Kaaris contre Booba : un combat fin 2019

Les deux rappeurs devraient s'affronter sur un ring en décembre prochain.

Les faits remontent à août 2018  : les rappeurs Booba et Kaaris se battaient en plein milieu de l’aéroport d’Orly, une triste scène devant des dizaines de touristes. Les deux artistes et leur clan, voire douze à quinze adversaires au total, se sont échangé de nombreux coups au niveau d’Orly-Ouest, dans le Hall 1, en salle d’embarquement, puis dans un magasin duty free. La scène, filmée par plusieurs témoins, a été relayée à grande portée sur les réseaux sociaux. Quelques mois plus tard, le clash continue, telle une aventure sans fin, les deux frères ennemis du rap hexagonal veulent remettre ça mais en organisant un combat encadré de MMA (arts martiaux mixtes) pour en découdre. Sans doute en décembre.

Il y a 7 ans, Booba a fait décoller la carrière de Kaaris grâce à son invitation dans le titre de Kalash. Kaaris explique au Parisien que cela l’a permis d’être connu, mais ce n’est pas une raison pour lui d’être la propriété de Booba et jouer au béni-oui-oui. Le rappeur s’exprimait ainsi : Je n’ai jamais signé dans son label, je n’ai jamais été son artiste et il ne m’a jamais donné un euro. De son côté Booba ne souhaitait qu’une chose. Lorsque l’interprète de Scarface était en guerre avec d’autres artistes du rap, il attendait de Kaaris un soutien. Ce qu’il n’a pas eu. Sur ce propos Kaaris explique : Il voulait que j’attaque ses ennemis. Je lui ai dit non, car dans le rap, je n’ai aucun ennemi. Et depuis, il s’est juré avoir ma peau. Selon les propos de Kaaris, ce n’est pas lui le problème, mais bien Booba. Il évoque même une obsession de celui-ci à son encontre en affirmant : le mec est obnubilé par moi, il fait une fixette sur moi. Et comme il m’a raté à Orly, il veut troller la sortie de mon album.

Les deux rappeurs ont été condamnés à 18 mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour la bagarre générale qui s’était déroulée à l’aéroport d’Orly. Les magistrats ont renvoyé dos à dos les deux artistes qui n’avaient cessé à l’audience de se rejeter la responsabilité de cette bagarre. Les juges avaient ainsi suivi les réquisitions du procureur qui avait réclamé une peine identique, estimant que les violences étaient réciproques. Le magistrat du parquet avait développé ceci: dans ce contexte de bravade et de morgue, ces deux leaders ont perdu toute lucidité. À les entendre, on comprend que baisser les yeux, détourner le regard, se taire, ignorer l’autre, c’est déjà abdiquer, perdre la face et devenir la risée d’un rival mais aussi de la planète. La confrontation physique devient la seule issue possible.

Même si l’analyse des images de vidéosurveillance, qui a largement occupé les débats, indique que Booba avait lancé les hostilités, les juges n’ont pas voulu départager les deux protagonistes. La thèse de la légitime défense défendue par Kaaris n’a pas convaincu. Les juges ont considéré qu’il n’aurait pas dû se lever pour se dresser face à son ennemi qui venait de l’insulter. Car ensuite, sous le regard interloqué de nombreux touristes, les deux camps se sont rendus coup pour coup. Cependant, l’un des avocats de Kaaris, Me Yassine Yakouti, a indiqué que  les images permettaient de distinguer les provocateurs et les provoqués et que son client pourrait faire appel. Me Yann Le Bras, l’avocat de Booba de son côté s’est pour sa part montré satisfait d'un jugement estimé mesuré et qui consacre des violences croisées. C’est dans deux prisons séparées que le Duc de Boulogne et le Sevranais ont écopé de leur peine. Compte tenu de leur notoriété, les deux rappeurs avaient fait l’objet d’une mesure d’isolement.

Alexandre Caby, délégué Ufap-Unsa de la prison de Fleury-Mérogis s’était épanché auprès de BFMTV sur les conditions de détention de Booba. Elie Yaffa était détenu dans une cellule isolée au quartier spécifique de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis ... Il était en contact avec les autres détenus de l’étage, partageant les mêmes droits que les autres détenus. Il avait accès à une salle de sport, à la promenade, et pouvait participer aux activités communes. Une mesure d’isolement partiel dont a également bénéficié Okou Armand Gnakouri, alias Kaaris, incarcéré à Fresnes.

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