Insertion des jeunes de banlieue : Blaise Matuidi récompensé

Le champion du monde français a été nommé champion de l'année pour son engagement envers les jeunes de banlieue par Peace and Sport. Mais le problème de l'insertion peut-il être résolu par des initiatives émanant de la seule société civile ?

Jeudi 18 octobre s'est tenue, sur l'île de Rhodes en Grèce, la cérémonie des Peace and Sport Awards. Sous le patronage du Prince Albert de Monaco, l'association monégasque Peace and Sport Awards récompense chaque année des organisations régionales et internationales et des personnalités qui s'impliquent dans l'évolution sociale grâce au sport. Plus de 350 acteurs majeurs de la paix et du sport de la Région Méditerranéenne étaient ainsi réunis pour découvrir les sept vainqueurs des Awards. 

Parmi les gagnants, on compte cette année le champion du monde tricolore Blaise Matuidi, élu « Champion de l'Année » pour son travail avec son association Les Tremplins Blaise Matuidi. Créée en 2016, cette association aide à l'insertion et à la réinsertion des jeunes de banlieue par le sport. Sur son site, l'association justifie son action dans ces termes : « L’insertion par le sport doit permettre de détecter les adolescents (12-18 ans) qui sont sur le point de se retrouver dans une situation d’échec scolaire ou social, ou de se retrouver en situation de détresse et leur permettre, par l’intermédiaire d’une activité sportive, de retrouver un rôle dans la vie sociale de leur quartier ou leur municipalité. La réinsertion par le sport doit permettre de ramener dans le giron de structures associatives locales, les jeunes en situation d’échec scolaire ou social par la pratique du sport. Elle doit s’effectuer en partenariat avec des institutions telles que les mairies, l’Education Nationale, l’Aide Sociale à l’Enfance… »

Mais qu'en est-il de la réalité de la désinsertion et de l'insertion dans les banlieues ? Selon une vision stéréotypée, les jeunes y seraient tous en échec scolaire, au chômage et délinquants. Ceux qui s’en sortent sont considérés comme des personnes volontaires ayant réussi l'exploit de surmonter les déterminismes sociaux. Cette caricature correspond-elle à la réalité ou est-elle une fiction de notre imagination ?

Selon une étude réalisée par Jacques Chavanes, ces clichés ont fait long feu. A travers des études statistiques et des enquêtes de terrain, M. Chavanes est parvenu à des résultats surprenants. Si un tiers de la population jeune des quartiers reste éloigné du marché du travail, un peu plus de la moitié y est tout à fait intégrée. La trajectoire d’insertion s’étend sur une période moyenne de trois ans, avec une succession d’étapes passant par un temps d’inactivité ou de chômage, puis des premières formes d’emploi précaires (intérimaires), des retours en formation continue complémentaire et enfin un accès à un emploi stable. Contrairement à ce que laisse croire le mythe de la démission parentale, les familles d’origine immigrée formulent bien plus d’attentes de réussites scolaires que les familles françaises de même niveau socio-économique.

Si, en 1998, 42 % des garçons et 27 % des filles sortaient de l’école sans diplôme, ceux qui en étaient pourvus ne pouvaient guère en faire usage, le travail disponible étant sous-qualifié : nettoyage, entretien, manutention, gardiennage, transports, travaux publics… C’est bien plus la capacité d’adaptation individuelle (ponctualité, assiduité, respect des règles, investissement personnel, force physique, endurance) qui compte alors pour travailler, que le bagage scolaire. L’accès aux carrières sociales est l’une des rares exceptions permettant d’éviter le chômage et l’usine. La banlieue voit donc cohabiter des groupes de jeunes hétérogènes, certains insérés, d'autres plus éloignés du marché de l'emploi.

Quels sont donc les facteurs qui favorisent l'insertion ? On peut distinguer les facteurs sociaux et les facteurs politiques. Parmi les paramètres sociaux favorables, il y a, de la part des familles, une forte volonté d’intégration et de permettre aux enfants de bénéficier de la promotion sociale, mais aussi la conscience des difficultés de la réussite scolaire et l’acceptation d’un possible échec. Les familles se discréditent quand elles adoptent le discours répressif et autoritaire que l’opinion publique leur reproche de ne pas suffisamment avoir. Car ce dont ont besoin leurs enfants, c’est de dialogue et d’un mode d’emploi.

Outre les facteurs sociaux, une politique d'insertion efficace est aussi requise. Le gouvernement actuel est-il à la hauteur de ce défi ? Le président Macron met l’accent sur les stages de troisième en entreprise, que les principaux de collège ont la responsabilité de trouver, et sur l’apprentissage, via un renforcement de l’internat. Parmi les autres mesures clés de ce quinquennat, il y a la création d’un nouveau type d’emplois francs, consistant à subventionner toute embauche en CDI ou CDD de plus de six mois d’un demandeur d’emploi résidant dans un quartier prioritaire. Le président devrait aussi se pencher sur les difficultés d’accès des habitants des banlieues à l’emploi public. Et étendre les pratiques des entreprises privées consistant à vérifier si les recrutements se pratiquent de façon discriminatoire, avec l’objectif de publier les noms des employeurs défaillants. L'avenir dira si ces mesures porteront leurs fruits...

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