Retraites : les bonnes questions à se poser

L'association monégasque de retraite par répartition n'est pas totalement indépendante vis à vis du système français. Les réformes en cours dans l'Hexagone importent d'autant plus. Mais, à l'heure où le gouvernement français veut réformer les retraites, plusieurs grandes questions méritent d'être tranchées par l'opinion publique pour aboutir à un véritable projet de société.

Qu’on le regrette ou non ce n’est pas le Parlement qui décidera du sort de la réforme des retraites, mais l’opinion. Et c’est donc le débat public, qui va à la fois nourrir cette opinion et lui permettre de s’exprimer. Il est dès lors capital de formuler les options entre lesquelles il faudra choisir et qui définiront le projet de la société française pour ses retraites par répartition. Voici plusieurs questions qui méritent réflexion.

Ce sont les équilibres démographiques qui déterminent le fonctionnement d’une retraite par répartition. Dans ces conditions la solidarité catégorielle ne fait qu’introduire une source supplémentaire de fragmentation de la société, et donc un sentiment d’injustice. Doublé par le mécontentement créé par les transferts qui devront tant bien que mal les compenser. Souhaite-t-on que dans le futur celui qui a fait une carrière d’avocat ou de fonctionnaire voie (à cotisations identiques) sa retraite améliorée ou pénalisée parce qu’il y aura à ce moment là plus ou moins d’avocats ou de fonctionnaires ? N’est-il pas temps de faire une retraite pour tous les Français pour gérer les vrais enjeux que sont la solidarité entre les générations et celle envers les plus démunis ?

Maintien des avantages acquis ou convergence vers l’équité ? On comprend aisément le souhait de ceux qui ont acquis des avantages de les maintenir, et que de leur point de vue ils soient légitimes. Mais s’ils en viennent à pénaliser durablement la communauté, alors le sujet appartient à la communauté.

pensioners

L’informaticien de 35 ans de la RATP qui travaille sur l’automatisation des métros doit-il se voir garantir que l’informaticien de la société de service qui travaille à ses côtés subventionnera chaque année par ses impôts une meilleure retraite ? Ne serait-il pas plus juste qu’il touche une rémunération équivalente et une retraite régie par les mêmes principes ? Puisqu’on souhaite inviter les Français au débat, il faudra leur dire clairement où est la légitimité du maintien de régimes spéciaux et combien de temps ils perdureront.

Confiance ou anxiété pour les actifs ? Plus personne ne s’imagine faire toute sa carrière dans la même entreprise ou la même administration (et pourquoi pas le même bureau ou la même usine). Cette perspective rendrait dépressif n’importe quel moins de 30 ans. La question d’un jeune actif est plutôt de savoir quand il trouvera un travail non précaire, combien de temps il passera hors de France, ou s’il créera son entreprise.

Dans ces conditions une solidarité qui couvre différents statuts, régimes, professions, métiers ou secteurs d’activité, le plus largement possible est tout simplement une solidarité avec soi-même : l’assurance d’un socle de protection tout en ayant la liberté (choisie ou subie, c’est un autre débat) de vivre une vie professionnelle qui n’est pas tracée à l’avance. Un système qui n’instaure pas cette transversalité est au contraire illisible et anxiogène : à l’incertitude de sa carrière présente s’ajoute celle de savoir comment elle sera prise en compte au moment de la retraite.

Le débat actuel sur le climat le souligne avec cruauté : les générations futures n’ont pas le droit de vote. Faut-il en profiter ? Et faut-il profiter du profond pessimisme des étudiants ou des entrants sur le marché du travail qui pensent que de toutes façons «ils n’auront rien» pour continuer à déséquilibrer le système au profit des retraités actuels, ou de ceux qui lorgnent leur retraite proche ?

Il serait plus digne que le premier principe inscrit dans un système universel et solidaire soit celui de la pérennité et de l’équilibre afin que les générations d’actifs à venir retrouvent la confiance et jouent le jeu en acceptant de cotiser !

La voix de ceux qui veulent conserver des acquis mérite toujours d’être entendue, mais elle ne leur donne pas le droit de confisquer un débat dont les enjeux sont bien plus grands que leur combat. Ecoutons aussi les étudiants, les apprentis, les jeunes couples avec enfants, les chômeurs, et même ceux qui sont partis, momentanément à l’étranger. Donnons à chacun le même poids dans l’opinion, puisque c’est elle qui décidera. Car au final un vrai et grand débat démocratique doit permettre d’écouter tout le monde.

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