Les Irlandais et la Guerre d’Espagne: 4 - La mort de l'antifasciste Liam Tumilson

L'épopée des Irlandais engagés dans les Brigades Internationales pendant la Guerre d'Espagne.

La journaliste Pauline Murphy a raconté dans 10 articles publiés par le média de gauche américain "Counterpunch", l'épopée des Irlandais engagés dans les Brigades Internationales pendant la Guerre d'Espagne. Voici la traduction en français du quatrième de ces articles:

Environ 30 hommes de Belfast se sont rendus en Espagne dans les années 1930 pour lutter contre la propagation du fascisme. Ce fut la première fois depuis la rébellion des Irlandais unis en 1798 que les catholiques et les protestants de Laganside se réunirent afin de lutter pour une cause commune. Parmi eux, Liam Tumilson, dont la vie a expiré le 14 mars 1937 sur le front de Jarama lors de l’offensive d’Aragon.

Tumilson est arrivé en Espagne en 1936 lors du solstice d'hiver le 21 décembre. A Belfast, il travaillait comme conducteur de grue, en Espagne, il fut un chauffeur pour la révolution.

William James Tumilson est né et a grandi dans l'est de Belfast, une région majoritairement protestante, mais la religion ne l'intéressait pas, la seule chose qui l'intéressait était d'être aux côtés des travailleurs.

En 1929, il rejoignit l'IRA "Short Strand" et, en 1934, suivit l'aile gauche de l'organisation dans le Congrès républicain. La même année, il fut l’un des porteurs de la bannière des "socialistes James Connolly de Shankill" lors de la commémoration de Wolfe Tone à Bodenstown. Cela provoqua une controverse lorsque des membres de l'IRA de l'est de Tipperary tentèrent de s'emparer de la bannière. Il y avait une directive "pas de bannières" à Bodenstown.

Tumilson était bien connu pour tenir des bannières et des drapeaux lors des manifestations et fut vu lors du rassemblement annuel des syndicalistes pour le 1er mai à Belfast, brandissant fièrement une bannière avec écrit dessus "brisons les liens avec le capitalisme".

En octobre 1932, 10,000 chômeurs ont manifesté à Belfast contre les faibles allocations versées à ceux qui étaient en détresse, mais la manifestation s'est rapidement transformée en émeute connue dans l'histoire de Belfast sous le nom de "Outdoor Relief Riots" et bien sûr Tumilson était au cœur de la bataille. Les "Outdoor Relief Riots" poussèrent de nombreux protestants de la classe ouvrière vers le socialisme et jetèrent les bases qui firent qu'un grand nombre d'entre eux soutiendront la cause républicaine lors de la guerre civile espagnole.

Tumilson se rendit en Australie où il adhéra au Parti communiste. Sa migration fut brève et il revint chez lui, rue Thurndyke à Belfast.

En 1933, Tumilson était à Dublin et il rejoignit ses camarades en défendant Connolly House face à un contingent de Chemises bleus d'extrême droite qui tenaient de l'assiéger. Les défenseurs de Connolly House triomphèrent, mais cet événement mineur se déroulerait à une échelle beaucoup plus grande trois ans plus tard, lorsque des idéologies opposées se heurteraient pendant la guerre civile espagnole.

Au début de décembre 1936, Tumilson quitta sa maison de Belfast pour la dernière fois et se rendit à Dublin d'où il partit pour Liverpool en ferry. Sa destination était l'Espagne et la lutte contre les fascistes de Franco. Ses camarades à Belfast avaient un slogan spécial pour lui depuis des années: "Où que soit le combat, Tumilson y sera."

Alors qu'il atteignait Liverpool, Tumilson se rendit compte qu'il n'avait pas assez d'argent pour se rendre à Londres et qu'il en avait juste assez pour son passage en Espagne. Il décida donc de faire du stop pour Londres. Telle était sa détermination!

En Espagne, Tumilson fit preuve d’un grand courage sur le champ de bataille. C’est un homme solide et assuré qui s’est bâti dans les rues de la classe ouvrière de Belfast.

Tumilson avait laissé une fiancée à Belfast, Kathleen Walsh, mais il lui écrivit presque tous les jours. Dans sa dernière lettre datée du 11 mars, il informait Kathleen: "Nous sommes constamment en train de repousser les fascistes et nous sommes toujours confiants dans la victoire."

Trois jours après avoir écrit sa dernière lettre à Kathleen, Tumilson et ses camarades pénétrèrent dans le feu de l'enfer du front de Jarama et tombèrent dans l'offensive d'Aragon. Le 14 mars 1937, de violents combats eurent lieu entre les forces de Franco et les brigades internationales pour la possession de la route de Valence. La pression suprême fut mise sur les brigades internationales alors que les franquistes se rapprochaient.

Profitant d'une pause des tirs de mitrailleuses, Tumilson se leva sur une colline pour voir la situation. Il avait besoin d'une vision claire de l'endroit d'où il pourrait faire évacuer ses hommes face à l'ennemi en progression. Alors qu'il se retournait pour donner des ordres, un tireur d'élite franquiste lui tira une balle dans la tête.

Tumilson, 33 ans, fut été enterré dans la ville de Morata, juste au sud-ouest de Madrid. Au moment où sa dernière lettre à sa fiancée Kathleen parvint à cette dernière, Tumilson était déjà mort et enterré dans le sol espagnol. Ses dernières paroles écrites à sa fiancée font écho à son caractère constant: "Je suis toujours déterminé à rester ici jusqu’à ce que le fascisme soit complètement écrasé. Impossible de faire autrement que de continuer avec le slogan de Cathal Brugha - pas de capitulation!"

Pauline Murphy

URL de l'article original:

https://www.counterpunch.org/2017/03/14/the-death-of-liam-tumilson-an-irish-anti-fascist-in-spain/

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.