Le bio peut-il se démocratiser ?

Les fêtes de Noël s'annoncent. Il est temps de penser ses tables de fin d’année. Cette année, la 24e édition du salon Monte-Carlo Gastronomie a souhaité mettre l’accent, via ses exposants, sur le goût authentique et les produits biologiques. Mais les produits du terroir et mets et vins biologiques restent un luxe. Comment changer les choses ?

Une alimentation faite de produits biologiques n'est hélas pas à la portée de tous. L’opinion publique n’a jamais autant porté qu’actuellement les revendications environnementales : urgence climatique, lutte contre la pollution, quête d’une alimentation saine… À cet égard, si le bio est dans toutes les pensées, il n’est toujours pas dans tous les frigos. Et pourtant, c’est un sujet de santé publique et il est inacceptable que cette alimentation de qualité soit réservée aux « bobos ».

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Moindre risque d’obésité, de cancer, de maladie cardio-vasculaire : les bienfaits pour la santé d’une consommation régulière de produits biologiques sont pourtant attestés par de nombreuses études et ne sauraient être réservés encore longtemps aux plus fortunés de nos concitoyens, sous peine d’accentuer la «sécession des riches», dont parle le politologue Jérôme Fourquet.

La demande de produits bios, dans un contexte où la santé est la priorité absolue des Français en cette rentrée 2019, va croissante. 71% des Français déclarent consommer un produit bio au moins une fois par mois, selon une étude de l’Observatoire de la consommation bio datant de 2018. En outre, les jeunes consommateurs sont les plus demandeurs de produits bios : 27 % des 18-24 ans sont adeptes du bio depuis moins d’un an, selon la même étude. Autre particularité : la question du bien-être animal explique la motivation de 37 % de ces jeunes consommateurs, contre 28 % des Français-es qui consomment bio pour des questions de bien-être animal.

Si le nombre d’exploitants bio augmente d’année en année (6.200 exploitants en 2018, un plus haut historique), seules 7 % des surfaces cultivées aujourd'hui en France y sont consacrées. Dans ce contexte, la décision du gouvernement de supprimer une partie des aides à l'agriculture biologique en 2018 (aides au maintien de l'agriculture biologiques accordées après les aides à la conversion, maintenues) va totalement à l'encontre de l'objectif de hausse de l’offre de produits issus de cette agriculture.

Aujourd’hui, plus de 80 % des personnes interrogées par l’Observatoire de la consommation bio estiment qu'une alimentation biologique n’est financièrement pas abordable. Si la demande augmente, portée notamment par les plus jeunes, l’offre limitée est donc toujours inaccessible pour toute une partie de nos concitoyens.

Que faire pour remédier aux manquements de l’État ? Dans les cantines des écoles, l'objectif des 50 % de produits bio peut être atteint : à Paris, dans certains arrondissements comme le XVIIIe, les cantines scolaires atteignent désormais les 60 % de produits bios. Avec les ambitions qui sont les siennes pour la restauration collective notamment, la Ville de Paris est aujourd’hui devenue le plus gros acheteur public bio français avec 30 millions de repas annuels pour un budget de 55 millions d'euros répartis entre la restauration scolaire, les établissements de petites enfances, la restauration propre aux structures d’accueil des personnes âgées et personnes en difficultés sociales est gérée par le Centre d’action sociale de la Ville de Paris (CASVP) ou encore celle des agents de la ville).

En outre, le s pouvoirs publiques doivent soutenir les réseaux des halles alimentaires fournissant aux foyers modestes des denrées alimentaires issues de circuits courts et/ou bio. Autre initiative à la portée des politiques publiques locales : le soutien des associations qui facilitent l’accès du plus grand nombre à des produits de qualité issus de l’agriculture biologique à des prix bas, grâce à la réduction des coûts intermédiaires et superflus. Et les municipalités pourraient créer des structures dédiées à la prise de participations dans des exploitations agricoles. Avec pour objectif de réduire le nombre d'intermédiaires et la distance parcourue par ces aliments et ainsi faire baisser les prix, tout en garantissant aux agriculteurs une juste rémunération. Outre la restauration collective, il est possible d’imaginer l’élargissement du dispositif à un réseau de commerçants.

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