Que faut-il attendre du sommet du G7 ?

La réunion du G7 qui se tiendra à Biarritz ce week-end sera consacrée à plusieurs sujets : taxation des GAFA, climat, guerre commerciale, croissance mondiale, lutte contre les inégalités dans le monde, etc. Les membres du G7 peuvent-ils se mettre d’accord sur de pareilles questions ?

Les deux derniers épisodes du G7 se sont traduits par des échecs ; notamment, ils n'ont ni empêché la sortie des États-Unis de l’accord de Paris en 2017. Or la composition du G7 indique que nous sommes en présence du « camp occidental » et que les intérêts communs devraient l’emporter sur les divergences. Mais le camp occidental est divisé par l’opposition politique entre les « populistes » et ceux qui revendiquent une forme de « libéralisme progressiste ». Une division finalement artificielle parce que cela n’empêche pas d’avoir des problèmes communs.

Il n'y aura pas de décisions contraignantes prises, ce d'autant plus qu’Emmanuel Macron veut sortir de « la logique des communiqués finaux » laborieusement concoctés et qu’à peine signés, des acteurs (comme Trump lors du G7 canadien de 2018) peuvent dénoncer. La France veut néanmoins rassembler autour de la lutte contre les inégalités. Avec la présence de nouveaux partenaires : démocraties influentes (Inde, Afrique du Sud, Australie, Chili), pays africains (Égypte, Sénégal, Burkina Faso, Rwanda), acteurs de la société civile. On parlera environnement, politiques commerciales et fiscales équitables… Et on travaillera à l’approche éthique du numérique et de l’intelligence artificielle. Les parties concernées parviendront-elles à surmonter leurs divergences et à se mettre d’accord sur des pistes de travail ?

Les propositions de la présidence française, notamment sur le climat et la fiscalité internationale, pourraient en fait être un frein à la possibilité de trouver un accord concernant le communiqué final. Le premier point de friction est la volonté française de taxer les GAFA, c’est-à-dire des entreprises américaines. Le principe de la taxation des GAFA, même s'il peut paraître légitime, devrait se voir rejeter par les U.S.A. Les États-Unis ont pris l’initiative, avec l’OCDE, de la mise en place de taxes pour l’ensemble des multinationales au niveau mondial. Cette initiative multilatérale a plus de chances de déboucher sur un consensus autour d'une taxe puisqu'elle ne concerne pas que les entreprises américaines.

Sur la question du climat, il serait pertinent de trouver un sujet fédérateur pour lancer une dynamique plutôt que d’insister sur l’accord de Paris. On pourrait ainsi cibler les « nouvelles routes de la soie » tracées par la Chine, qui sont en train de devenir les route du charbon, puisque Pékin déploie son savoir-faire en la matière dans les pays qui composent le tracé. Ce sont des centaines de centrales à charbon qui vont être installées, alors que cette source d’énergie constitue la première source d’émission. Une entente du G7 devrait faire consensus pour faire pression sur la Chine.

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Concernant la guerre commerciale, elle représente bien une menace, notamment pour les grands pays exportateurs, comme l’Allemagne, et par extension, pour la zone euro : à l’automne prochain, Donald Trump a notamment indiqué qu'il pourrait placer des tarifs douaniers sur les importations automobiles. Les Européens devraient chercher des points d’accord avec les États-Unis pour éviter une extension de la guerre commerciale à l’Europe. L’aspect positif est que ce point d’accord pourrait justement reposer sur un soutien massif de la croissance européenne, ce qui donnerait un coup d’accélérateur aux importations en provenance des États-Unis, et un rééquilibrage de notre excédent commercial avec Washington, qui est la cause de la tension avec Trump. La croissance de la zone euro souffre de ces tensions tandis qu’un Brexit sans accord pourrait avoir lieu au même moment. C’est donc cet agenda qui devrait dominer les discussions du G7.

Mais la première menace, avant la guerre commerciale, est la politique des banques centrales. Lorsque des menaces de récession planent à l’horizon, cela s’est vérifié en 2000 et en 2007-2008, elles ont tendance à être trop prudentes, permettant aux risques de récession de se matérialiser et de plonger l’économie mondiale dans le rouge. Le rôle d’une banque centrale est d’amortir les chocs. C’est en tout cas un sujet qui devrait être évoqué au G7, pour que les nations occidentales fassent tout ce qui est en leur pouvoir afin de soutenir la croissance et l’emploi.

Emmanuel Macron a tenu à ce que le thème des inégalités mondiales soit au cœur des débats. La question est digne d’intérêt, mais il semble plus pertinent de se focaliser sur la croissance des inégalités entre les pays qui composent le G7. Cela permettrait une remise en cause du système qui est aujourd’hui la source du mécontentement des populations occidentales et le moteur des mouvements dits populistes.

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