Le développement peut-il être durable ?

L’énergie, moteur de notre économie, serait condamnable sauf si elle était « renouvelable ». Mais la croissance peut-elle se passer des énergies fossiles ?

En décembre dernier,  la Conférence de Katowice ou COP24 sur les changements climatiques a eu lieu. Elle la planète. Cette  avait pour double ambition de préciser les modalités d’application des Accords de Paris ratifiés en 2015 et de fixer de nouveaux objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et ce au vu du rapport du GIEC, publié quelques semaines auparavant. Celui-ci, comme les précédents, implorait les gouvernements de réagir vite et fort pour sauver la planète et éviter une catastrophe climatique  « dans le cadre du développement durable et de l’éradication de la pauvreté ».

A l'occasion de cette conférence, on a vu se confirmer l'opposition entre deux camps. D’un côté, le camp des éco-responsables relaie  les inquiétudes du GIEC et se soucie de la montée du niveau des mers, des phénomènes climatiques extrêmes, et des hausses de température. Pour eux, ces changements doivent être évités à tout prix. De l’autre,  les climato-sceptiques réfutent les effets de l’activité humaine sur le climat, s’appuyant sur les variations de température au cours des millénaires précédents et arguant que ces variations représentaient des amplitudes bien plus importantes que la hausse de 3°C que craint le GIEC. Pour eux, limiter l’activité humaine au nom du climat est un non-sens économique et social.

Mais les prises de position sont de plus en plus conditionnées par des enjeux qui dépassent le seul cadre scientifique. Les gouvernements des pays occidentaux ont fait de  la protection de la planète  un sujet majeur. Il est désormais politiquement inconcevable de mentionner le mot  croissance sans l’affubler des qualificatifs « durable » ou « responsable ». C'est que la lutte contre le changement climatique mobilise chaque année des milliards d’euros. En France, cette année, l'Etat consacrera 7,3 milliards d’euros au seul financement du développement des énergies solaires et éoliennes. Tous secteurs confondus, nous dépensons bon an mal an 30 milliards d’euros par an, selon le ministère de l’Action et des comptes publics. Ce budget représente les coûts cumulés de la Justice et de la Sécurité intérieure (police, gendarmerie, pompiers et sécurité routière). Ces chiffres, déjà significatifs à l’échelle de l’Hexagone, se retrouvent dans les mêmes ordres de grandeur dans tous les pays occidentaux. La Banque mondiale a annoncé lors de la COP24 débloquer une enveloppe de 200 milliards d’euros pour lutter contre le changement climatique.

Mais les politiques menées à l'aide de telles sommes peuvent-elles être efficaces ? En admettant la thèse du GIEC, dépenser 1 500 milliards d’euros permettrait, dans le meilleur des cas, de gagner -0,17°C à horizon 2100. En d’autres termes, les dépenses seront vaines pour lutter contre le réchauffement climatique. Pourquoi ce chiffre ne fait-il pas la Une des journaux ? Tout simplement parce qu’il représente une vérité qui dérange. Si les contribuables étaient mis face à cette inadéquation entre moyens mis en œuvre et objectifs revendiqués, ils rechigneraient sans doute à participer à une telle entreprise.

chuttersnap-aku7zlj-x-o-unsplash

Rappelons quelques faits indiscutables. Toute combustion d’énergie fossile dégage du CO2. De même, le CO2 est un gaz à effet de serre. Enfin, les 150 années passées ont montré que le progrès industriel s'était accompagné d'une hausse des émissions de gaz à effet de serre, la croissance économique allant de pair avec la consommation d’énergies fossiles. Dans ces conditions, l'idée même de développement durable est-elle concevable. En tout cas, toute la question est là : y a-t-il des solutions à mettre en place pour qu'une croissance économique ne génère pas des dépenses supplémentaires en énergie et en ressources naturelles et, si oui, lesquelles ? Car je crois utopique et déraisonnable de prôner purement et simplement la décroissance économique.

Faut-il prôner une décroissance énergétique ? Une telle décroissance semble synonyme de décroissance économique. Faut-il développer des énergies non fossiles telles que le nucléaire ? En l'état actuel de notre consommation énergétique, aucune solution de rechange au nucléaire n'est possible, sinon le recours aux énergies fossiles, lesquelles augmenteraient l'effet de serre de façon spectaculaire. La difficulté des choix à opérer s'en trouve accrue d'autant. Le préalable réside donc dans un vrai débat sur l'énergie, auquel prendraient part aussi bien les scientifiques que les parlementaires, le grand public, les relais d'opinion. Car le dossier est trop complexe pour que nous repartions sans éclairage dans le tout-nucléaire. L'actualité récente m'apporte confirmation de cette nécessité de débat transparent : la nouvelle technique des réacteurs européens à eau pressurisée, les fameux EPR, est déjà dénoncée comme obsolète.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.