La santé des aidants enfin en discussion

Longtemps mise de côté, la santé des aidants se fait doucement une place dans les discussions alors que des millions de personnes se trouvent en difficulté et à bout de force depuis longtemps déjà. En tant que professionnel de la santé, le Dr Rossinot donne son avis sur ce sujet qui peine encore à être discuté ouvertement, même si des améliorations sont constatées.

Des sites comme doctonat délivrera conseils et astuces contre le stress, mais une consultation reste souhaitée, tout comme de remplir un dossier pour bénéficier d’une aide, sans oublier les changements à venir.

Un aidant selon la loi

63% des aidants ignorent qu’ils ont ce statut. Un chiffre ahurissant. Légalement parlant, un aidant est une "personne qui vient en aide de manière régulière et fréquente, à titre non professionnel, pour accomplir tout ou en partie des actes ou des activités de la vie quotidienne".

Les aidants, épine dorsal du système de santé

Hélène Rossinot, médecin ayant fait sa thèse sur les aidants, estime aujourd’hui le nombre de ces derniers à 11 millions. Des millions de Français qui s’investissent gratuitement pour prendre soin de leurs proches, tout en menant de front une vie souvent bien remplie.

L’existence de ces personnes permettrait à la France d’économiser 11 milliards d’euros, et cela en ne tenant compte que de la prise en charge des plus de 60 ans. Le rôle et l’implication de ces personnes sont pourtant encore méconnus, et c’est ce pourquoi elle se bat.

Agir pour les aidants en étant attentif

Aujourd’hui le Dr Rossinot s’investit, à travers son livre notamment, pour faire (re)connaitre les aidants et leur rôle, et prévenir la répétition de situations dramatiques et douloureuses pour les familles. Elle déplore le temps de retard qu’ont les médecins par rapport aux infirmières qui sont bien mieux formées pour gérer la relation avec la famille du malade. Prendre le temps d’informer et de discuter avec une famille n’est pas naturel pour eux. Sans grand étonnement, un médecin passera alors souvent à côté d’un aidant qui a besoin d’aide, mais qui préfère se taire et ne consulte qu’en dernier recours.

Pour Hélène Rossinot, un changement de mentalité à ce niveau devra d’abord passer par une formation des médecins sur le côté relationnel avec les accompagnateurs des malades. Si les facultés de médecines pourront difficilement changer de suite leurs programmes, une sollicitation venant des étudiants pourrait accélérer les choses.

Des données à jour pour des solutions globales

Les derniers chiffres officiels sur le sujet remontent à 2008 où on chiffrait les aidants à 8,3 millions. Selon le docteur Rossinot, ils sont désormais 11 millions, dont 500000 à 1,5 millions ont moins de 25 ans. Ces derniers passent parfois plus de 20h par semaine à effectuer des tâches domestiques et administratives qui ne leurs étaient pas dévolues en premier lieu. Ces heures consacrées à aider leur proche ont de fait des impacts sur leur scolarité et leur travail.

Le manque de données empêche la reconnaissance des aidants, évitant la libération de la parole et prévenant la mise en place d’aménagements adéquats, tant à l’école qu’au travail. Car le Dr Hélène Rossinot est persuadée que même en entreprise, un salarié-aidant peut être un atout. Des personnes empathiques, capables de beaucoup de flexibilité, apte à gérer plusieurs choses sont en effet très utiles dans le monde du travail.

Un premier pas dans la bonne direction

Si la maladie d’un proche est un vecteur de stress, la perte partielle ou totale de revenue due à une diminution voire un arrêt de travail l’accentue encore.

Le congé des aidants sera en effet rémunéré à hauteur de 43,52€ pour une personne en couple et de 52€ pour une personne isolée. C’est un premier pas pour leur offrir un soutien plus que bienvenu et longuement attendu. Mais jusqu’à ce que ces changements entrent en vigueur, l’aidant devra faire avec le congé non rémunéré de 3 mois, renouvelable pour un an cumulé, dans toute sa carrière.

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