Les femmes dans la vie politique

Les femmes sont impliquées dans la vie publique, mais pas assez et pas aux plus hauts postes.

Marlène Schiappa s'est exprimée mercredi soir dans un tweet, quelques minutes après le match de Ligue 1 entre Nice et Marseille, interrompu pendant une dizaine de minutes par l’arbitre en raison de chants et de banderoles à caractère homophobe. La secrétaire d’État à l’Égalité entre les Femmes et les Hommes et de la Lutte contre les discriminations continue ainsi à s'affirmer au sein du gouvernement Philippe. Rien d'étonnant pour cette militante du droit des femmes à l'égalité et, notamment à la participation de celles-ci à la vie politique. Elle a même développé ses arguments dans de nombreux ouvrages, articles et prises de parole.

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La nécessité de la participation des femmes

Lorsqu’on conduit des politiques publiques sans les femmes, on se prive de l’expérience de vie de la moitié de l’humanité, argue-t-elle. Les 52 % d’êtres humains qui sont des femmes ne vivent pas les mêmes choses que les 48 % qui sont des hommes. Ce n’est pas un cliché : c’est une statistique. Une personne qui gère la plupart des tâches ménagères et familiales ne voit pas les politiques publiques de petite enfance de la même manière qu’une personne qui n’a jamais eu à chercher une place en crèche. Une personne qui a peur le soir quand elle sort dans la rue (comme 8 femmes sur 10, partout en France, selon l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès) ne voit pas l’urbanisme de la même manière que quelqu’un qui peut y circuler librement. Les trajectoires de vie des femmes et leurs expériences différentes les amènent à appréhender les enjeux de manière différente. Une étude de Harvard montre que des congressmen américains sont passés longtemps à côté du sujet du cancer du sein dans leurs travaux sur la protection sociale. Pourquoi ? Parce qu’il n’y avait aucune femme autour de la table.

La sous-représentation

Pourtant, les faits révèlent une exclusion des femmes. En France, aucune femme n’a jamais été présidente de la République, les femmes sont rares au second tour de l’élection présidentielle, récentes au premier et exagérément minoritaires aux primaires. Une seule femme a déjà été nommée Première ministre (Édith Cresson, PS, le 15 mai 1991) et elle détient le record de la plus petite durée d’exercice (dix mois). Nous ne connaissons pas encore la première femme présidente de l’Assemblée nationale ou du Sénat, nous ne connaissons pas encore la première femme présidente du Conseil constitutionnel… Comme aux États-Unis, force est de constater qu’en France, les femmes sont actrices de la vie politique, mais se heurtent au plafond de verre, ce plafond invisible qui empêche d’accéder aux postes plus élevés et à un exercice massif et réel du pouvoir.

La volonté conjuguée à la possibilité

A vrai dire, si les femmes sont sous-représentées en haut de la hiérarchie politique, elles sont présentes à la « base ». Il y a massivement des femmes aux responsabilités dans les mairies désormais. Chacune et chacun peut citer au moins deux femmes maires et y voir la preuve irréfutable que la fonction s’est « féminisée ». On a même remarqué une « vague » de femmes élues maires, toutes tendances politiques confondues, dans les grandes villes d’Europe. Nombre d’articles ont relevé l’élection de femmes dont beaucoup sont maires pour la première fois. Anne Hidalgo à Paris (2014), Johanna Roland à Nantes (2014), Nathalie Appéré à Rennes (2014), Manuela Carmena à Madrid (2015 – sa prédécesseure était aussi une femme, Ana María Botella Serrano), Ada Colau à Barcelone (2015), Virginia Raggi à Rome (2016)…, seraient censées incarner cette génération de femmes politiques ayant pris le pouvoir et les clés des grandes villes. Les femmes ont donc la volonté de s’investir en politique. Elles en ont aussi, légalement, la possibilité. Rien n’empêche la volonté conjuguée à la possibilité de devenir une réalité ! Il est donc possible pour nos démocraties de faire émerger massivement des femmes et, dans ce vivier émergent, d’identifier des femmes assez motivées et solides pour exercer des mandats importants et pour inspirer de nouvelles générations de femmes politiques derrière elles.

Comment changer les choses au sommet de la hiérarchie ?

La parité arithmétique est nécessaire pour permettre aux femmes d’accéder à des mandats électifs. Elle ne se fait presque jamais d’elle-même, sans un changement législatif. Mais la parité n'est pas la panacée car elle induit certains éléments négatifs pour la démocratie. Le scrutin obligatoirement paritaire empêche par exemple des binômes de deux femmes de se former : une conseillère départementale sortante ne pourrait s’unir avec une jeune candidate, afin de former un binôme, par exemple. Cette loi du binôme paritaire censée les soutenir censure en réalité des femmes.

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