Scandales sur le marché de l'art : Sotheby's et Christie's dans la tourmente

Sur le marché de l'art, rien ne va plus. La compétition est féroce entre les maisons de vente aux enchères, en partie à cause de la rareté des œuvres dont la provenance est garantie.

Sur le marché de l'art, certains professionnels n'hésitent pas à avoir recours à de mauvais coups. Par exemple, les professionnels les moins scrupuleux n'hésitent pas, dans les catalogues de vente, à mentir par omission ou à prendre des libertés avec l'histoire de l’œuvre concernée, quand ils n'agrémentent pas une oeuvre d'une signature ou de craquelures factices.

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Les scandales n'épargnent pas les plus grandes sociétés. En 2000, la maison de ventes aux enchères Sotheby's et sa rivale Christie's mettent la main au porte-monnaie pour éviter d'être traînées devant les tribunaux. Les deux institutions versent au total la somme rondelette de 512 millions de dollars, afin d'éviter le procès civil intenté par 120.000 de leurs clients, qui les accusaient d'avoir « collaboré illégalement depuis 1992 » et fixé conjointement le prix des commissions demandées lors des ventes d’œuvres d'art. Les deux maisons étaient donc accusées d'avoir une politique commune de fixation des prix des commissions demandées à chaque acheteur, en violation des lois antitrust. Le scandale entraîne des démissions en série et provoque l'indignation générale chez les collectionneurs. Chez Christie's, par exemple, le PDG Christopher M. Davidge quitte son poste.

En 2014, une autre affaire ternit la réputation de Christie’s : la vente de 85 œuvres de Joan Miró est annulée suite à une polémique au Portugal : l’Etat portugais était devenu propriétaire de ces œuvres lors de la crise économique portugaise et de la nationalisation de la banque BPN. L’ancienne ministre de la Culture Gabriela Canavilhas qualifie la vente de ces œuvres d'illégale et de contraire à « l'intérêt général » du peuple portugais. Le gouvernement socialiste du Portugal finit par conclure un accord avec la maison d'enchères londonienne et à faire annuler le contrat controversé qui prévoyait la vente de la collection Miró détenue par l'État. Aucune indemnisation n'aurait été versée, selon le ministère des finances portugais. Cette annulation définitive de la vente sous le marteau des œuvres de l'artiste espagnol met fin à une querelle politico-judiciaire qui aura duré près de trois ans.

En 2013, Sotheby's aurait également participé à ce que certains appellent « la plus grande fraude de l’histoire de l'art » en organisant la vente de peintures appartenant à un consortium composé de Simon, Paris et Adelson, auprès du marchand d'art suisse Yves Bouvier, et ce pour un montant de 80 millions de dollars. Le lendemain, Yves Bouvier revend le Salvator Mundi de Léonard de Vinci au milliardaire russe Dmitry Rybolovlev pour 127,5 millions d'euros, avec environ 44 millions de plus-value, plus une commission officielle de 2,55 million de dollars : le marchand d'art aurait ainsi gagné plus de 45 millions de dollars en moins d'une journée ! Mais, en octobre 2018, Dmitri Rybolovlev porte plainte contre Sotheby’s pour fraude et lui réclame pas moins de 380 millions de dollars. Les accusations de Dmitri Rybolovlev concernent non seulement le Salvator Mundi mais treize œuvres d'art à la vente desquelles Sotheby’s aurait participé.

Dans le cadre de son action en justice, le collectionneur accuse la société de vente aux enchères de complicité avec Yves Bouvier. Plus précisément, il accuse Sotheby’s d'avoir délibérément aidé Yves Bouvier à lui revendre des œuvres à des prix excessifs, en lui « accordant sa confiance et en conférant de la crédibilité à un stratagème frauduleux » en tant qu’intermédiaire impliqué dans certaines de ces transactions ayant surestimé la valeur des œuvres. Yves Bouvier a ensuite envoyé ces estimations à Rybolovlev pour justifier les sommes exorbitantes facturées.

Le tribunal du district de New York a récemment débouté le recours en annulation de Sotheby’s contre la plainte de l’homme d’affaires russe et annoncé la tenue d’une conférence préparatoire, au cours de laquelle une nouvelle salve de documents confidentiels du groupe de vente aux enchères d’œuvres d’art devrait être rendue publique. La justice new-yorkaise ouvre ainsi la porte aux poursuites engagées par Dmitri Rybolovlev contre la prestigieuse maison de ventes aux enchères Sotheby’s. Par ailleurs, le13 novembre, l'équipe juridique du magnat russe a remporté une nouvelle victoire : la cour d’appel des États-Unis pour le deuxième circuit a estimé que les avocats de Dmitri Rybolovlev étaient en droit de demander à Sotheby’s, Inc. de divulguer sa correspondance interne ainsi que d'autres documents destinés à être utilisés à Monaco et en Suisse dans la cadre de la procédure opposant le négociant suisse et le milliardaire russe. La maison de vente conservait jalousement cette correspondance depuis deux ans.

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