Quand j'étais gamine,....

Quand j'étais gamine, je me souviens dun évènement arrivé près de chez moi à Caen, qui fût pour moi déterminant. Et d'ailleurs jusqu'à aujourd'hui, une statue de jeanne d'Arc sur l'ancienne place de la Résistance, atteste des répercussions de la guerre d'Algérie dans la ville ...

Quand j'étais gamine, je me souviens d'un évènement arrivé près de chez moi, j'habitais alors au centre de Caen, qui fût pour moi déterminant...

Et d'ailleurs jusqu'à aujourd'hui, une statue de jeanne d'Arc sur l'ancienne place de la Résistance, atteste des répercussions de la guerre d'Algérie dans la ville, à l'époque ...

C'était au début de ce qu'on appelait "les évènements" (?), pour ne pas nommer une entrée en guerre !

J'étais jeune, et en famille, nous habitions un des côtés d'une petite maison jumelle, de l'époque de la reconstruction post-guerre, comme cela eut lieu au Havre. Dans la maison mitoyenne, il y avait une famille, constitué d'un couple, et d'un enfant adopté. C'est comme ça qu'on en parlait, ou que cela se disait.

Un jour, il partit à la guerre. A l'époque, le service militaire existait encore. Et les appelés passaient deux ans au moins en Algérie. 

Il disparut. Ses parents, des gens taiseux, avec qui nous n'avions aucun contact continuèrent muets.

Puis un jour, bien plus tard, il revint inopinément.

Il était fou, il était devenu fou.

Il ne parlait plus que d'une chose: là-bas, on l'avait obligé à tuer. Oui, il était devenu totalement fou, lui un jeune sans formation, très peu d'école et une famille sans grande éducation: il était devenu fou de ce que l'on l'avait forcé à faire...

Jamais, il ne dit ce qui était arrivé, vraiment, ni aucun détail.

Son silence involontaire exprimait simplement son incapacité à mettre des mots sur la folie qu'il avait vécu là-bas, en Algérie ! Ce qu'il avait vu, l'insupportable des tritures, des violences, de la sale guerre et de la mort !

Mon voisin était revenu d'Algérie, FOU.

Quand il parti, je devais avoir 6 ans. Quand il revint, je devais avoir presque 8 ans. En province, à l'époque, on ne savait pas grand chose de la politique. J'étais à l'école publique non loin de la là, à la Pigacière. Jamais entendu parler !

Mais je me souviendrai toute ma vie du choc qui fût le mien de découvrir la guerre, la mort, la folie et des militaires qui vous obligeaient à pratiquer le pire !

Un jeune homme assez frustre était revenu FOU de la guerre ! De la guerre d'Algérie.

Des années durant, l'image de ce jeune homme qui avait perdu tout espoir dans la vie, me poursuivit: j'étais choquée de ce que je pressentais comme Le Mal, voire Le Mal Absolu, sans savoir de quoi il était fait, sa texture et les mots qu'il aurait fallu pour dire la Chose.

Mais ce qui est sûr, c'est que la Folie, depuis lors, fût toujours associée dans ma vie, à la guerre et ses exactions de toutes sortes, à la politique et ses exactions de toutes sortes, et donc à la Mort, la mise à mort, la torture comme procédé pour éliminer et tuer ! 

.....Folie due à la Barbarie et à la Sauvagerie humaine.

Folie inscrite dans ma mémoire comme la conséquence des pires procédés chers à l'Extrême-droite: celles des tortionnaires de tous les régimes totalitaires !

L'image de l'errance de ce jeune homme: celle, conséquence des tueries vues, et des pressions extrêmement violentes des militaires.

Tortures et tueries auxquelles on l'avait obligé à participer... ... On devient fou quand les gens vous obligent à "vous" déshumaniser...

Ou alors, c'est qu'o est de la fibre des tortionnaires: et alors, il n'y a jamais de limites à la folie meurtrière, sauf celles imposées par la Loi, et la Justice, par l'emprisonnement...

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