils n’ont pas été mis en examen. A la barre, Bernard Tapie enchaîne les formules de bateleur (« Vous allez voir, c’est incroyable », « Écoutez bien ça », « Je vous jure que c’est la vérité »). On se perd en digressions sur l’affaire Executive Life, sur les vertus de l’arbitrage, l’ingratitude des banquiers. Le procès s’annonce long. Bernard Tapie, également poursuivi pour détournement de fonds publics, encourt sept ans d’emprisonnement et 375.000 euros d’amende.

Selon le témoignage de Marc Fratani auprès du Monde, à partir de 1988-1989, Jean-Pierre Bernès, le directeur sportif de l'OM, s'est lancé avec Bernard Tapie dans une entreprise de corruption qui allait durer quatre saisons. La corruption n’était pas intensive, il ne s’agissait pas d’acheter tous les matchs. Ils ciblaient les adversaires principaux. Selon les dires de Jean-Pierre Bernès, l’OM a notamment volé deux titres à Monaco.

L’ex-collaborateur aurait directement participé une fois à un achat d’arbitre. C’était pour un match contre le Paris Saint-Germain, à Paris. Le lendemain de la rencontre, il serait allé lui remettre dans un endroit discret ce qui était convenu.

Marc Fratani a égament déclaré au journal que l’OM allait jusqu’à droguer les équipes adverses avant les matchs au vélodrome : on déstabilisait aussi l’adversaire en utilisant des psychotropes du Haddol, un anesthésiant. À l’aide de seringues à aiguilles ultrafines, le produit était injecté à l’intérieur de bouteilles en plastique. Tout ce qui était consommable par l’adversaire était traité.

L’ancien président de l’OM réfute les accusations de corruption proférées par son ex-collaborateur et ami Marc Fratani, en disant ceci : « Je m’en fous complètement. Il y a les cons qui voudront bien croire tout ça parce que ça leur fera plaisir, et il y a les gens qui ont un peu de jugeote. Ceux-là se rendront compte que tout ça, c’est pipeau. Alors après, si lui (Fratani) a acheté un arbitre un jour, il faut qu’il donne son nom, dise où, quand et qui lui a donné l’argent… Ce que je sais, c’est qu’il est très déçu que je n’ai pas mis La Provence à son service et celui de ses copains, voilà l’histoire. Je n’ai pas plus de commentaires à faire. Ça ne vaut rien et ça restera rien ».

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