Quel avenir pour l'Europe ?

Les élections européennes de 2019 se dérouleront en France les 25 et 26 mai 2019 afin d'élire les députés européens représentant la France au Parlement européen. C'est l'occasion pour nous de réfléchir à l'Europe que nous voulons au vu du contexte mondial. Et d'abord de poser les termes du problème.

L'Europe dominait le monde il y a cent ans. Mais la hiérarchie des puissances a évolué. Qu'en sera-t-il donc de l'Europe au 21e siècle ? Le Vieux Continent semble devoir mettre pour une longue période (cinq ans ? Dix ans ?) sa croissance en berne. Elle transfère, depuis trois décennies, son appareil productif vers les pays émergents. Ses parts de marché se réduisent. Sa population se rabougrit pour représenter une part de plus en plus faible de l'humanité. On observe également l'abandon de toute ambition de de défense et de politique extérieure. Avec la faiblesse de ses institutions, l'Europe semble résignée à n'être plus qu'un des satellites de l'Amérique.

Mais une observation plus fine montre qu'au cceur même de l'Europe un pays au moins s'est progressivement rétabli comme une grande puissance économique, commerciale et politique : l'Allemagne. Partant de très bas en 1950, les exportations de la République fédérale d'Allemagne atteignirent près de 100 milliards de DM, en valeur courante, en 1969. De 1970 à 1989, les exportations allemandes ont presque quintuplé en valeur courante, passant de 109 milliards de DM à 507 milliards. Entre la réunification (1990) et aujourd'hui, elles ont encore quadruplé, passant à 1097 milliards d'euros en 2012, soit l'équivalent de près de 2200 milliards de DM en valeur courante. Pour apprécier la performance, il faut se rappeler que l'inflation, en Allemagne, est restée durablement faible, rarement au-dessus de 2 % par an. En valeur constante, les exportations allemandes ont donc plus que décuplé en quarante ans.

L'Allemagne a assis de plus en plus une spécialisation haut-de-gamme dans trois secteurs : la chimie, la mécanique et l'automobile. Exportant 47 % de sa production, l'Allemagne joue, commercialement, dans la cour des grands : elle devance les États-Unis depuis longtemps et n'a été dépassée que très récemment par la Chine. Cette remarquable prouesse doit être analysée dans une perspective historique : après avoir perdu deux guerres mondiales, l'Allemagne a su gagner la paix.

L'Europe sera-t-elle donc allemande ? La prouesse économique que ce pays a accompli pourra-t-elle être convertie politiquement ? Le leadership que l'Allemagne exerce de facto sur la zone euro correspond à une réalité économique. Mais ce leadership, à quoi tend-il ? Et est-il bien assuré ? Prend-il en compte l'intérêt général européen ? Y prétend-il seulement ? Le poids de l'Allemagne ne risque-t-il pas de déséquilibrer à nouveau l'Europe ? On discerne mal un dessein géopolitique derrière cette domination économique. Une "Europe allemande" paraît donc hors de portée.

De manière générale, les moyens n'ont pas été pris d'accomplir une Europe européenne. En définitive, c'est plutôt l'effacement de l'Europe qui se dessine à l'horizon. Le retour en force de l'Allemagne sur la scène économique mondiale ne constitue-t-il pas une illusion qui masque le déclin d'un continent vieillissant, enfermé dans un système politique faible et sans projet ? Quel peut bien être en effet l'avenir de l'Europe, au 21e siècle, coincée qu'elle est entre les États-Unis et la Chine ?

Pourtant, il faut que l'Europe ne s'éclipse pas. Car la deuxième mondialisation pose aux démocraties un problème. Certes, la première mondialisation n'a pas empêché le progrès social : assurances sociales, journée de huit heures, impôt sur le revenu et même une certaine convergence des salaires entre les deux rives de l'Atlantique et au sein de l'Europe elle-même. Mais en fait la première mondialisation s'est marqué par un accroissement des inégalités. Et les mêmes inégalités croissantes de revenus et de patrimoines caractérisent la deuxième mondialisation. En maints pays, la démocratie a encore du chemin à faire. Et même chez les vieilles nations démocratiques, la "globalisation" ne la remet-il pas plus ou moins en cause ?

Que peut encore, en Europe, la démocratie ? Dans nombre de pays, elle semble avoir été mise en congé. On n'attend plus désormais des élections qu'elles puissent véritablement peser sur le cours des choses. Par quelle secousse faudra-t-il passer pour que, demain, une Europe puisse s'organiser entre les États-Unis et la Chine ? Ne revient-il pas à l'Europe, où l'idée même de démocratie est née il y a deux mille cinq cents ans, de relever le défi que lance au monde le capitalisme mondialisé ?

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