La retraite

Saynète 1 / La retraite

Autour d’un pot de départ à la retraiteUn groupe de collègues dans une salle d’entreprise fête le départ à la retraite de Pierrot.- Les collègues ensemble : A ta santé Pierrot ! Tu l’as bien mérité ta retraite !- Pierrot : Oui, je suis heureux de pouvoir en profiter, je plains ceux qui seront obligés de partir à la retraite à 67 ans.- Une femme s’exprime : C’est sûr, moi qui travaille depuis l’âge de 18 ans, je vais être obligée de travailler jusqu’à 67 ans. J’ai eu des périodes de chômage, alors pas retraite à 62 ans à taux plein… - Un collègue : Moi c’est pareil, j’espérais pouvoir aller à la pèche avec les copains…- Un autre collègue : Moi, profiter de mes petits enfants et de mon jardin,- Une quatrième collègue : Et moi j’espérais voyager !- Pierrot : Vous pouvez faire une croix sur tout ça. En plus, on aura moins d’argent. Et pourquoi ? Bon sang pourquoi ? On a trimé toute notre vie pour qu’ils fassent des profits, qu’est-ce qu’il leur faut de plus ? Qu’est-ce que ça peut leur faire qu’on profite d’un peu de loisir ?- Un collègue silencieux jusque là, probablement un syndicaliste : Ce n’est pas ça leur problème ;- Un collègue : Alors c’est quoi le problème, toi qui es si malin ?- Le syndicaliste : C’est le magot.- Pierrot : ??? Quel magot ? - Le syndicaliste : Celui de la répartition ! La naïveté à ce niveau, ça me dépasse ! Les cotisations prélevées sur ton salaire payent les pensions de ceux qui partent actuellement à la retraite. C’est la Sécu qui fait le transfert de celui qui travaille vers celui qui part à la retraite.- Un collègue : Et alors, où est le problème ?- Un des collègues : Ben chaque année cela représente beaucoup, beaucoup d’argent, celui de tes cotisations, des cotisations de ton patron, multiplié par le nombre de travailleurs…- Un autre collègue : Je ne suis pas très fort au jeu des devinettes. Ca fait combien ?- Le syndicaliste : En 2010, 279 milliards d’euros, soit 14,4 % du PIB ! Et encore, cela dépend du nombre de gens qui cotisent, c’est-à-dire du nombre de gens qui travaillent ;- Pierrot : On nous dit qu’avec l’espérance de vie qui allonge, ça ne suffira pas pour payer nos retraites. - Un autre collègue : C’est ce qu’on veut nous faire croire. La vérité c’est que plus il y a de chômage et plus c’est difficile de payer les retraites, parce que les cotisations rentrent moins. C’est l’emploi qui permet de financer les retraites sans allonger la durée de cotisation.- Le syndicaliste : Et puis il y a autre chose, tout cet argent est géré par la Sécu, c’est-à-dire par nous, les syndicats de travailleurs et les syndicats de patrons- Un autre collègue : Oui, cela porte un nom, c’est une gestion paritaire du magot et crois-moi, il y en a qui aimeraient bien mettre la main sur ce magot !- Une collègue : Qui veut mettre la main dessus ?- Le syndicaliste : Les fonds de pension ! Tu sais, ceux qui ramassent l’argent des entreprises et des employés et qui le placent en Bourse pour te verser une pension à la retraite- Pierrot : Comme la Sécu, alors !- Le syndicaliste : Oh non ! demande un peu à ceux qui ont vu leur retraite disparaître le jour où leur fonds de pension a fait faillite pendant la crise en 2008, aux Etats Unis.- Pierrot : Qu’est-ce qui s’est passé ?- Le syndicaliste : Et bien ils ont payé toute leur vie des cotisations au fonds de pension de leur entreprise, ce fonds a spéculé pour augmenter le capital récolté et le jour où la Bourse s’est effondrée, ils ont tout perdu ! Toute leur épargne !!- Une collègue : C’est çà qu’ils appellent le système par capitalisation. C’est très dangereux pour les futurs retraités. On a déjà connu ça entre les deux guerres, vers 1930, lors de la grande crise.- Un autre collègue : Oui, mon grand père m’a raconté que c’était dramatique. C’est un système très inégalitaire. Il favorise seulement ceux qui sont capables d’épargner suffisamment pour leurs vieux jours. Ceux qui ne pourront pas économiser seront condamnés au minimum vieillesse à 67 ans !- Le syndicaliste : C’est même pour ça qu’en 1945 on a créé le système de la répartition, pour éviter que cela recommence. Il ne faut surtout pas l’oublier ! C’est le cœur de notre pacte social.- Un collègue : Les sociétés financières veulent mettre la main sur le magot des retraites. C’est pourquoi leur lobbying, et Dieu sait s’il est puissant, cogne sans arrêt sur la répartition. Elles veulent le réduire au strict minimum, et nous proposent des retraites complémentaires sur la base de notre épargne.- Pierrot : Ah ! je comprends pourquoi notre épargne les intéresse !!- Une collègue : Et ensuite ils s’attaqueront à la sécurité sociale ! Restons vigilants, tous ensemble !- Tous les collègues : A ta retraite et à ta santé, Pierrot !Pour mémoire, en 2010, en France- 15,5 millions de retraités- 32,5 milliards de déficit des retraites (1,6 % du PIB) compris dans le déficit global de la France de 160 milliards- Sur les 32,5 milliards de déficit, 25 milliards sont dus à la crise c'est-à-dire aux pertes d’emploi, 5 milliards sont dus au baby boom- Sur les 280 milliards de pension, 9 %, soit 25 milliards, sont des pensions de reversion, 4,5 % sont des suppléments d’annuités pour enfants- 66 % des femmes ne réunissent pas les conditions d’accès à la retraite à taux plein à 65 ans !- Seuls 40 % des salariés sont en activité à l’âge de 60 ans

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